Un chemin de prière avec saint Augustin

1. " Tu nous as cherchés sans que nous te cherchions "
(Confessions XI, 2, 4)

S'il fallait retenir un trait qui unifie la vie d'Augustin, c'est l'image d'un inlassable chercheur de Dieu. Il le fut d'abord à son insu, tenaillé par l'inquiétude, une inquiétude qui ne s'est apaisée que par l'attachement à Dieu. C'est la loi de toute existence humaine.

Si l'homme s'est fait chercheur, c'est qu'il a d'abord été cherché. La conviction intime d'Augustin, c'est que Dieu l'a depuis toujours précédé dans cette recherche. Sans la présence secrète de Dieu, à la racine même de l'être, l'homme serait un désert… C'est cette expérience qui amène Augustin à répéter très souvent , en référence à l'Evangile de la brebis perdue :

" Tu nous as cherchés sans que nous te cherchions, mais tu nous as cherchés pour que nous te cherchions. "

Questions :

2. " Tu étais au-dedans, et moi au-dehors "
(Confessions X, 27, 38)

Si Dieu est inlassable dans sa recherche, au point de ne jamais abandonner sa créature, la recherche de l'homme a, quant à elle, ses lenteurs et ses lassitudes.

" Où étais-tu donc alors pour moi ? Bien loin ! … Malheur ! Par quels degrés ai-je été entraîné aux profondeurs de l'enfer, oui d'un enfer de souffrances et de fièvre, faute de vérité, alors que c'est toi, mon Dieu… que je cherchais ! " (III, 6, 11).

Augustin fait l'expérience d'une existence divisée :

" Voici que tu étais au-dedans de moi et moi au-dehors… Tu étais avec moi et je n'étais pas avec toi " (X, 27, 38).

Quelle justesse dans l'expression de sa recherche, de son combat ! La vérité avec lui-même lui fait trouver Dieu. Écoutons ce passage des Confessions (X, 27, 38), qui retrace l'itinéraire de sa conversion.

Bien tard je t'ai aimée, ô beauté si ancienne et si nouvelle,
Bien tard je t'ai aimée !
Et voici que tu étais au-dedans, et moi au-dehors
et c'est là que je te cherchais,
et sur la grâce de ces choses que tu as faites,
pauvre disgracié, je me ruais !
Tu étais avec moi et je n'étais pas avec toi ;
elles me retenaient loin de toi, ces choses qui pourtant,
si elles n'existaient pas en toi, n'existeraient pas !
Tu as appelé, tu as crié et tu as brisé ma surdité ;
tu as brillé, tu as resplendi et tu as dissipé ma cécité ;
tu as embaumé, j'ai respiré et haletant j'aspire à toi ;
j'ai goûté, et j'ai faim et j'ai soif ;
tu m'as touché, et je me suis enflammé pour ta paix. "

A travers ce texte, nous voyons une oscillation entre l'extériorité qui est dispersion, et l'intériorité qui est unification. Les sens y tiennent une grande place : l'ouïe, la vue, l'odorat, le goût, le toucher, c'est par eux que le Seigneur le traverse pour l'atteindre en son être le plus profond.

Quand le cœur s'aperçoit que l'attachement au monde n'est qu'une forme d'aliénation, il est déjà prêt à renouer avec la Vérité qu'il porte à l'intérieur de lui-même. C'est l'expérience qu'Augustin a faite et il va chercher à la partager avec d'autres. Le retour ou l'ascension de l'âme vers Dieu, qui se fait par degrés, est rendu possible grâce à la présence de Dieu à l'âme, en dépit de ses infidélités.

" Dieu demeure de telle sorte dans les cœurs des hommes que si un homme se détache de Lui et tombe, Dieu reste en Lui-même. Il vous soulève " (Commentaire Ps 45, 9).

Questions

3. " Reviens à ton cœur et attache-toi à Celui qui t'a fait "
(Confessions IV, 12, 18)

" Le chemin sera court si tu commences par revenir à ton cœur… Tu te laisses troubler par ce qui se passe au-dehors de toi, et tu te perds. " (Sermon 311, 13)

" Reviens " ou " revenez à votre coeur " vient du prophète Isaïe 46, 8 b.

" Pécheurs , revenez à votre cœur ! " Cet appel ne retentit pas moins de vingt fois sous la plume d'Augustin. Le cœur, c'est là où je suis ce que je suis. Ce que je suis, c'est essentiellement un être en relation avec Dieu : " Je ne serais pas du tout si tu n'étais en moi, ou plutôt, je ne serais pas, si je n'étais en toi. " (I , 2, 2) Un être que Dieu a depuis toujours visité même dans les profondeurs de son abîme.

" Mais Toi, tu étais plus intime que l'intime de moi-même et plus élevé que la cime de moi-même. " (III, 6, 11)

En retournant à nous-mêmes, au cœur, nous retrouvons Dieu. Pour Augustin, le cœur de l'homme est sa " chambre " secrète, sa " demeure intérieure ". (Ps 141, 3). Il s'appuie sur la Parole de Matthieu 6, 5 :

" Si tu veux prier, rentre dans ta chambre la plus retirée et adresse ta prière au Père qui est dans le secret. "

Cette parole, il la commente ainsi :

" Quelle est cette chambre ? C'est le cœur…Il ne suffit pas d'entrer dans la chambre ; si on laisse la porte ouverte, les importuns envahissent notre intérieur. Il faut donc leur fermer la porte, résister aux sollicitations des sens afin que la prière monte au plus profond du cœur " (Sermon 2, 3-11).

" Dans l'homme intérieur habite le Christ ; c'est là que tu te renouvelles à l'image de Dieu. Connais donc son image " (Ev. Jn 18, 10).

Augustin nous renvoie ainsi à l'Epître aux Ephésiens 4, 23-24 : " Il nous faut être renouvelés par la transformation spirituelle de notre intelligence et revêtir l'homme nouveau créé selon Dieu dans la justice et la sainteté qui viennent de la Vérité. "

Le cœur est par excellence " le lieu où Dieu se découvre et se rejoint, le lieu où il est aimé et goûté " (A. Solignac), que l'homme en soit conscient ou non.

Revenir à nous-mêmes, c'est découvrir le désir profond qui nous anime et qu'aucune autre créature ne suffit à combler.

" Revenez à votre cœur et attachez-vous à Celui qui vous as faits. Soyez stables avec Lui et vous serez stables, reposez-vous en Lui et vous serez en repos. "

" Tu nous as faits orientés vers toi, Seigneur, et notre cœur est sans repos tant qu'il ne repose pas en toi. " (I, 1, 1)

Questions

Conclusion

La clairvoyance et le discernement d'Augustin peuvent nous aider à voir les écueils possibles liés à notre temps, à notre siècle :

- Celui du sensualisme et du matérialisme.
- Le monde extérieur (foris) peut nous séduire, nous attacher ; on peut se réaliser, vivre uniquement dans l'extériorité, la poursuite de la réussite seciale, professionnelle, économique, etc.

Augustin nous fait comprendre qu'il y a un autre espace : l'espace intérieur (intus). Cette intériorité peut donner l'illusion que chacun peut faire son salut. Augustin dénonce la menace de l'orgueil.

Il convient alors de se disposer à s'ouvrir et à accueillir en humilité " le Médiateur entre Dieu et les hommes, l'Homme Jésus-Christ, le Verbe fait chair, sa Parole. "

Ce " Maître intérieur " nous avertit à l'extérieur et nous instruit à l'intérieur. Il n'a jamais quitté le cœur de l'homme, même s'il a quitté notre histoire…

" Le Christ est parti loin de nos yeux afin que nous, nous revenions à notre cœur et l'y trouvions.
Oui, Il est reparti … Il ne nous s pas laissés ; car s'il est reparti, c'est vers un lieu d'où jamais il n'est parti…
"
(Confessions IV, 12, 19)

Sœur Marie-Geneviève POULAIN,
Religieuse de l'Assomption
Fleur des Neiges (Saint-Gervais)

 Page réalisée par D. Remiot
Vers la page d'accueil du site