Aux nouveaux baptisés
Soyez vous-mêmes les modèles des autres !

C'est à eux (les nouveaux baptisés) que je m'adresse maintenant, et je leur demande d'être de bons grains dans l'aire, et de ne point suivre la paille que le vent emporte, pour se perdre avec elle, mais de demeurer dans l'aire retenus par le poids de la charité, pour arriver au royaume de l'immortalité. Vous donc, mes frères, vous mes enfants, vous, plantes nouvelles de l'Eglise votre mère, je vous conjure, par ce que vous avez reçu, de tenir les yeux fixés sur Celui qui vous a appelés, qui vous a aimés, qui vous a cherchés lorsque vous étiez perdus, qui vous a éclairés après vous avoir retrouvés ; de ne point suivre les voies de ces hommes corrompus, dans lesquels le nom de fidèles est déplacé, car on ne demande point comment ils s'appellent, mais si leur vie est conforme au nom qu'ils portent…

Nous devons aujourd'hui adresser aux nouveaux-nés, près de l'autel de Dieu, un discours sur le sacrement de l'autel. Nous leur avons déjà parlé du Symbole, qu'ils doivent croire (sacramentum symboli), de l'oraison dominicale, qui leur apprend comment ils doivent prier (sacramentum orationis dominicæ), ainsi que du sacremeent de la source et du baptême (sacramentum fontis et baptismi). Ils ont entendu les explications et compris les enseignements que nous leur avons donnés, mais nous ne leur avons encore rien dit du saint sacrement de l'autel (sacramentum altaris sacri) qu'ils ont vu aujourd'hui, et nous devons les entretenir de cet important sujet…(Sermon 228, 2).

Comme mémorial de ce qu'il a souffert pour nous, Notre Seigneur a voulu nous donner son corps et son sang, et il a fait aussi de nous-mêmes son corps et son sang. Nous sommes devenus son corps et, par un effet de sa miséricorde, nous sommes ce que nous recevons. J'en appelle à vos souvenirs ; vous ne l'avez pas toujours été, c'est une nouvelle création. Vous avez été apportés sur l'aire du Seigneur, et vous avez été broyés sous les pieds des bœufs, c'est-à-dire des prédicateurs de l'Evangile. Lorsqu'on vous retenait parmi les catéchumènes, on vous tenait en réserve du grenier. Vous avez fait inscrire vos noms, vous avez commencé à être moulus par les jeûnes et par les exorcismes, puis vous vous êtes approchés de l'eau sainte ; elle vous a pénétrés et vous a réduits à l'unité ; enfin, la chaleur de l'Esprit Saint a fait lever cette pâte, et vous êtes devenus le pain du Seigneur. Voilà ce que vous avez reçu (Sermon 229).

Bref commentaire

La préparation au baptême est scandée par un certain nombre de démarches et de rites, dont les paragraphes ci-dessus indiquent la succession. Le catéchumène, déjà inclus parmi les chrétiens, n'est pas encore un " fidèle ". Il vient de suivre une formation intense, qui comportait l'inscription du nom, jeûnes et exorcismes. Il lui reste à franchir la dernière étape, marquée par quatre instructions :

- l'instruction sur la foi, centrée sur le symbole, le résumé de la foi tel qu'il est énoncé dans le Credo (le sacramentum symboli) ; celui-ci leur est transmis (traditio) et ils ont dû l'apprendre par cœur et le proclamer en public (redditio) ;

- l'instruction sur la prière : elle comporte l'explication du Notre Père (sacramentum orationis dominicæ) ; elle se situe après le symbole, car , répète Augustin à la suite de saint Paul, " comment invoqueront-ils celui en qui ils ne croient pas ? " (Rm 10, 14-15)

- l'instruction sur le baptême (sacramentum fontis et baptismi), où Augustin devait commenter Rm 6, 4 : " Par le baptême, en sa mort, nous avons été ensevelis avec lui, afin que… nous aussi nous menions une vie nouvelle. "

- enfin, l'initiation à l'Eucharistie (sacramentum altaris sacri), à laquelle ils participent pour la première fois en tant que fidèles, d'où aussi la désignation du sacrement des fidèles. Augustin leur fait pressentir qu'ils sont ici au cœur des mystères chrétiens.

Mais on pressent que, aux lendemains de leur baptême, Augustin est soucieux avant tout d'inviter les nouveaux-nés (néophytes, les " plantes nouvelles " du Seigneur) à vivre en chrétiens, pas seulement à porter le nom. Or, ce qui peut seul les retenir sur " l'aire " du Seigneur, c'est la charité. Augustin ne fait pas de la morale : il donne en exemple le Christ, invitant à " tenir les yeux fixés sur Celui qui vous a appelés, qui vous a aimés, qui vous a cherchés, qui vous a éclairés… "

M. N.

 Page réalisée par D. Remiot
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