La beauté sauvera le monde

 

Ce titre, nous l'avons emprunté à Dostoïevski. Augustin ne l'aurait pas renié, sauf qu'il l'aurait réservé à Dieu, car seul Dieu, la « beauté de toutes les beautés », a ce pouvoir de sauver le monde. Toute autre beauté n'en est qu'un pâle reflet, et aucune ne mérite qu'on s'y attache. On pourrait aussi bien parler, en ce qui concerne Augustin, d'une mystique de la beauté.

 

Alors que, dans notre monde, la beauté semble noyée dans un océan de laideurs, on pourra s'étonner du choix que nous avons fait. Parler de la beauté, n'est-ce pas incongru ? Au temps d'Augustin, les choses n'allaient pas mieux qu'aujourd'hui. Il avait quotidiennement sous les yeux le spectacle du mal et des malheurs. Mais il ne savait pas moins admirer la beauté sous toutes ses formes, et il savait qu'elle survivra à toutes les horreurs.

 

Dans les pires conditions d'existence, l'homme est resté un créateur de beauté. Il en garde la nostalgie et de nouveau se met à en rêver quand elle déserte notre monde. Ce numéro des Itinéraires Augustiniens ne fait qu'une place minime à l'esthétique d'Augustin, bien qu'il ait aussi proposé des réflexions théoriques sur la nature du beau. Ses préoccupations sont d'un autre ordre.

 

Que ce soit la beauté d'un paysage, d'un visage ou d'une ouvre d'art, Augustin ne s'y arrête guère. Le pasteur qu'il est devenu essaie de former les cour à devenir les « amants de la beauté spirituelle ». Il s'efforce dès lors d'arracher son auditoire aux séductions des beautés corporelles, sans les mépriser, et il a hâte de l'entraîner vers les beautés spirituelles, dont la splendeur est sans comparaison avec les beautés sensibles.

 

Si l'essentiel de ce numéro est centré sur la beauté, telle que la conçoit Augustin, on a toutefois voulu situer sa conception du beau dans un cadre plus large. On verra aussi combien sa place est aujourd'hui reconnue dans la formation de l'identité moderne. Alors que l'Europe est en quête de sa propre définition, l'héritage d'Augustin méritait de retenir l'attention.

Si le titre de notre éditiorial peut s'interprêter en des sens multiples, pour Augustin, il n'en est qu'un qui soit légitime. Nulle beauté, en dehors du Christ, ne sauvera le monde. Mais le Christ était-il beau ? Comment voir dans le Crucifié le reflet de la beauté de Dieu ? Temporellement, dira Augustin, il a perdu pour toi toute beauté, mais éternellement il n'a pas cessé d'être beau. En rendant à l'homme sa beauté première, il se révèle être le seul véritable créateur de beauté en ce monde.

Marcel NEUSCH
Augustin de l’Assomption

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d'Itinéraires Augustiniens n° 31

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