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« Ce mystère est grand : je déclare
qu’il concerne le Christ et l’Eglise »
(Ephésiens 5, 32)
A la fin d’un pèlerinage à Lourdes, des couples se disent au revoir, dans l’action de grâce. Nous avions échangé sur le fameux passage de la lettre de St Paul aux Ephésiens (5, 21-33), concernant l’union de l’homme et de la femme : « ce mystère est grand », écrit-il. Le mystère du Christ et de l’Eglise, celui du sacrement de mariage, celui de l’amour. Ces couples pèlerins, toujours amoureux, désireux d’avancer dans la sacramentalité du mariage, ont renouvelé leur engagement dans la fidélité et leurs responsabilités. Ils sont aussi intervenants dans la préparation au mariage, en paroisse, en doyenné, en lien avec les Centres de Préparation au Mariage. Comment aider les fiancés à entrer dans ce mystère et dans cette réalité, au cours de la préparation de leur mariage ?
Le choix de se marier à l’Eglise
Les fiancés viennent sonner ou téléphonent au presbytère en vue de leur mariage à l’église. En les entendant je ne sais si le « e » est minuscule ou majuscule : depuis combien de temps n’ont-ils pas pris contact avec l’Eglise ? Tous ou presque se disent croyants, l’un des deux au moins est baptisé. Le temps du caté, de la communion, pour quelques-uns de la confirmation, est désormais loin dans les années de l’enfance et de l’adolescence ; ils le rappellent souvent avec plaisir, parfois comme avec gêne ! Ils apportent surtout une histoire déjà riche de quelques années de vie commune, et quelquefois ils sont accompagnés d’un enfant.
Pour eux « se marier à l’église » est un choix, plus ou moins porté par la tradition familiale. Un choix qui les démarque des couples qui cohabitent, mènent une vie commune, choisissent le PACS ou rien du tout. A nous de les aider à découvrir le sens du mariage, et civil et religieux ; de les aider à fonder leur décision. « Nous nous sommes choisis en parlant beaucoup ; nous savons d’où nous venons ; nous nous connaissons bien et sommes en accord sur les points fondamentaux ! En ayant une bonne communication sur la conception de la vie, les valeurs, les enfants, la projection dans l’avenir. » (C. & C.) Un choix, une décision à fonder aussi sur la Parole de Dieu et les sacrements de l’Eglise !
Un cheminement souhaitable
« Comment ça se passe ? Que faut-il faire ? Qu’est-ce que le prêtre va nous demander ? …Pourvu qu’il ne nous demande pas d’assister à la messe du dimanche ! On a entendu dire que deux semaines suffisaient pour préparer le mariage ; ou alors trois mois … » Tout ou presque est réservé, sauf, assez souvent, l’église et le prêtre : ouf ! c’est possible. Très peu de couples prennent contact seulement 2 à 3 mois avant le « grand jour ». Personnellement je préfère prendre du temps avec eux entre 6 et 12 mois : le temps que des éléments du passé remontent et s’expriment : « de ce que nous avons vécu en famille, je n’en veux pas ! … Nos parents sont divorcés, cela nous rend prudents, patients, … » ; le temps d’entrer dans l’intelligence du mariage, du sacrement .
Tout est possible à ceux qui s’aiment et veulent s’aimer encore et toujours : on les marierait presque sur le champ ! Nous faisons connaissance. Vivre en communauté est une bonne école d’apprentissage des fonctionnements psychologiques, des relations humaines, du dialogue, de l’écoute, du pardon. Progressivement je précise le cheminement souhaitable : car l’Eglise ne veut pas imposer un sacrement qui est définitif, ni accueillir et bénir un consentement sans vous l’expliquer, sans vous éclairer sur sa signification.
Puisque vous demandez de vous marier à l’église, voulez-vous prendre le temps d’écouter aussi l’Eglise ? d’entrer dans la compréhension du sacrement de mariage ? le temps où vous pourrez relire ces années communes : ce que l’autre vous a apporté, les disputes et les réconciliations, les évolutions et les avancées dans la confiance, l’écoute, le dialogue ? Le temps de vous apercevoir que votre amour est aussi, surtout, un don : ainsi le jour où vous vous sentirez fragiles, vous pourrez compter sur Celui qui vous aime ! Comprendre que vous devenez le signe de l’Alliance de Dieu avec toute l’humanité, celle du Christ avec l’Eglise !
A l’écoute de la Parole de Dieu
Je leur propose d’ouvrir la Bible, quelques textes fondamentaux (sélectionnés dans les revues spéciales) et d’autres. Leur choix deviendra plus personnel : écouter pour eux-mêmes la Parole de Dieu, son chant, sa musique, entrer dans « l’émotion du Seigneur» ! Peu à peu, ils peuvent découvrir l’Alliance de Dieu avec l’humanité, avec leur couple, éclairer leur propre histoire des récits bibliques et des paraboles évangéliques : cette Alliance dont toute la Bible respire (promesse, dialogue, don, épreuves, infidélités, pardon …). Les difficultés de lecture sont matière à dialogue entre nous. Tous font l’effort de lire de longs passages du Livre, souvent emprunté aux parents ou à la grand’mère ; mais tous n’ont pas cet enthousiasme de G. & H. : « nous sommes rentrés dans la lecture de la Genèse comme dans du beurre. Nous la lisons avant de nous endormir. ». Il m’arrive de leur donner une Bible, qui leur restera comme un cadeau, un signe du temps des fiançailles : Dieu ne nous a-t-il pas parlé en ce temps-là ?
De la Genèse à l’Evangile, en passant par quelques psaumes, le Cantique des Cantiques, c’est un parcours rapide pour la plupart, plus approfondi avec d’autres. Le Christ ? Il reste souvent comme un inconnu. Quand une fiancée dit : « Je suis croyante ; je crois à une puissance supérieure », des questions surgissent que je n’ose pas toutes poser brutalement. En pensant au verset de saint Jean (Jn 14,1) lorsque Jésus dit : « Que votre cœur ne se trouble pas ! Vous croyez en Dieu, croyez aussi en moi. » En souhaitant qu’à deux, ils se mettent sur le chemin d’Emmaüs et que Jésus les rejoigne : qu’ils se sentent invités à la table de l’Eucharistie. Car beaucoup de mariages sont maintenant célébrés sans eucharistie ou « sans messe avec communion ».
Une préparation commune
Cette préparation au mariage se vit aussi en groupe, sur le doyenné, avec d’autres fiancés, accompagnés par deux couples mariés et un prêtre. Certaines réticences à participer à ces rencontres se font jour : leur mariage apparaît comme une « démarche privée », même si pour la célébration et la soirée les invités seront nombreux, même si certains choisissent trois témoins chacun ! Je les invite donc à rencontrer d’autres fiancés qui effectuent la même démarche : vous construisez le même projet, en vous posant les mêmes questions. Et cette Eglise qui vous accompagne est plus large que vos familles et vos invités : elle est la famille de tous ceux et celles qui consentent à vivre ce projet d’Alliance, dans la liberté, la fidélité, l’unité, l’indissolubilité, et la responsabilité d’époux et de parents. Consacrer deux soirées ou une journée à y réfléchir est un bon investissement ! En préparant la célébration de votre mariage, vous préparez aussi les 70 années de vie commune et de bonheur que nous vous souhaitons !
Pour l’événement voulu, choisi, responsable de leur vie d’adultes, ces fiancés ont été accueillis, écoutés ; ils ont été invités à participer au grand dialogue de Dieu avec l’humanité, du Christ avec l’Eglise. J’espère qu’ils continueront demain, régulièrement, de temps en temps, plus tard, à inviter le Seigneur à leur table, à leurs fêtes. Et à se laisser inviter par lui !
Guy CLERC
Augustin de l’Assomption
Paroisse Saint-Exupère
Toulouse
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