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« C’est unis côte à côte qu’on marche de pair,
les yeux fixés sur le même but »
(Saint Augustin, Le bien du mariage)
Mariés depuis 31 ans, notre première rencontre se situe à Lourdes, comme
« hospitaliers » auprès des malades. Comme pour tout engagement, notre couple fut le lieu de nombreuses joies et difficultés. Jusqu’aujourd’hui, les joies l’emportent et c’est pleins d’enthousiasme que nous abordons l’avenir avec le secret espoir de partager à deux, le plus longtemps possible, ce qu’il nous sera donné de vivre. « Entre tes mains, voici ma vie…., voici notre vie ».
Saint Exupéry écrivait : « S’aimer, ce n’est pas se regarder l’un, l’autre, c’est regarder ensemble dans la même direction ». Nous avons fait nôtre cette maxime et nous pouvons dire que ce qui est fondateur pour nous, c’est de partager un même idéal, de pouvoir se dire le bon et le moins bon de notre relation. Il nous semble que la communication est la base d’une vie communautaire associée à la transparence de l’un et de l’autre.
Un même projet éducatif
Ces ingrédients utilisés à bon escient, nous avons connu le bonheur de fonder une famille avec un même projet éducatif. Des enfants sont venus éclairer notre vie : une relation de confiance et d’écoute a pu s’établir entre nous – allant jusqu‘au partage de nos convictions tant humaines que spirituelles. C’est ainsi que nos enfants ont toujours manifesté le désir de se joindre à nous pour venir et servir au Pèlerinage National.
Comme nous, elles purent découvrir que l’amitié sincère et profonde existe et qu’elle est source de grandes joies.Aujourd’hui, nous connaissons la satisfaction d’avoir des enfants mariés vivant pleinement leur engagement et des petits-enfants souvent avec nous.
Baptisés, nous avons toujours eu des engagements dans l’Eglise (catéchèse, aumônerie de collège et de CHU, MCC), ceux-ci s’inscrivent dans un besoin de partage et de prière. Aujourd’hui l’opportunité de participer à des groupes de réflexion avec des religieux (les Augustins de l’Assomption) nous est donnée. Nous sommes associés à une de leurs œuvres, l’Hospitalité Notre Dame de Salut, pour être serviteurs du petit et du faible, répondant à la demande du Christ « ce que tu as fait au plus petit d’entre les miens, c’est à moi que tu l’as fait ».
Les chances de l’amitié
Mais comment tout ceci est-il arrivé ? Sur notre chemin, le facteur chance est à souligner En effet, dans la masse importante des hospitaliers venant à Lourdes, qui aurait pu imaginer qu’une basque y rencontre un jeune homme de l’Oise, d’éducation similaire, avec des projets semblables ?
Nos deux familles étaient unies, nos parents croyants et ouverts aux autres : des fondations solides pour « construire » des enfants.
La chance s’est manifestée en nous donnant la possibilité de devenir parents de 3 filles en bonne santé (malgré 3 grossesses où je dus rester allongée, quelle épreuve !), capables de faire des études et de faire bénéficier d’autres de ce qu’elles avaient reçu. Deux d’entre elles sont aujourd’hui mariées nous amenant à nous ouvrir à d’autres familles. Avec nos enfants et nos gendres nous sommes appelés à partager nos richesses et nos pauvretés, ce qui est indispensable pour résoudre une difficulté inhérente quand un « inconnu » arrive et bouscule une intimité familiale.
La chance c’est aussi d’avoir rencontré des religieux qui comptent beaucoup dans notre vie. Nous aimons nous retrouver dans leurs communautés pour des temps de prière et de convivialité. Enfin, avoir pu créer des liens amicaux intenses donne une tonalité de joie à notre quotidien. Quelle chance de pouvoir compter sur telle ou telle personne, quand surgit une difficulté : amitié sincère et florissante mais exigeante aussi !
Quand surviennent les nuages
Si le ciel bleu peut paraître omniprésent dans notre famille, sachez que des nuages viennent parfois l’obscurcir. Car c’est très exaltant d’avoir plein d’idées et de projets mais ce n’est pas facile d’équilibrer famille, travail, amis et engagements d’Eglise. Tensions et fatigue peuvent s’ensuivre, entraînant tristesse et désespoir. C’est rare quand cela nous surprend en même temps, tant mieux ; ainsi l’un peut soutenir l’autre.
Les enfants qui grandissent nous amènent à nous détacher d’eux non sans peine pour leur permettre ainsi de devenir autonomes. Quand ils se marient, nous devons trouver une nouvelle place et accepter qu’ils aient un nouveau mode de vie et de pensée.
Une autre question nous soucie en permanence : à distance, sommes-nous capables de capter un enfant en difficulté. Etre beaux-parents amène à trouver un équilibre entre un enfant de plus et une pièce dite « rapportée », sachant que ce qui prime c’est le bonheur de ses enfants et petits-enfants.Là encore, quelle place pour des grands-parents aujourd’hui ? Sollicités beaucoup plus qu’il y a 20 ans, partagés entre éducateurs et compagnons de jeux, comment garder sa place sans entraver l’éducation de leurs parents ? Autant de questions difficiles, pas toujours simples à aborder .
Un nouveau facteur intervient avec lequel il va falloir vivre, ce sont les changements liés à notre vieillissement : des choses deviennent impossibles à envisager, beaucoup d’humilité nous est demandée.
D’un point de vue spirituel, nos activités avec les religieux nous mettent mal à l’aise vis-à-vis de notre paroisse un peu délaissée. C’est difficile de ne pas répondre à un appel, à un service. Raisonnablement, peut-on faire autrement ?
Questions préoccupantes
Un grand point d’interrogation pour nous : quelle sera la place des laïcs dans l’Eglise de demain et serons-nous assez généreux pour faire naître des vocations religieuses et sacerdotales autour de nous ?
Quelle image donner de l’Eglise pour susciter auprès des jeunes générations une participation active et généreuse ?
Dernière difficulté et non la moindre, c’est la disparité entre le monde dans lequel nous aimerions vivre et celui que nous côtoyons. Comment remédier à la pauvreté, au manque de pardon, à l’égoïsme, à la malhonnêteté quand on se mobilise pour vivre autrement ?
Enfin, le problème de la guerre et celui de la paix pour laquelle nous prions au quotidien. Comment élever enfants et petits-enfants de façon réaliste et honnête et les préparer à leur vie future sans qu’il y ait trop de décalages ? Questions préoccupantes pour nous… Faire confiance à la Providence.
Voilà l’itinéraire d’une famille enrichie d’une vie de parents, de beaux-parents et de grands-parents toujours baignée dans une ambiance quelque peu augustinienne, puisque nous rencontrions le premier assomptionniste voilà bientôt 40 ans. Aux dires de nos filles, ce ne fut pas un poids mais un plus. C’est vrai qu’ils ont toujours été associés aux événements importants de notre cellule familiale, nous l’avons vécu récemment encore.
Plus de temps à donner aux autres nous amène aujourd’hui à nous engager plus intensément dans l’Eglise, ce qui donne une nouvelle facette à notre couple. En effet, un enrichissement mutuel se poursuit, une tolérance plus intense avec un souci ecclésial prend racine et notre responsabilité de parents, tout en restant première, s’en trouve éclairée.
Patrice et Marie-Pierre GIRARD
Paris
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Réalisation: Avenir Internet |
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