Les violences conjugales Témoignages

 

« On n’avait j’amais entendu dire (…]

que Patrice eût battu sa femme » (Augustin)

 

 Les violences conjugales ne sont ni rares ni récentes. Mais aujourd’hui, le phénomène est sans doute mieux connu qu’en d’autres temps, et surtout, il mobilise davantage l’opinion. Les Eglises ne sont pas restées insensibles au phénomène. On présente ici trois textes : 1) Monique face à la violence de Patrice, son mari ; 2) les cris d’une femme battue ; 3) une réaction des évêques de France.

 

 

 

Monique face à la violence de son mari

 

« Lui (Patricius), du reste, était porté en vérité aussi bien à une obligeance sans égale qu’à une bouillante irascibilité. Mais elle (Monique) savait, elle, ne pas tenir tête à la colère de l’homme, non seulement par un acte, mais même par une parole. Aussitôt la crise passée et le calme revenu, dès qu’elle le voyait disposé, elle lui rendait compte de sa conduite à elle, si par hasard il s’était emporté d’une façon trop irréfléchie.

Enfin, beaucoup de femmes, mariées à des hommes plus doux, portaient cependant des traces de coups jusque sur leur visage défiguré et, entre amies, dans leurs conversations, elles mettaient en cause la conduite de leurs maris ; ma mère, elle, s’en prenait à leur langue et leur donnait sur le ton plaisant ce sérieux avertissement que, du jour où elles s’étaient entendu lire ces tablettes qu’on appelle tablettes du mariage, elles auraient dû voir là un document qui faisait d’elles des servantes ; en conséquence, au souvenir de leur condition, elles n’avaient pas le droit de se dresser fièrement contre leurs maîtres.

Ces femmes s’étonnaient ; car elles connaissaient le fougueux époux qu’elle avait à supporter, et pourtant on n’avait jamais entendu dire, aucun indice n’avait révélé, que Patrice eût battu sa femme ou qu’il y ait eu entre eux, fût-ce l’espace d’un seul jour, une querelle domestique, un dissentiment pour les séparer.

Elles lui en demandaient familièrement la raison et Monique alors leur enseignait son procédé, que je viens de rappeler. Celles qui le suivaient, après expérience l’en remerciaient ; celles qui ne le suivaient pas, restaient asservies et maltraitées » (Confessions, IX, 9, 19).

 

 

Aveux d’une femme battue

 

« Au début, j’étais jeune… il était beau. Il m’a dit que j’étais belle, intelligente, digne d’être aimée… je me suis sentie telle. Nous nous sommes donc mariés, avançant ensemble, joyeusement, vers l’autel où notre union fut bénie par Dieu.

Puis vinrent les paroles pleines de colère…les agressions verbales… Alors je me suis sentie laide, dénuée d’intelligence, indigne de tout amour, qu’il soit divin ou humain.

Ensuite vinrent les coups…violence implacable…douleur incessante. Je ne devais pas rester, mais c’est mon mari…promesse pour toujours. Il dit que je mérite tout ça…peut-être que c’est vrai. Si seulement je pouvais être bonne. Je me sens si seule. Dieu ne m’entend-il pas quand je crie vers Lui en silence, chaque nuit, allongée sur mon lit ?

Finalement la libération est venue, la réalisation. Ce n’est pas moi… c’est lui… Je suis digne d’amour, divin et humain. Un matin de printemps mon cœur s’est retrouvé rempli à la fois d’espoir et l’unique peur de devoir recommencer ma vie toute seule. Ainsi ai-je pu marcher à nouveau dans le couloir de notre immeuble, .sans plus jamais me taire… sans plus jamais subir ce genre de violence, souffrir ce genre de douleur[1]. »

 

 

 

Réaction des évêques de France

 

            « Un enquête nationale récente a révélé qu’une femme interrogée sur dix avait subi des violences conjugales au cours des douze derniers mois, que quatre cents femmes, en France, meurent chaque année à la suite de ces violences. Sait-on qu’en Ile-de-France (hors Paris), chaque quinzaine, trois femmes meurent sous les coups du mari ou du concubin ? Et que 60 % des sorties de nuit de la police concernent des violences conjugales ou familiales ? Violences qui prennent diverses formes : insultes, coups, humiliations et viols.

            Ces violences peuvent également s’exercer de manière psychologique (dévalorisation permanente qui entraîne la perte de confiance en soi) ou économique lorsque l’épouse est forcée d’abandonner son travail ou est spoliée de son salaire et de ses biens personnels, ce qui la plonge dans une totale dépendance financière vis-à-vis de son conjoint. Les femmes humiliées, battues, violentées ont honte de ce qui leur arrive. Elles n’osent pas en parler, elles se sentent coupables et préfèrent cacher leurs souffrances. Mais elles n’en considèrent pas moins cette existence comme un enfer. Elles jugent leur vie ratée et endurent des blessures inguérissables. Car elles se sentent atteintes dans leur dignité, leur corps, leur intimité, leur être le plus profond, rabaissées à l’état d’objet. S’échapper d’une telle situation est particulièrement difficile, d’autant plus que l’agresseur est souvent aussi aimé…

            Les causes de ces violences conjugales sont multiples. A l’origine, il faut nommer, alimentées par l’égoïsme, la domination masculine, la volonté d’affirmer son pouvoir par la force, la complaisance à humilier la femme, à la rabaisser, à l’insulter grossièrement, à la menacer, à détruire sa personnalité, à la traiter comme une chose, comme une propriété, sa propriété. S’y ajoutent des facteurs aggravants comme l’alcoolisme, si répandu en France, ainsi que le chômage qui altère fortement les relations.

Dans la France d’aujourd’hui, serait-il moins risqué de frapper sa femme que son chien ? La question peut se poser quand l’on constate que, dans le cadre de l’amnistie décidée après l’élection présidentielle de 2002, les condamnations pour violences conjugales ont été effacées, tandis que les actes de cruauté contre les animaux ne l’ont pas été[2]. »

 

           

Marcel NEUSCH

 



[1] Extrait de « When Home is Where it Hurts », Christopher News Notes, n° 325. Publié dans  Questions actuelles  (Janvier-février 2004, p. 19).  Bayard. Repris ici avec l’aimable autorisation de la revue.

[2] Texte intégral ,  «Les violences envers les femmes »,  Bayard/Fleurus-Mame/Cerf. 2003.  Voir aussi Documentation catholique (2 novembre 2003,  n° 2301). Questions actuelles (Janvier-février 2004,  publie aussi l’importante déclaration  des évêques des Etats-Unis ( 12 novembre 2002).

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