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Sur les chemins de Dieu |
Avant de se risquer sur les chemins de Dieu, Augustin a sillonné les chemins larges du siècle. Il a hésité, tergiversé, tâtonné, retardé le moment du choix, jusqu’à ce qu’il soit vaincu par la grâce. « Bien tard je t’ai aimée, ô beauté si ancienne et si nouvelle ! » (Conf. X, 27, 38). Il regrettera le temps perdu. A s’attarder sur ses chemins d’homme, il avoue n’avoir récolté que déceptions. Ce n’est qu’après avoir rompu avec son passé qu’il a trouvé la paix du cœur.
Augustin n’a pas écrit un traité de vie spirituelle. Il ne nous a pas tracé, comme le feront certains de ses disciples, un « itinéraire de l’âme vers Dieu », avec ses étapes bien balisées, ses obstacles dûment identifiés, son but nettement désigné. Ce qu’il nous a laissé, c’est son expérience personnelle, relue à dix ans de distance, et dont témoigne ce livre unique que sont les Confessions. Pour comprendre la spiritualité d’Augustin, son expérience est un passage obligé.
En choisissant de réaliser ce numéro des Itinéraires Augustiniens, il convenait donc d’écouter d’abord le récit du chemin sinueux qui l’a conduit à Dieu. Pourtant, il ne s’est pas contenté de nous livrer son expérience à l’état brut. Dans la relecture qu’il en fait, il met en évidence certains moments-clés qui, sans être organisés sous forme de traité, ne révèlent pas moins une trajectoire avec des étapes bien marquées. Il suffit, pour s’en rendre compte, de lire le livre X des Confessions, un véritable petit traité d’exercices spirituels.
Le chemin spirituel d’Augustin révèle avant tout un ardent chercheur de Dieu, désireux d’entraîner d’autres à sa suite. S’il nous livre en partage son expérience, ce n’est pas pour satisfaire notre curiosité, mais dans le seul but de stimuler notre propre ardeur dans cette recherche. Le chemin qui a été le sien, chemin de grâce et de liberté, peut devenir un chemin pour tout homme. Ces confessions, écrit-il, « remuent le cœur, elles l’empêchent de s’endormir dans le désespoir et de dire : ‘je ne puis’ ; elles le tiennent au contraire éveillé dans l’amour de ta miséricorde et la douceur de ta grâce » (X, 3,4).
Abandonner nos chemins d’hommes pour nous mettre sur les chemins de Dieu, c’est tout l’enjeu des exercices spirituels auxquels nous convie Augustin. Il s’agit non pas de réaliser des performances techniques à la manière des athlètes, en s’appuyant sur nous-mêmes, mais de nous laisser saisir par la parole libératrice du Christ. Une parole qui conduit à la vraie connaissance, indissociable de l’amour. « Tu as frappé mon cœur par ton verbe et je t’ai aimé » (Conf. X, 6, 8).
Marcel NEUSCH
Augustin de l’Assomption
Dirigeant mes efforts d’après cette règle de la foi, autant que je l’ai pu, autant que tu m’as donné de le pouvoir, je t’ai cherché ; j’ai désiré voir par l’intelligence ce que je croyais ; j’ai beaucoup étudié et beaucoup peiné. Seigneur mon Dieu, mon unique espérance, exauce-moi de peur que, par lassitude, je ne veuille plus te chercher, mais fais que toujours je cherche ardemment ta face (Ps 104, 4).
O toi, donne-moi la force de te chercher, toi qui m’as fait te trouver et qui m’as donné l’espoir de te trouver de plus en plus. Devant toi est ma force et ma faiblesse : garde ma force, guéris ma faiblesse. Devant toi est ma science et mon ignorance : là où tu m’as ouvert, accueille-moi quand je veux entrer ; là où tu m’as fermé, ouvre-moi quand je viens frapper. Que ce soit de toi que je me souvienne, toi que je comprenne, toi que j’aime ! Augmente en moi ces trois dons, jusqu’à ce que tu m’aies reformé tout entier.
(…)
Délivre-moi, Seigneur, de l’abondance de paroles dont je souffre à l’intérieur de mon âme, qui n’est que misère devant ton regard, mais qui se réfugie dans ta miséricorde. Car ma pensée ne se tait point, lors même que ma bouche se tait. Si du moins je ne pensais qu’à ce qui t’agrée, je ne te demanderais pas de me délivrer de cette abondance de paroles. Mais nombreuses sont mes pensées, telles que tu les connais, pensées d’homme, car elles sont vaines (Ps 93, 11). Donne-moi de n’y pas consentir et, lors même que j’y trouve quelque attrait, de les désavouer néanmoins et de ne pas m’y appesantir en une sorte de sommeil. Qu’elles ne prennent jamais sur moi assez d’empire pour être à la source d’une part de mon activité ; mais que mes jugements du moins soient à l’abri de ces pensées, ma conscience à l’abri, sous ta sauvegarde.
(…)
Quand nous t’aurons atteint, cesseront ces paroles que nous multiplions sans t’atteindre : tu demeureras seul tout en tous (1 Co 15, 28) : nous ne dirons sans fin qu’un seul mot, te louant d’un seul mouvement et ne faisant nous aussi qu’un seul tout en toi.
La Trinité XV, 28, 51
(Traduction B.A. 16, p. 565-567)
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