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Marie Mère de Dieu dans la « controverse arienne » au IVe siècle |
Jésus-Christ est confessé par la foi chrétienne comme Dieu et homme à la fois. Le premier concile œcuménique, tenu à Nicée en 325, confesse Jésus-Christ Verbe, Sagesse, Puissance de Dieu, engendré éternellement de la substance même du Père. Également, le même concile insiste pour affirmer sa vraie humanité dans le mystère de son incarnation « par la puissance de l’Esprit Saint » de la Vierge Marie. Les Pères réunis à Nicée devaient répondre à la doctrine enseignée par Arius et ses partisans à partir de 318 : « Il y eut un temps où le Verbe n’existait pas » et « Dieu n’a pas toujours été Père ». Le premier théologien à faire face à cette doctrine est l’évêque même d’Arius, Alexandre d’Alexandrie. Pour défendre la divinité du Christ, Alexandre n’hésite pas à utiliser, dans ses quelques écrits qui nous soient conservés, le titre « Theotokos – Mère de Dieu » attribué à Marie. Il semblerait qu’à Alexandrie existait déjà une dévotion traditionnelle de vénérer Marie sous le titre « Mère de Dieu »[1]. Arius, curé de Baukalis au port d’Alexandrie, ayant acquis de l’expérience dans la discussion dialectique, est chargé d’enseigner aux fidèles la Parole de Dieu. Dans son enseignement, il ne semble pas attaquer ce titre, cependant il ne le mentionne jamais non plus dans ses écrits. Ainsi il entend rester cohérent avec lui-même en enseignant un Fils inférieur au Père et niant qu’il soit Dieu au sens vrai et plénier du terme. Selon Arius, le Fils n’existait donc pas avant d’avoir été créé par le Père ex-nihilo, et à travers lui Dieu créa les autres choses :
« Arius a encore osé dire que le Verbe n’est pas non plus Dieu véritable : car, même s’il est dit Dieu, il n’est pas Dieu véritable, mais c’est par participation de grâce que, comme tous les autres, lui aussi est appelé Dieu seulement de nom ; et comme toutes choses sont étrangères à Dieu et dissemblables de lui selon la substance, ainsi le Verbe est, lui aussi, en tous points étranger à la substance et au caractère propre du Père et dissemblable de ceux-ci ; il appartient en propre aux choses du devenir et aux créatures, et il est l’une d’entre elles. » (Arius, Thalie, fragment cité par Athanase d’Alexandrie, Contre les Ariens I, 6, 1)
Arius aurait pu appeler Marie Theotokos et tirer ainsi profit en faveur de sa doctrine, car cela aurait pu lui permettre d’affirmer que le Fils de Marie était un Dieu inférieur, une créature élevée par grâce à la dignité divine au point même de le proclamer Fils de Dieu :
« Les Ariens ajoutent, pensant dire quelque chose de profond : « Si c’est pour telle raison qu’il a été élevé et gratifié, si c’est pour telle raison qu’il a été oint, il a reçu la récompense d’un libre choix ; or, s’il agit par libre choix, il est forcément de nature changeante. » (Athanase d’Alexandrie, Contre les Ariens I, 37, 1)
En effet, Dieu lui-même qui est l’Unique, l’Éternel, l’Immuable, l’Inengendré, le Principe sans principe ne peut pas avoir une mère. Ainsi, Arius et ses partisans auraient pu profiter de la maternité divine de Marie afin d’affirmer que le Fils n’est Dieu que par dénomination et non pas au sens plénier du terme.
La nouvelle doctrine d’Arius, basée fondamentalement sur le système philosophique platonicien, trouve en Alexandre son premier opposant. Celui-ci réunit son presbyterium afin de discuter sur la question. Arius est excommunié et la divinité du Christ est affirmée. Cependant, dans la lettre encyclique envoyée aux évêques orientaux, Alexandre ne fait aucune allusion à Marie Theotokos[2]. Quelque temps plus tard seulement, en écrivant à son homonyme, évêque de Constantinople, il expose ses convictions quant à la maternité divine de Marie afin d’affirmer la vraie divinité du Christ et sa réelle humanité. Le Fils est en tout semblable au Père, par conséquent il est à ranger du côté de Dieu. Si le Christ est vraiment Dieu, il n’y a aucune difficulté à proclamer Marie « Mère de Dieu ». Selon lui il serait plutôt impie et contraire à la révélation biblique de nier la maternité divine de Marie. Arius ne fait que détruire le témoignage transmis à l’Église par les Apôtres qui ont fait l’expérience du Christ ressuscité après l’avoir vu souffrir sa passion et mourir sur la croix. L’aspect fondamental de la foi chrétienne, dont Arius et ses disciples ne tiennent pas compte, est l’économie salvifique en faveur de l’homme :
« Ainsi, nous confessons la résurrection des morts car le premier à avoir été ressuscité fut notre Seigneur Jésus Christ, lui qui avait réellement pris un corps, non pas en apparence, de Marie Theotokos, afin de vaincre le péché. Il est venu habiter dans la race humaine à l’accomplissement des temps, il fut crucifié et il est mort sans cependant subir la souffrance ou diminuer en sa propre divinité. Ressuscitant d’entre les morts et montant au ciel, il est assis à la droite de la Majesté. » (Alexandre d’Alexandrie, Lettre à Alexandre de Constantinople, § 12)
Relevons quelques points à partir de cette confession. Premièrement, la maternité divine de Marie, bien qu’elle ne soit pas un dogme fondamental comme la Trinité, est considérée comme partie intégrante de la foi chrétienne. Elle garantit à la fois que le Fils est véritablement Dieu, égal en tout au Père, et que lorsque les temps furent accomplis le Fils prit notre chair afin de réaliser l’économie divine en faveur de l’homme. Également, le titre Theotokos, comme on l’a déjà vu, connaît une tradition dans le milieu religieux chrétien alexandrin au IVe siècle comme l’expression, peut-être, d’un héritage reçu de la foi apostolique. Enfin, le titre Theotokos n’est pas appliqué à Marie dans le sens qu’elle serait la Mère de toute la Trinité, mais seulement la Mère du Fils qui est Dieu comme le Père et l’Esprit Saint. Prenant en compte l’économie divine, la littérature patristique au IVe siècle nous offre des éléments pour mieux comprendre le dogme assez tardif de l’Assomption de Marie comme signe de notre propre résurrection en Dieu.
La doctrine d’Arius gagne de plus en plus d’adeptes et l’empereur Constantin, craignant une division à l’intérieur de son Empire à peine unifié, convoque un concile auquel il invite les évêques du monde entier. « Environ 300 évêques », selon l’estimation de saint Athanase, témoin oculaire, se sont réunis afin de débattre sur la question christologique. Eusèbe, évêque de Césarée entre 313-339, fut l’un des premiers à se déclarer en faveur des idées d’Arius. Il n’accepte pas la génération éternelle du Fils diminuant ainsi sa divinité et son caractère préexistentiel de la substance même du Père[3]. Cependant, dans ses écrits on rencontre quatre fois le titre Theotokos attribué à Marie :
« Auguste bien aimée de Dieu (l’impératrice Hélène), nous adorons avec grande vénération l’engendré de la Theotokos, le Fils très resplendissant dans la sainte crèche. » (Eusèbe de Césarée, Vie de Constantin III, 43)
« Nous retrouvons Marie réunie avec les autres femmes, au nombre de quatre, présentes à la passion du Sauveur : la première, la même Theotokos, Mère du Sauveur. » (Eusèbe de Césarée, Quæstio ad Marinum II, 5)
« Pour signifier « du sein », ou « de l’utérus », en hébreu se dit « Myriam ». Car je suis prêt à écouter quelqu’un qui pourrait me dire ce que signifie le nom de Marie selon ce qu’il lui vient à la mémoire. Certainement qu’avec ce nom on se souvient de la Theotokos. » (Eusèbe de Césarée, Commentaire sur le Psaume 109, 4)
« Marcel d’Ancyre est arrivé à une extrême petitesse (dans la pensée) qu’il n’entend même plus l’ange Gabriel lorsqu’il annonce à la Theotokos, clairement et distinctement, au sujet du Fils qu’elle va engendrer, qu’il devait naître de la lignée de David selon la chair. » (Eusèbe de Césarée, Contre Marcel II, 1)
De ces passages ressort clairement qu’Eusèbe n’a pas tout à fait saisi la doctrine du Verbe comme préexistant depuis toute éternité avec le Père. Comme chez Arius on discerne chez lui plutôt une tendance christologique platonisante. Bien qu’il accepte de signer l’homoousios nicéen, il utilise le titre Theotokos afin d’affirmer le commencement de son existence. A Nicée, Eusèbe propose le symbole baptismal de son Église pour être discuté et éventuellement proposé comme norme de foi « orthodoxe » pour toutes les Églises. Après d’amples débats et l’ajout des expressions « de la substance du Père » et « consubstantiel au Père », les Pères conciliaires signent et « canonisent » ce Symbole de foi confessant le Fils « vrai Dieu de vrai Dieu, de la substance du Père et consubstantiel avec lui par qui tout a été fait ». Dans l’esprit du concile, cette confession de foi conduit tout droit à légitimer le titre Theotokos déjà en circulation dans la piété populaire. Marie n’est pas seulement la Mère du Seigneur selon la chair ; sa foi est une dimension essentielle de sa maternité. Avant de concevoir charnellement Jésus en elle par l’action de l’Esprit Saint, elle l’avait accueilli et conçu dans la foi : « Bienheureuse celle qui a cru ! » (Lc 1, 45). Le récit de l’annonciation, dans l’Évangile de Luc, nous indique de façon précise que la maternité de Marie dépasse de loin une simple maternité habituelle commune aux femmes qui engendrent la vie. Marie n’est pas seulement la Mère de Jésus, ou du Seigneur, mais elle est la Mère du Fils de Dieu : « L’Esprit Saint viendra sur toi et la puissance du Très-Haut te couvrira de son ombre ; c’est pourquoi celui qui va naître de toi sera saint et sera appelé Fils de Dieu » (Lc 1, 35). Avec cet appui biblique, Nicée confesse que le Christ est véritablement Fils de Dieu, « de la même substance que le Père, Dieu de Dieu, Lumière de Lumière », et que « pour notre salut il est descendu et s’est incarné, s’est fait homme ».
III. Saint Athanase d’Alexandrie (328-373)
Ayant participé au concile de Nicée en tant que diacre et secrétaire de son évêque Alexandre, saint Athanase lui succède sur le siège épiscopal en 328. Devenu évêque, son principal souci était de promouvoir le Symbole de foi signé à Nicée comme règle de l’orthodoxie pour toutes les Églises. Les textes de la plus grande importance quant à la compréhension par saint Athanase de la divinité du Christ et par conséquent de la maternité divine de Marie, se trouvent dans son ouvrage dogmatique fondamental : Contre les Ariens en trois livres. Le premier livre traite de la divinité du Fils en réaction à la doctrine arienne. Dans le second livre il explique les missions du Fils. Enfin, le troisième livre développe plus explicitement le dogme de l’Incarnation du Fils. Dans ce troisième livre intervient le plus explicitement l’attribution du titre Theotokos par saint Athanase à Marie. Il prend comme fondement de sa réflexion le passage johannique : « Le Père est en moi et moi dans le Père » (Jn 14, 10). Ainsi il arrive à exposer la relation qui unit éternellement le Fils au Père en tant qu’engendreur et engendré, par conséquent consubstantiels. Les deux extrêmes avec lesquels la théologie trinitaire doit se confronter au IVe siècle sont confondus : d’une part, les modalistes sont dans l’erreur en affirmant l’unique et même personne divine présente dans le Père, le Fils et l’Esprit Saint en fonction du moment de l’économie, et, d’autre part, les ariens sont dans l’erreur également en introduisant du créé, le Fils et l’Esprit Saint, dans la Trinité incréée et immuable. Le Père est Père depuis toujours car il engendre son Fils depuis toujours, le Fils est Fils depuis toujours car il est engendré par le Père depuis toujours, et l’Esprit Saint est l’Esprit du Père et du Fils qui les lie dans l’unique amour depuis toujours :
« Le Fils est la forme de la divinité du Père. C’est de cette manière que celui qui voit le Fils voit le Père, car dans la divinité paternelle est et se laisse contempler le Fils, et la forme paternelle qui est dans le Fils fait apparaître en lui le Père, et c’est de cette manière que le Père est dans le Fils. Et la divinité propre au Père, qui, à partir du Père, est dans le Fils, fait apparaître le Fils dans le Père en même temps que l’éternelle inséparabilité du Fils d’avec le Père. Et celui qui entend et voit que cela même qui est dit du Père est dit du Fils – non que cela se soit ajouté à sa substance par grâce ou participation, mais parce que l’être même du Fils est le propre Engendré de la substance du Père – celui-là comprendra correctement, de la manière que j’ai dite, la parole : “Je suis dans le Père, et le Père est en moi” (Jn 14, 10), et cette autre : “Moi et le Père, nous sommes un” (Jn 10, 30). Car le Fils est tel qu’est le Père, par là même qu’il a tout ce qui appartient au Père. » (Athanase d’Alexandrie, Contre les Ariens III, 6, 1)
Une telle affirmation si dense et si claire ne laisse pas de doute quant à la divinité du Fils au même titre que le Père. C’est pourquoi, tout naturellement, saint Athanase utilise dans son argumentation le titre Theotokos attribué à Marie afin de souligner la nature divine du Fils supérieur aux anges et égal au Père. Car :
« Les anges, comme il est écrit, sont “des esprits chargés d’un office, envoyés pour servir” (He 1, 14), et ils annoncent à ceux qui en sont les bénéficiaires les dons faits par Dieu par l’entremise du Verbe. Et l’ange lui-même, apparaissant, déclare qu’il a été envoyé par le Maître, comme l’a fait Gabriel dans le cas de Zacharie et de Marie la Theotokos. » (Athanase d’Alexandrie, Contre les Ariens III, 14, 2)
Ce titre, saint Athanase l’utilise comme un argument majeur en faveur de la divinité du Fils. Nier la divinité du Christ, alors que nous portons son nom en tant que chrétiens, c’est nier notre propre identité vis-à-vis du Père. Également, nous trahissons les Écritures qui soulignent avec insistance cette donnée fondamentale de notre foi : la divinité du Fils égal au Père et sa véritable incarnation pour la divinisation de l’homme. Là se trouve le cœur de la pensée christologique et sotériologique athanasienne. C’est d’ailleurs ce qu’a souligné le concile Vatican II en Dei Verbum 6 : « Par la révélation divine, Dieu a voulu se manifester et se communiquer lui-même ainsi que manifester et communiquer les décrets éternels de sa volonté concernant le salut des hommes, à savoir leur donner part aux biens divins qui dépassent toute pénétration humaine de l’esprit ». Le titre Theotokos permet également à Athanase d’affirmer à la fois la divinité et l’humanité réelles du Fils et le commencement, par le mystère de l’incarnation, de l’œuvre salvifique
L’enseignement fondamental de l’Écriture, comme nous l’avons souvent dit, c’est la double annonce qu’elle présente au sujet du Sauveur : 1) depuis toujours il était Dieu et il est le Fils, étant le Verbe, le Rayonnement et la Sagesse du Père ; 2) par la suite, à cause de nous, prenant chair de la Vierge Marie, la Theotokos, il s’est fait homme. (Athanase d’Alexandrie, Contre les Ariens III, 29, 1)
Assurant la vraie divinité et la réelle humanité du Christ, saint Athanase combat toute doctrine qui veut confondre le Fils avec le Père ou encore faire du premier une créature du second. Curieusement, saint Athanase distingue le Verbe qui a habité les prophètes de l’Ancien Testament, mais qui ne s’est pas incarné en eux, du Verbe qui par philanthropie est devenu homme de la Vierge Marie pour notre salut et notre divinisation. Seulement la vraie union du Verbe de Dieu avec la chair humaine dans le sein de Marie permet la communication des idiomes, signe de l’union hypostatique. Cette communion des propriétés entre le Fils de Dieu et l’homme Jésus né de la Vierge Marie permet d’attribuer au Verbe réellement toutes les actions salvifiques en notre faveur réalisées dans sa chair. C’est pourquoi sa mort et sa résurrection tiennent une place centrale dans notre mystère du salut. Ainsi, encore une fois, le titre Theotokos attribué à Marie est le signe de cette union entre la divinité et l’humanité de Jésus-Christ au sein de Marie :
« Qui ne serait dans l’admiration ? Qui ne conviendrait qu’une telle œuvre est vraiment divine ? Car si les œuvres de la divinité du Verbe n’avaient pas été accomplies par le moyen de son corps, l’homme n’aurait pas été divinisé. Et à l’inverse, si les passions propres à la chair n’avaient pas été dites du Verbe, l’homme n’en aurait absolument pas été libéré. (…) Et en voici la preuve : il y eut nombre de saints purs de tout péché, Jérémie fut même sanctifié dès le sein de sa mère, et Jean, encore dans le sein de sa mère, tressaillit de joie en entendant le voix de la Theotokos Marie ; et pourtant « la mort règne depuis Adam jusqu’à Moïse, même sur ceux qui n’ont pas péché par une transgression semblable à celle d’Adam » (Rm 5, 14). (…) C’est pourquoi, lorsque la chair du Verbe a été engendrée de la Theotokos Marie, celui-là même qui donne aux autres de venir à l’être est dit avoir été engendré, de telle sorte qu’il transporte en lui-même notre naissance et que nous ne retournions plus à la terre, comme n’étant que terre, mais que nous soyons élevés jusqu’aux cieux par le Verbe, comme étant conjoints au Verbe venu du ciel. » (Athanase d’Alexandrie, Contre les Ariens III, 33)
Saint Athanase nous offre ici le résumé de sa pensée sotériologique d’inspiration johannique et paulinienne facilement repérable. Issus de la terre, nous mourons tous en Adam (cf. Rm 5, 12-21). Nés de Dieu (cf. Jn 1, 13) et ayant reçu l’Esprit de régénération, nous sommes vivifiés en Christ.
Bref, dans les textes athanasiens cités ci-dessus, nous constatons facilement que le titre Theotokos attribué à Marie a un triple but sous la plume de saint Athanase : 1) affirmer la foi nicéenne en l’égalité parfaite entre le Père et le Fils[5], « vrai Dieu du vrai Dieu » ; 2) confesser la maternité divine de la Vierge Marie c’est-à-dire la disponibilité d’accueillir dans la foi le mystère de l’incarnation du Verbe de Dieu dans un corps réel et non pas en apparence ; 3) enfin, tenir ensemble la profession chrétienne du Christ vrai Dieu, engendré depuis toute éternité de la substance du Père, et du Christ vrai homme, né à l’accomplissement des temps de la Vierge Marie.
Conclusion
Cette brève investigation sur le titre marial Theotokos dans la controverse arienne nous a fait toucher du doigt les difficultés théologiques avec lesquelles ont dû se confronter les théologiens au IVe siècle. Ce qui était en jeu était de loin le prestige ou la gloire de Marie en engendrant dans son sein Jésus-Christ, le Messie tant attendu depuis des générations par le peuple hébreu. En défendant la Theotokos, les Pères de l’Église du IVe siècle n’ont fait que défendre la vraie divinité et humanité du Verbe de Dieu fait chair pour notre salut. « De la substance du Père » et « consubstantiel au Père » sont les deux expressions signées à Nicée afin de couper à la racine la doctrine arienne : le Fils est coéternel avec le Père, « vrai Dieu du vrai Dieu ». « Theotokos » est le titre attribué à Marie afin d’affirmer la double nature du Christ : vrai Dieu et vrai homme. Au sein de la Vierge se produit l’union hypostatique : le Verbe divin assume notre humanité, sans rien perdre de sa divinité, afin de nous diviniser en nous donnant de participer à la vie intra-divine. La querelle sur Theotokos rebondira avec plus de force au Ve siècle avec Nestorius de Constantinople et son opposant Cyrille d’Alexandrie. L’Église se voit obligée cette fois-ci de se réunir en concile à Éphèse, en 431, afin de proclamer officiellement le dogme de la Vierge Marie Theotokos.
Lucian Dîncă,
Augustin de l’Assomption
Communauté d’Alzon
Québec, Canada.
Bibliographie sélective
Salamanès Hermeias Sozomène, Histoire ecclésiastique, introduction, traduction et notes par Bernard Grillet, Guy Sabbah et André-Jean Festugière, SC 306, Paris, Cerf, 1983.
Carlos Ignacio Gonzalez, « El titulo Theotokos en torno al Concilio de Nicea », in : Theologica Xaveriana, 39, 1989, p. 335-352 et 443-471.
Charles Kannengiesser, Athanase d’Alexandrie évêque et écrivain. Une lecture des traités Contre les Ariens, Paris, Beauchesne, 1983 ; Le Verbe de Dieu selon Athanase d’Alexandrie, Paris, Desclée, 1990.
Heinrich Denzinger, Symboles et définitions de la foi catholique, édité pour l’édition française par Joseph Hoffmann, Paris, Cerf, 1996.
Athanase d’Alexandrie, Les trois discours Contre les Ariens, introduction et traduction par Adelin Rousseau, guide de lecture par René Lafontaine, Bruxelles, Lessius, 2004.
Socrate de Constantinople, Histoire ecclésiastique, introduction traduction et notes par Pierre Maraval et Pierre Périchon, SC 477, Paris, Cerf, 2004.
[1] Cf. Carlos Ignacio Gonzalez, « El titulo Theotokos en torno al Concilio de Nicea », in : Theologica Xaveriana, 39, 1989, p. 444.
[2] Voir la Lettre encyclique d’Alexandre reproduite par Socrate de Constantinople, Histoire ecclésiastique I, 6, 4-30, SC 477, p. 63-75.
[3] Cf. Aloys Grillmeier, Le Christ dans la tradition chrétienne, t. I, Paris, Cerf, 2003, p. 423-435.
[4] Cf. Charles Kannengiesser, Athanase d’Alexandrie évêque et écrivain, Paris, Beauchesne, 1983, p. 349.
[5] Saint Athanase est constant dans sa pensée trinitaire. Depuis son premier ouvrage, Sur l’incarnation du Verbe, jusqu’à l’écrit le plus mystique, Vie d’Antoine, il expose le Verbe de Dieu parfaitement égal au Père en divinité et parfaitement égal aux hommes en humanité, excepté le péché.
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