Édito

Marie la toute sainte

Ce numéro des « Itinéraires Augustiniens » consacré à Marie paraît à une date qui n’est pas totalement due au hasard. L’année 2008 célèbre en effet le 150e anniversaire des apparitions de Lourdes. On a pensé que le regard d’Augustin sur Marie pouvait favoriser une dévotion mariale, sinon plus intense, du moins plus juste, à l’écart des excès qu’elle a pu connaître dans un passé récent. Augustin n’a jamais développé une « mariologie ». Quand il parle de Marie, il s’en tient à l’ñcriture, et n’en parle qu’en lien étroit avec le Christ et l’Église. En cela, il anticipe les intuitions du concile Vatican II.
Qu’on ne s’attende pas à trouver chez Augustin une justification du dogme de l’Immaculée Conception, défini en 1854. Sur ce dogme, sa position reste indécise, on le verra. Ce qui est premier à ses yeux, c’est l’affirmation de l’universalité du salut. Marie, comme toute créature, doit son salut au Christ. Si Augustin attribue à Marie un « surcroît de grâce », il hésite à l’exempter du péché originel, ce qui, à ses yeux, rendrait dans son cas le Sauveur inutile. Comme toute créature, bien qu’elle ait enfanté le Christ dans sa chair, Marie lui doit son salut. Ce qui fait sa grandeur, c’est moins sa maternité que sa foi.
S’il reste indécis sur l’Immaculée Conception, Augustin n’a en revanche aucune hésitation à proclamer l’éminente sainteté de Marie. Le péché n’a pas eu prise sur elle. « Elle a fait, écrit-il, elle a fait absolument la volonté du Père, sainte Marie ; et c’est plus pour Marie d’avoir été la disciple du Christ, que d’avoir été la mère du Christ… Marie est bienheureuse d’avoir écouté la parole de Dieu et de l’avoir gardée : elle a gardé la vérité en son cœur plus que la chair en son sein… Ce qui est dans le cœur est plus que ce qui est dans le ventre » (S. Denis 25).
Il reste que, si la sainteté de Marie est hors du commun, elle est à intégrer dans la sainteté dont toute l’Église a été gratifiée dans le Christ. Augustin situe Marie moins du côté du Christ sauveur que du côté de l’Église rachetée. Marie est d’abord un membre de l’Église, sans doute « un membre excellent, suréminent », mais non au-dessus de l’Église. Comme totalité, l’Église est même d’une certaine manière plus grande que Marie, sans que soit diminuée sa grandeur à elle.
« Marie est sainte, Marie est bienheureuse, mais l’Église est plus grande encore que la Vierge Marie. Pourquoi ? Parce que Marie est une partie de l’Église, un membre saint, un membre excellent, un membre suréminent, mais pourtant un membre du corps tout entier. Si elle est membre du corps tout entier, le corps est plus assurément qu’un seul membre » (S. Denis 25).
Quand il parle de Marie, Augustin n’abuse pas des superlatifs. Il est porté non pas d’abord à célébrer Marie, quelle que soit sa sainteté, mais à louer Dieu pour ce que la grâce a fait en elle. Il s’en tient au plus près de l’Évangile : Marie est vierge et mère, deux titres qu’il applique aussi à l’Église. Marie par sa foi est une préfiguration de l’Église. C’est par son total consentement à la grâce qu’elle est la toute sainte.

Marcel NEUSCH
Augustin de l’Assomption

Sermon d’Augustin - Marie et l’Église 

Faites donc bien attention, mes frères ; faites plus attention, je vous en conjure, à ce que dit le Seigneur Christ en étendant la main sur ses disciples : « Ceux-ci sont ma mère et mes frères ; et celui qui fait la volonté de mon Père qui m’a envoyé, celui-là est pour moi un frère et une sœur et une mère. » Est-ce qu’elle n’a pas fait la volonté du Père, la Vierge Marie, qui a cru par la foi, qui a conçu par la foi, qui a été choisie pour que d’elle naisse pour nous le salut parmi les hommes, qui a été créée par le Christ, avant que le Christ ne fût créé en elle ? Elle a fait, elle a fait absolument la volonté du Père, sainte Marie ; et c’est plus pour Marie d’avoir été la disciple du Christ, que d’avoir été la mère du Christ.
            (…)
            Ainsi, Marie est bienheureuse d’avoir écouté la Parole de Dieu et de l’avoir gardée : elle a gardé la vérité en son cœur plus que la chair en son sein. Le Christ est vérité, le Christ est chair. Le Christ vérité est dans le cœur de Marie, le Christ chair dans le sein de Marie ; ce qui est dans le cœur est plus que ce qui est dans le ventre.

            Sainte est Marie, bienheureuse est Marie, mais l’Église est meilleure que la Vierge Marie. Pourquoi ? Parce que Marie est une partie de l’Église, un membre saint, un membre excellent, un membre suréminent, mais pourtant un membre du corps tout entier. Si elle est membre du corps tout entier, le corps est plus assurément qu’un seul membre. La tête, c’est le Seigneur, et le Christ tout entier est tête et corps. Que dire ? Nous avons une tête divine, nous avons Dieu pour tête.

            Donc, mes très chers frères, faites attention : vous aussi êtes les membres du Christ, vous aussi êtes le corps du Christ (…) Vous à qui je parle, vous êtes les membres du Christ : qui vous a mis au monde ? J’entends la voix de votre cœur : la Mère Église. Cette Mère sainte, honorée, semblable à Marie, elle enfante et elle est vierge…Gardez dans vos cœurs la virginité ; la virginité de l’esprit, c’est l’intégrité de la foi catholique.

 (Sermon Denis 25 ; M.A.158-164., in Saint Augustin, Le visage de l’Église, Cerf, 1958., p. 189. Textes choisis par Hans Urs von Balthasar, traduits par Th. Camelot et J. Grumel).

 

 

 

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