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La nuit des hommes n’est pas privée d’étoiles
« Le firmament de l’Ecriture ». L’herméneutique augustinienne, d’Isabelle Bochet. Institut d’études augustiniennes. 564 pages.
Le titre donné à cette présentation du livre d’Isabelle Bochet est évidemment un clin d’œil à un ouvrage célèbre de Thomas Merton. Dans le ciel d’Augustin brille l’étoile de l’Ecriture. A plusieurs reprises, il interprète le firmament comme une figure de l’Ecriture C’est dans l’Ecriture, « le livre de Dieu », qu’il puise la lumière pour comprendre sa propre vie tout comme l’histoire humaine. L’usage qu’il fait de l’Ecriture offre donc une voie royale pour relire son œuvre, en particulier ces deux œuvres maîtresses que sont les Confessions, qui relatent l’expérience de sa conversion, et La Cité de Dieu, où il déchiffre le sens de l’Histoire.
L’Ecriture est la « matrice de son œuvre », écrit Isabelle Bochet, et c’est ce qu’elle démontre dans un ouvrage magistral. Un ouvrage d’érudition, cependant d’une belle clarté, qui renouvelle en profondeur l’interprétation d’Augustin. Elle ruine une fois pour toute l’idée d’un intellectuel d’abord gagné à la philosophie, puis rallié tardivement à l’Ecriture. C’est dès sa conversion qu’Augustin s’est placé sous l’autorité de l’Ecriture, et c’est sous cette autorité qu’il s’efforce de ramener les philosophes, de quelque bord qu’ils soient.
Isabelle Bochet s’interroge donc d’abord sur le statut de l’Ecriture dans la pensée d’Augustin. Dans la condition de l’humanité, obscurcie par le péché, l’Ecriture est une médiation nécessaire, mais provisoire, pour la rétablir dans une relation vraie à Dieu. La raison d’être de l’Ecriture est de reconduire à l’écoute du Maître intérieur, dont l’homme s’est détourné pour n’écouter que lui-même. L’Ecriture est l’expression de la condescendance de Dieu. « La sagesse de Dieu, écrit Augustin, devant s’abaisser jusqu’au corps humain, s’est abaissée d’abord jusqu’au langage humain. »
Augustin ne s’est pas limité à interpréter l’Ecriture : il s’est lui-même laissé interpréter, et donc transformer par elle. Grâce à l’Ecriture, l’homme reçoit à nouveau la capacité de se comprendre. Selon les Confessions, la conversion d’Augustin s’est opérée par la médiation du texte biblique : « Prends et lis ! ». La Cité de Dieu élargit le regard, de l’itinéraire personnel d’Augustin à l’itinéraire collectif des hommes. Ce qu’Augustin essaie de faire comprendre aux païens, c’est que l’Ecriture « surpasse par son autorité divine toutes les littératures de toutes les nations ».
Vie personnelle et destin historique sont ainsi jaugés à l’aune de l’Ecriture. Parler de « firmament de l’Ecriture », c’est suggérer que la vie humaine est placée tout entière sous la grâce de Dieu. Fort de cette conviction, l’évêque d’Hippone pourra conclure, au sujet de l’Ecriture : « Tout ce qu’un homme a appris ailleurs, si c’est nuisible, y est condamné, et si c’est utile, s’y trouve. »
M.N.
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