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Un pont de miséricorde ! |
Avant d’être un thème de prédication, la miséricorde est, pour Augustin, une donnée de son expérience personnelle. S’adressant à Dieu, il dira : « Tu es miséricorde, je suis misère ». A la racine de la miséricorde, il y a les deux mots : « cœur » et « misère ». Sont désignés comme miséricordieux ceux dont le cœur est sensible à la misère, aussi bien physique que spirituelle. Jésus, déclare-t-il, « appelle heureux ceux qui viennent au secours des misérables, parce qu’ils obtiennent en retour d’être délivrés de leur misère ».
Si, pour ne pas rester un mot vide, la miséricorde doit se traduire en gestes de « secours » en faveur des misérables – car « Dieu exercera un jugement sans miséricorde envers celui qui n’aura pas fait miséricorde » (Jc 2, 13) – c’est dans le pardon de Dieu qu’Augustin l’a d’abord expérimentée pour son compte. La miséricorde de Dieu fait refluer le péché. Quand sa grâce se lève, le péché se couche. « Tu dois donc tourner tes regards vers l’Orient, et les détourner du Couchant. Détourne-les du péché, et tourne-les vers la grâce de Dieu » (in Ps 102, 19).
Mais la miséricorde ne vient-elle pas se heurter à la borne de la justice ? Pour certains Orientaux, en Dieu la miséricorde finira par l’emporter sur la justice. Elle s’étendra même à ceux qui sont en enfer. Même le diable bénéficiera du pardon de Dieu. Augustin ne partage pas cette opinion, sans pourtant réussir à surmonter la contradiction entre justice et miséricorde. Sa conviction, c’est que Dieu réconcilie en lui les contraires, sans que nous sachions comment. Face à l’insoutenable question d’un enfer éternel, Augustin reste finalement sans réponse.
Quoi qu’il en soit, ce qui ressort de l’attitude de Dieu, révélée en Jésus, c’est qu’ici-bas, il n’enferme jamais personne dans son péché, au nom d’une justice implacable. Il laisse toujours la porte ouverte à l’espérance. Comme l’écrit J. L. Chrétien : « Ce que donne le pardon, c’est l’avenir, là même où il semblait qu’il n’y en eût plus que nous puissions attendre. C’est toujours comme renaissance et comme point de départ que saint Augustin l’envisage. En ce sens, il est proprement l’orient de notre vie, le lieu où se lève la lumière. »
Ce que Dieu attend de l’homme, c’est qu’à son tour, il exerce la miséricorde, sans renoncer à la justice, si difficile qu’il soit de concilier concrètement les deux. Il doit rester, avec toute l’Eglise, un « pont de miséricorde. « Tu as entendu, ô mon frère, comment Dieu exerce la miséricorde et le jugement, et toi aussi sois juste et miséricordieux ». Mais dans l’apparente contradiction entre justice et miséricorde, c’est bien à la miséricorde que doit revenir le dernier mot.
Marcel NEUSCH
Augustin de l’Assomption
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