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Lire avec les yeux du cœur |
Découverte tardivement, l’Ecriture, qui ne lui inspira autrefois que dédain, ne l’a plus jamais quitté. Ce qu’il y lisait n’était pas une parole quelconque. C’était Parole de Dieu, enveloppée dans l’humble parole humaine. Pourtant, c’est bien Dieu lui-même qui s’y exprime. Augustin lui prête cette exclamation : « O homme, il est clair que ce que dit mon Ecriture, c’est moi qui le dis » (Confessions XIII, 29, 44). Mais comment discerner dans l’obscurité de la parole humaine la Parole de Dieu ?
En raison de son opacité humaine, l’Ecriture ne livre son sens à un regard superficiel. Comme tout langage humain, la Parole de Dieu s’offre d’abord à l’écoute. Elle ne livre son sens qu’à celui qui se convertit à elle. « Comprendre, c’est interpréter ». Augustin ne croit pas qu’il suffit de lire pour comprendre, ni même de s’en tenir à une exégèse littérale. Il ne suffit pas même d’interpréter correctement. L’Ecriture se donne comme un livre de vie. La comprennent ceux qui consentent à en vivre. Voici comment Augustin s’exprime (De doctrina christiana IV, V, 7) :
« Or, l’homme parle avec d’autant plus ou d’autant moins de sagesse qu’il fait plus ou moins de progrès dans les saintes Ecritures ; je ne dis pas en les lisant beaucoup et en les confiant à sa mémoire, mais en les lisant bien et en cherchant le sens avec un grand soin. Il en est, en effet, qui les lisent et les négligent ; ils les lisent pour les retenir ; ils les négligent pour ne pas les comprendre. A ces gens-là il faut sans aucun doute préférer ceux qui en retiennent moins fidèlement les paroles, mais qui en voient le cœur avec les yeux de leur cœur. Mais l’emporte sur les uns et les autres celui qui les cite quand il veut et qui les comprend comme il faut. »
Voir le cœur de l’Ecriture avec les yeux du cœur, c’est y voir le Christ. Dans la forêt de l’Ecriture, on peut déceler des sens multiples. Mais si plusieurs sens sont légitimes, le Christ en est le critère ultime pour évaluer la diversité des interprétations. « Quand le Christ lui aura été révélé dans les paroles de l’Ecriture, qu’il (le lecteur) sache qu’il en a l’intelligence, mais tant qu’il n’aura pas compris le Christ dans ces mêmes paroles, qu’il n’ait pas la présomption de croire qu’il les a comprises » (in Ps 96, 2).
L’exégèse d’Augustin est de part en part christologique, ouvrant la voie à ce que dira le concile de Vatican II. Pour le concile, comme pour Augustin, le Christ est la seule clé qui permet de saisir « le contenu et l’unité de toute l’Ecriture » (DV n° 13). Si d’autres lectures sont possibles, seule l’interprétation christologique en révèle le sens plénier. Cela suppose de lire avec les yeux du cœur. , deux titres qu’il applique aussi à l’Église. Marie par sa foi est une préfiguration de l’Église. C’est par son total consentement à la grâce qu’elle est la toute sainte.
Marcel NEUSCH
Augustin de l’Assomption
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