Lettre aux jeunes prêtres, diacres et frères en formation
Noël 2007
Aux jeunes prêtres, diacres et frères en formation,
Au mois de janvier, les jeunes prêtres et diacres assomptionnistes de l’Amérique latine se rassembleront à Valparaiso pour réfléchir à leurs expériences pastorales. Je pensais surtout à eux quand j’ai rédigé cette lettre, mais je me suis décidé à l’envoyer à vous tous. Comme chaque année, je pense à vous quand nous nous préparons à célébrer saint Jean, le plus jeune des disciples de Jésus.
Il y a trois choses que, comme frère aîné doté d’un peu d’expérience, je voudrais dire à des jeunes confrères auxquels je m’intéresse beaucoup (et pour lesquels j’ai beaucoup d’affection). Il s’agit de réflexions qui me viennent à l’esprit en pensant à l’Assomption en ce moment de son histoire et surtout à vous et aux défis qui sont les vôtres en tant que jeunes qui se sont engagés à suivre Jésus Christ comme religieux. L’Assomption est très différente dans chacun des trente pays où elle se trouve, mais, chose surprenante, les défis se ressemblent beaucoup.
La première chose que je voudrais dire est inspirée par le fait que, petit à petit, alors que votre formation progresse, vous vous impliquez de plus en plus dans la mission. Vous êtes en train d’acquérir un bon nombre de compétences pastorales et de mieux percevoir le charisme qui vous oriente vers l’un ou l’autre apostolat particulier. Mon conseil est alors : soyez hardis dans votre apostolat pour le Royaume. Et j’insiste, soyez hardis ! Le P. d’Alzon n’avait aucune patience avec les prêtres paresseux et sans imagination. Relisez le discours passionné qu’il donna à la fin du Chapitre de 1873 : « On se dit prudent, parce qu’on n’ose pas! …La foi est hardie. Ayons donc les hardiesses de la foi. La vraie prudence est la reine des vertus morales: mais une reine commande, agit, et, au besoin, combat. Certains en ont fait une femme vieillie par la peur ; cette prudence, elle a des pantoufles et une robe de chambre, elle est enrhumée et elle tousse beaucoup. Prudence de convention, je n’en veux pas ! »
Le message est clair. Un Assomptionniste ne s’intéresse pas à un poste pour être en sécurité, un poste sans risques ni défis. Continuellement, il se pose à lui-même et aux autres ces questions : Est-ce bien ce que Dieu est en train de nous demander ? Arrivons-nous à atteindre les gens ? Parlons-nous leur langage ? Est-ce que nous rencontrons leurs vrais besoins ? Il ne s’agit pas d’être contestataire pour être contestataire, ni de s’engager dans toutes les causes qui sollicitent notre appui. Mais à l’exemple de nos confrères Kamen, Pavel et Josaphat, il s’agit d’être prêt à témoigner des exigences de l’Evangile à temps et à contretemps, malgré ce que cela peut nous couter. D’Alzon n’avait qu’une préoccupation : de suivre le chemin que le Christ indiquait. Tout le reste était secondaire. La tradition et l’habitude sont bonnes, et ce qui est nouveau n’est pas, par le fait même, mieux que ce qui est ancien. Mais si, dans notre congrégation et dans nos Provinces, nous continuons à faire ce que nous faisons depuis dix, vingt, cinquante ans pour la seule raison que « ça fait longtemps qu’on fait comme ça », alors nous nous ressemblons à cette « femme vieillie » dans ses pantoufles et sa robe de chambre… timorés, maladifs, sans énergie et passion.
La deuxième chose que j’aimerais dire pourrait paraître en contradiction avec la première. Soyez hardis, mais soyez hardis ensemble ! Un apôtre hardi n’est pas obligatoirement un « cowboy solitaire ». Même les prophètes les plus contestataires de l’Ancien Testament aimaient leur peuple et sont restés fidèles à Israël jusqu’au bout. Il se peut qu’au début l’apôtre hardi sera le seul à poser les questions « gênantes », mais un Assomptionniste convaincu de l’importance d’une question obligera ses confrères à la prendre au sérieux afin de trouver, avec eux et ensemble , la meilleure réponse. La vielle femme en pantoufles se retire dans sa douillette, mais l’apôtre hardi ne fait guère mieux quand il se met à l’écart de ses confrères. Etre hardi ensemble exige de nous d’être persévérants et courageux, de communiquer honnêtement et ouvertement, de ne pas avoir peur du débat et même parfois de la discussion…et ensuite, de s’engager dans une démarche commune, même quand elle ne va pas précisément dans le sens que l’on aurait préféré. Pareil témoignage de communauté est puissant dans un monde qui semble souvent préférer le comportement du « cowboy solitaire ».
Enfin, la troisième chose que je voudrais dire constitue la condition de possibilité des deux autres. Soyez hardis dans votre relation avec Jésus Christ. Ce que je veux dire par là est assez simple. Vous l’avez sans doute expérimenté, l’amitié est un don qui nous permet de vivre. Et comme vous le savez, ce n’est pas ce que l’on voit sur le visage d’un ami ni les sentiments que l’amitié peut inspirer qui lui donne sa valeur. C’est plutôt la conviction qu’il y a quelque chose de plus important et de plus grand que vous deux qui vous relie au niveau le plus profond et le plus intime. Les apparences et les sentiments passent ; nous sommes disposés à y renoncer, pourvu que ce lien profond reste solide.
En réfléchissant à la relation de saint Jean avec Jésus, je vous encourage à vivre le même genre d’amitié avec le Seigneur. Mais comment est-il possible d’avoir une relation profonde avec quelqu’un que l’on ne voit pas, que l’on n’entend pas ? Dans votre amitié avec Jésus Christ, sans doute faut-il renoncer au visible et à l’audible, mais vous pouvez faire l’expérience d’une communication des plus profondes, un partage de ce qui est le plus important pour la vie. Et je suis convaincu que c’est ce type de relation qui vous permettra d’être vraiment hardi.
Personne n’a été plus hardi que Jésus Christ. Qu’est-ce qui lui a permis d’être si hardi ? La réponse me paraît évidente : c’était la puissance de son Père à l’œuvre dans son cœur. S’il avait oublié son Père, s’il n’avait voulu faire que sa volonté propre, son témoignage aurait était terne. Mais la puissance de son témoignage a été révolutionnaire et a entraîné une remise en question radicale. Mais c’était une puissance d’amour et de communion, et elle a transformé le monde.
Voilà ce que je voulais vous dire en ce moment. Et surtout, je voulais vous dire que je pense à vous, même si c’est à une certaine distance. Je connais certains de vos combats, mais j’ai beaucoup de confiance dans l’énergie qui vous habite pour faire le bien. C’est une énergie qui vous permettra de persévérer dans le combat et à travers les doutes et de donner la paix dont le monde a tant besoin.
Meilleurs vœux fraternels,
Richard E. Lamoureux, a.a.
Supérieur général
27 décembre 2007 – Fête de saint Jean, apôtre