Chers Frères,
L'année
dernière, au terme du Chapitre général, j'ai cité
la conclusion de la lettre du P. d'Alzon à Étienne Pernet du 4
mai 1876: " Adieu, mon cher fondateur.. Ah! Que de fondateurs à
l'Assomption! " Dans un commentaire au crayon à la fin de
la lettre, Étienne Pernet écrivit: " Puisque tout croule
de nos jours dans le monde, les replâtreurs sont devenus inutiles. Il
faut des constructeurs. Vous bâtissez, mon Père, et vos fils seront
vos compagnons-maçons."
Un kairos pour l'Église et pour l'Assomption
Même
si nous faisons une autre analyse que celle d'Etienne Pernet, nous pouvons convenir
que cette année jubilaire est un kairos pour l'Église et pour
l'Assomption, un temps pour construire et re-construire. Le Chapitre général
parlait de ce moment comme d'un souffle nouveau, d'une occasion pour redécouvrir
notre passion assomptionniste pour le Royaume. En nous demandant de ré-exprimer
le charisme, le Chapitre général nous appelle à nous engager
à nouveau à notre héritage spirituel et, en même
temps, à être courageux et hardis dans nos initiatives "fondatrices"
pour l'avenir. "Fidélité créatrice", telle
est l'expression que suggère Vita Consecrata.
Cette
année, à Jérusalem, le Conseil de Congrégation a
beaucoup réfléchi sur l'Assomption et pourquoi Dieu l'a mise au
monde. Nous avons parlé de notre ambition comme famille religieuse, de
notre raison d'être, de notre " vision ". En réfléchissant
à la demande du Chapitre général pour une ré-expression
du charisme, nous avons voulu trouver des moyens mobilisateurs qui puissent
animer nos communautés dans leur vie et dans leur mission. Vous avez
eu l'occasion de lire à ce propos ma récente
Lettre (n° 2) à chacun d'entre vous. Le dernier Conseil de Congrégation
s'est prononcé sur la question. Il a pris des décisions que je
voudrais vous communiquer le plus brièvement possible. Je vous encourage
à lire cette lettre en même temps que la Lettre n° 2, pour
bien comprendre ce que nous proposons et surtout l'esprit qui est sous-jacent
à ce travail.
Une démarche simple
Ce
que nous avons décidé à Jérusalem est simple. Plutôt
que de travailler à partir d'un avant-projet de texte sur notre raison-d'être,
comme je l'avais proposé dans la Lettre no 2, nous avons choisi de faire
quelque chose qui ressemble aux préparations pour l'Année Jubilaire.
Il s'agit d'un programme de trois ans, qui fixera son regard sur trois éléments
du charisme qui sont à la fois distincts mais intimement liés.
Ces trois éléments ne vont pas vous surprendre:
1) notre foi en Jésus Christ;
2) notre vie en communauté apostolique;
3) notre mission en vue du Royaume.
Vous
allez sans doute dire: n'avons-nous pas dit suffisamment de choses sur ces trois
thèmes ? Oui et non. N'y aurait-il pas encore quelques questions à
nous poser à ce sujet ? Je vous en propose quatre:
1) Que pourriez-vous dire sur ces trois sujets à partir de votre expérience personnelle ? Que dites-vous, par exemple, quand vous affirmez: " Je crois en Jésus Christ " ? Quelle a été votre expérience de croyant au cours de ces dernières années ?
2) Que peut dire un Assomptionniste sur ces trois sujets ? Que dirions-nous, par exemple, à propos de l'Église et du Royaume qu'un Franciscan ne dirait pas ?
3) Que dire aux gens d'aujourd'hui sur ces trois sujets ? Au XXIème siècle, par exemple, comment concrètement faire advenir le Royaume ?
4) Que dire de ces trois éléments de notre vocation dans votre propre culture ? Comment comprenez-vous aujourd'hui, par exemple, la vie commune à partir de votre expérience dans une société sécularisée et technologique ?
Bien
sûr, il y a d'autres questions. Une réflexion en communauté
au sujet de Jésus Christ peut rester très académique et
ennuyeuse, mais elle peut être appropriée et personnelle. Il s'agira
de trouver les bonnes questions qui peuvent vous aider à partager et
à vivre.
En
plus des questions à traiter, le Conseil pense que l'objectif précis
que vous assignerez à vos discussions déterminera en grande partie
la qualité de vos partages. Selon l'esprit que j'ai énoncé
dans la Lettre n°2, prenez comme objectif quelque chose de très simple:
un résumé de notre vision ou " raison d'être "
pour le XXIème siècle. Vous allez dire: nous savons déjà
exprimer notre raison d'être. Oui, mais malheureusement, elle est perdue
dans des textes beaucoup trop longs ou dans des articles et des livres. Lors
d'une de ses interventions pendant notre retraite/pèlerinage en Terre
Sainte, le P. Alain Marchadour nous a dit quelque chose qui me paraît
très important dans ce contexte. La foi chrétienne a eu un grand
succès au début pour une raison, disait-il: elle était
très simple et pouvait s'exprimer en quatre mots: " Repentez-vous
et croyez. " (Marc 1,15) Ces quatre mots renferment toute une vie
à la fois riche et interpellante et ils le font puissamment, au moins
en partie, parce qu'ils sont clairs et efficaces. Je crois que c'est notre défi
au moment où nous cherchons à ré-exprimer le charisme.
Un souffle nouveau
Mais
ce n'est pas simplement une question de longueur. Souvent nous nous exprimons
dans un langage qui, il faut l'admettre, ne motive pas, même pas nous
qui sommes habitués à un tel langage. C'est souvent un langage
que les laïcs ont du mal à comprendre. De tels textes peuvent être
très fidèles au charisme, mais le but aujourd'hui est d'exprimer
le charisme en des termes qui donne un "nouveau souffle" à
la Congrégation. Je me souviens toujours de la préoccupation du
jeune d'Alzon: "
il faut donc l'instruire (le monde) et lui
préparer une instruction dans des termes qu'il puisse comprendre"
(Lettre à Alphonse de Vignamont, 18 mars 1835). Dans notre effort pour
ré-exprimer le charisme, cela doit être également notre
obsession.
En
même temps que cette lettre, j'en rédige une autre aux Supérieurs
Majeurs, leur demandant de mettre en route un programme d'animation dans chaque
Province de la Congrégation. À Jérusalem, une de nos convictions
était que chaque vice/Province organise le travail le mieux adapté
à la réalité des communautés de la Province. Nous
avons aussi voulu respecter les deux calendriers existant dans la Congrégation
et les méthodes d'animation qui se sont révélées
les plus efficaces. Les vice/Provinciaux se mettront donc au travail avec leurs
Conseils et vous communiqueront leurs décisions. Au niveau général,
nous jouerons aussi notre rôle, à travers les visites que nous
ferons, les sessions que nous organiserons et aussi par l'intermédiaire
d'une fiche de travail sur chaque sujet, publiée au début de l'année
civile. De cette façon, le Conseil de Congrégation assurera une
co-ordination des efforts d'animation à travers la Congrégation
pour que tous aboutissent au seul but: ré-exprimer le charisme pour le
prochain Chapitre général en 2005.
Le
Conseil de Congrégation a donc prévu un programme d'animation
comportant plusieurs éléments, mais garantissant et encourageant
une grande marge de liberté dans la réflexion. La discussion sera
bien sûr inspirée par l'esprit du Fondateur, par les exigences
de nos cultures et de notre temps et par un désir de dépasser
les intérêts purement personnels pour arriver à une volonté
commune qui constitue la base de notre vie fraternelle. Ce sont là de
vraies contraintes qui, pourrait-on dire, limitent notre liberté. Mais,
vous conviendrez avec moi qu'elles peuvent inspirer une connaissance riche et
profonde et même une re-découverte du charisme que l'Esprit a bien
voulu donner à l'Église et à l'Assomption.
De grandes ambitions
Est-ce
que tout ce travail vaut la peine ou n'est-ce pas tout simplement un exercice
de plus demandé par les supérieurs ? Pour moi, il s'agit là
d'un travail aussi important pour la Congrégation que l'oxygène
pour un organisme vivant. Je lisais récemment un article à propos
de mon architecte préféré du XX ème siècle,
Frank Lloyd Wright. Il m'a fait réfléchir sur l'importance d'avoir
de grandes ambitions et de pouvoir les communiquer aux autres. En 1991, Wes
Peters, qui a été formé par le grand architecte américain,
a exprimé ce que lui avait apporté la participation à son
entourage: " Monsieur Wright était un homme qui bâtissait
un grand rêve. Et son rêve prenait vie
Je ne peux pas vous
dire quel plaisir je prenais à participer à la naissance d'une
réalité si grande. " (De "Remembering Frank Lloyd
Wright," par Indira Berndtson, in Frank Lloyd Wright Quarterly, Spring
2000, vol. 11, no. 2, p. 25.)
Faisons
l'effort de communiquer à nos amis (et à nous-mêmes) les
grandes ambitions que nous avons à l'Assomption.
Richard
Lamoureux, a.a.
Supérieur Général
29
juin 2000 - Fête de Saints Pierre et Paul
Rome
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