Lectio divina: la Samaritaine (Jean 4,4-42)
« Venez voir un homme qui m’a dit tout ce que j’ai fait. Ne serait-il pas le Christ? » Ils sortirent de la ville et ils se dirigeaient vers lui… Un bon nombre de Samaritains de cette ville crurent en lui à cause de la parole de la femme, qui attestait : « Il m’a dit tout ce que j’ai fait. » (versets 29-30, 39
Dans une réflexion sur notre mission assomptionniste, il faut toujours revenir à la Parole de Dieu pour comprendre comment Il a formé son peuple, quelle était la mission de Jésus et celle confiée à ses disciples, et comment il les a préparés pour cette mission. On peut lire le récit de la rencontre de Jésus avec la Samaritaine sur plusieurs niveaux (2) mais il est surtout révélateur pour nous qui cherchons à comprendre comment le Royaume se réalise en nous et autour de nous.
Dans l’Évangile de Jean, pendant la première année du ministère public de Jésus, nous trouvons sept événements majeurs (de la purification du Temple en 2,13ss à l’apparition de Jésus marchant sur les eaux de la mer de Galilée en 6,16ss) qui révèlent progressivement sa gloire messianique, annoncée dans le miracle à Cana. Dans la plupart de ces récits, il y a un personnage central (Nicodème, la Samaritaine, l’officier royal, le paralytique de Bethesda, et les disciples eux-mêmes), qui grâce à sa rencontre avec Jésus, est appelé à en être son témoin.
L’histoire de la Samaritaine est bien connue. Jésus se trouve dans un lieu « étranger » et donc hostile. Il est seul, dans un lieu public, avec une femme d’une certaine réputation (versets 4-6). Son besoin d’étancher sa soif les amène à une discussion sur ce qui désaltère vraiment (versets 7-15) et à un échange qui touche à des questions très personnelles (versets 16-18). Tout cela déclenche une réflexion chez la femme qui lui permet de voir Jésus d’une toute autre façon (versets 19-26) et la pousse éventuellement à vouloir communiquer sa découverte à ses proches (versets 39-42).
On aurait du mal à dire qu’au début de leur discussion il s’agissait d’une véritable rencontre. En fait, ils fonctionnent à des niveaux et avec des langages très différents. La Samaritaine est très pragmatique (voir verset 9) : elle parle de seaux, de puits, du travail à fournir pour faire monter l’eau. Jésus, en revanche, apparemment inconscient qu’il se trouve sur un territoire religieux hostile et dans une situation ambiguë avec une femme, parle d’une « eau vivante », de sources intérieures, et de la vie éternelle. Il change rapidement de discours, cependant, et se met à parler des relations intimes de la femme. Par la suite, cela la conduit à un « réajustement », et elle commence à s’approcher du thème initial de Jésus.
Le texte est très utile pour une réflexion sur la conversion personnelle, mais il me semble que Jean veut aussi nous aider à réfléchir sur le témoignage et la mission en tant que chrétiens.
Le récit nous donne un portrait de l’évangélisateur par excellence, Jésus lui-même. Mais il va plus loin : il nous montre comment la personne à qui il révèle sa gloire devient à son tour un évangélisateur efficace. De quelle manière ? Comment la Samaritaine a-t-elle été transformée ?
L’évangélisation a lieu dans un contexte d’amour. Dans ce chapitre de Jean, la scène est même un peu risquée, mais quand Jésus évangélise, surtout dans l’évangile de Jean, il le fait presque toujours dans un contexte de rencontre intime. Ses disciples n’auraient peut-être pas été aussi hardis (voir verset 27). Pour Jésus, la rencontre doit rester à ce niveau. Même s’il a des préoccupations religieuses profondes (qu’est-ce qui nous permet de satisfaire vraiment notre soif ?), ce ne sont pas ces questions qui font bouger la Samaritaine. Ce sont plutôt les questions que Jésus pose sur la vie personnelle de la femme. Jésus sait très bien qu’évangéliser veut dire déstabiliser, convertir, transformer à un niveau personnel. Il fallait un « choc » pour que la Samaritaine se mette à voir les choses d’une autre manière.
La conséquence de ce genre d’évangélisation est évidente. Elle laisse le seau de côté (verset 28), c’est-à-dire sa façon « physique » de se comporter. On peut imaginer que par la suite elle rentre chez elle sans tarder et annonce avec enthousiasme et émerveillement ce qui lui est arrivé. Au début de la rencontre, elle paraissait calme et rassurée, mais d’un caractère renfermé et manquant de confiance en elle-même. À la fin, elle se préoccupe moins d’elle-même et de son « image » et est davantage prise par cet homme « qui m’a révélé tout ce que j’ai fait ! » (verset 29) Sa rencontre avec cet évangélisateur chevronné la rend à son tour ce qu’on pourrait appeler une chrétienne « contagieuse » (voir Lettre nº 4 – Foi en Jésus-Christ). Et le contenu de son message, également le nôtre, est très simple : « Venez voir cet homme. Regardez ce qu’il m’a fait. » (3)
Pour nous, évangélisateurs, le message est clair : c’est grâce à cette rencontre transformatrice de nos vies avec le Seigneur que nous avons une bonne nouvelle à proclamer et que notre évangélisation pourra avoir une conséquence dans le monde et chez ceux que nous rencontrerons.
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