Lettre n° 12
N O S 1 5 0 A N S: UN AUTRE SIÈCLE À NOTRE PORTE

 

 Juillet 1997

S O M M A I R E

Frères,

Une fois par an, et pas davantage, je vous adresse une longue lettre. C'est devenu une habitude. C'est un point de référence commun pour notre Congrégation. C'est un prolongement du Chapitre général, puisque chaque lettre reprend l'une de ses grandes orientations.

Il n'en sera pas ainsi cette fois. J'ai tenu à anticiper l'événement que nous fêterons en l'an 2000. Avec toute l'humanité, nous entrerons certes dans le 3ème millénaire de l'ère chrétienne. Avec les disciples de Jésus, nous fêterons le grand Jubilé que nous préparons déjà. A ce double anniversaire s'en ajoutera un troisième moins prestigieux mais hautement significatif pour nous assomptionnistes : le 150ème anniversaire de notre fondation coïncidant avec l'émission des voeux publics du P. d'Alzon et de ses premiers disciples.

Ce serait dommage que les célébrations retentissantes du millénaire masquent une tranche d'histoire beaucoup plus limitée dans le temps et dans l'espace, beaucoup moins universelle : nos 150 ans d'existence. C'est important de mesurer le chemin parcouru et de baliser celui où nous sommes engagés. Car un autre siècle est à notre porte.

Passé et présent

Mais n'est-ce pas déplacé de célébrer l'Assomption alors qu'elle décline, si l'on en croit les chiffres? En évoquant les grandeurs passées, ne va-t-on pas la présenter pour plus vivante qu'elle n'est? Ne va-t-on pas atténuer ses faiblesses pour lui donner belle apparence? Non, soyons sans crainte. La réalité nous libère de la tentation du triomphalisme et c'est heureux. Mais elle ne nous interdit ni de faire mémoire du passé, ni de découvrir la richesse du présent, ne serait-ce que pour rendre grâce. Nos indéniables faiblesses ne sauraient masquer les signes de vie qui sont promesse d'avenir. Que des institutions qui remontent à nos origines subsistent aujourd'hui encore, et bien vivantes, n'est-ce pas un signe de vie, une prouesse même! "La Croix", "le Pèlerin" et "l'Echo de Lourdes", au Chili, pour s'en tenir à la Presse, en sont un bel exemple.

L'an prochain à pareille époque, vous recevrez le rapport du Général sur l'état de la Congrégation en vue des Chapitres tant provincial que général. Cette lettre n'en est pas un avant-goût. Elle n'annoncera pas davantage les festivités liées à cet anniversaire : la préparation n'en est qu'à ses débuts. Je me limiterai, en ce domaine, à quelques suggestions pour traiter plus longuement de la préparation spirituelle. C'est mon grand souci. Après dix ans de généralat et de nombreux voyages dans les cinq continents, je mesure mieux les conversions s'imposant à l'Assomption pour rester fidèle à sa vocation et aborder calmement le cap de l'an 2000. Ces attitudes, très accordées à ce que nous sommes, me semblent décisives pour aujourd'hui et pour demain. C'est la clé ouvrant notre avenir. Un avenir apparemment très compromis si l'on s'en tient à des faits indéniables et inquiétants. Mais si nous cherchons vraiment le Royaume de Dieu, pourquoi tout le reste ne nous serait-il pas donné de surcroît?

 

Une Congrégation à la dérive?

 

La lucidité ne nous oblige-t-elle pas à parler ainsi? Vu notre implantation traditionnelle dans des pays affrontés à la sécularisation, où les vocations religieuses se font rares, nous ne parvenons pas, en dépit d'entrées nombreuses ici ou là, à enrayer la chute de nos effectifs. En 10 ans, de décembre 1986 à décembre 1996, la Congrégation a diminué de 128 religieux. Pour maintenir les effectifs au chiffre actuel et pour compenser les décès, une moyenne de 30 par an, il faudrait une quarantaine de nouveaux profès chaque année, compte tenu des départs prévisibles. Chiffre difficilement accessible, même en redoublant d'efforts en matière de pastorale vocationnelle. Les effectifs de notre famille devraient diminuer encore dans les vingt prochaines années. Une remontée spectaculaire n'est en effet guère probable.

Les conséquences de cette relève au compte-gouttes et de ce vieillissement sont bien connues. Comme les religieux sont moins nombreux et plus âgés, on ferme des maisons, on supprime des oeuvres. L'impression de déclin prédomine, ce qui n'est guère tonifiant. A tel point que certaines Régions ou Provinces envisagent leur disparition comme probable.

Certes, la situation est moins dramatique dans les continents moins affectés pour le moment par la sécularisation mais surtout pour nous, modeste Congrégation, rien n'est gagné nulle part. A la différence d'autres Congrégations, l'Assomption a du mal à décoller en Amérique latine. Elle redémarre tout doucement en Europe de l'Est et il serait prématuré de chanter victoire. Les fruits abondants qu'on nous promettait en Corée ne sont pas encore pour demain. Restent l'Afrique et Madagascar. C'est vrai que les rentrées sont régulières et nombreuses mais les déboires ne manquent pas et la formation dans des pays complètement désorganisés économiquement et socialement fait problème, d'autant plus que les formateurs expérimentés ne sont pas légion.

Ne serions-nous pas, pour une part, responsables de cet amoindrissement? Certains d'entre nous, très attachés à leur famille, sont assez critiques à son égard. "Atonie et manque de passion, dirais-je à propos de l'Assomption, écrivait l'un d'eux. On subit le vieillissement, on ose peu de création, on débat peu. On fait peu d'analyse, peu de prospective. Au mieux, on gère sans beaucoup de volontarisme et d'imagination. Il y a comme un refus du changement et une installation assez bourgeoise - avec la sécurité que donne l'argent - dans ses aises, à côté de dévouements remarquables. Sommes-nous encore signe de contradiction, de contestation?

Nous appartenons à un corps qui n'a plus beaucoup d'ambition, de projets, qui ne rêve plus; un corps avec quelques beaux restes qui risquent de faire illusion tout comme les fondations nouvelles".

J'entends encore cette autre interrogation : "Dans des sociétés marquées par le chômage, le sida, la pauvreté, la guerre, sommes-nous vraiment des hommes de notre temps comme nous l'affirmons? Préparons-nous vraiment le basculement de la Congrégation du Nord au Sud?"

L'autre face

Confronté à ces données, qui oserait dire que l'Assomption est florissante, qu'elle se porte bien? Pas moi en tout cas et j'énumérerai dans le rapport de l'an prochain nombre de faiblesses qui me préoccupent. Mais elles ne sauraient voiler la foi et la générosité par trop réelles et les signes de vitalité spirituelle et de dynamisme apostolique qui sont une promesse d'avenir pour un corps numériquement moins nombreux mais plus motivé. L'Assomption présente me donne de croire, dans la foi, à son avenir.

Dieu : notre plus forte raison de vivre et d'agir

Vous aurez aussitôt reconnu dans ce titre notre carte d'identité collective comme religieux (R.V. n° 23). Profession de foi, ce numéro et le suivant sont aussi une magnifique synthèse de la profession religieuse. Rien n'y manque.

- "Partageant la recherche et l'effort des hommes pour devenir pleinement hommes", nous sommes d'effectifs compagnons d'humanité de nos contemporains.

- Mais, à la différence de beaucoup, nous sommes croyants, chrétiens. Dieu est "notre plus forte raison de vivre et d'agir" et Jésus-Christ est pour nous l'homme achevé dans toutes ses dimensions.

- Dieu compte sur nous pour réaliser son dessein de présence aux hommes et de communion avec eux. Nous sommes ses envoyés non pas anonymes mais "rencontrés personnellement".

- Cette rencontre, cet envoi vont marquer toute notre vie, d'un double signe : suite du Christ sur les chemins de l'Evangile, choix de risquer sa vie dans l'aventure de la rencontre de Dieu. Des mots judicieusement choisis. Qui dit marche dit mouvement, parcours, itinéraire. Qui dit risque et aventure parle d'imprévus, d'inédit mais aussi de découvertes surprenantes. Ma vie, c'est une marche évangélique, un chemin d'Emmaüs, un itinéraire spirituel. Ma vie, c'est une aventure avec Dieu par des routes non balisées me réservant bien des surprises et des joies.

- Etre disciple de Jésus en marchant derrière lui, risquer sa vie pour s'embarquer avec Dieu, c'est renoncer au sur place, c'est bouger, progresser, grandir. "Notre consécration religieuse nous incite à croître sans cesse dans la foi, l'espérance et l'amour."

Miser toute sa vie sur Dieu

Il y a là, me semble-t-il, matière à conversion pour chacun d'entre nous. Je suis parfois effrayé de ce que nous osons chanter: "Je ne veux aimer que toi, je ne veux chercher que toi, je ne veux servir que toi, Seigneur, je ne veux être qu'à toi" disions-nous ce matin. Bien des années sont nécessaires pour en arriver là, à supposer qu'on y arrive. Et c'est pourtant bien l'engagement que nous prenons à la profession religieuse : donner tout ce que nous avons et tout ce que nous sommes à Dieu pour vivre de Lui et pour Lui et être à Lui le plus totalement possible. Le P. d'Alzon ne cesse de nous prêcher cette appartenance radicale, ce don de tout nous-mêmes au service du Royaume. Bien avant l'Exhortation apostolique "Vita consecrata", il dit et redit qu'adopter le style de vie de Jésus durant son existence terrestre - pauvreté, chasteté, obéissance - nous appelle à faire nôtres ses sentiments et ses attitudes profondes pour appartenir, comme Lui, totalement au Père. Le messager doit être en harmonie profonde avec le Règne qu'il annonce.
Nos sociétés ont un besoin vital, même si elles s'en défendent, de femmes, d'hommes de tous âges qui misent toute leur vie sur Dieu. Ne faisons pas mystère du secret de nos vies à des gens qu'un tel aveu désarçonne tant ils vivent aux antipodes. Que le Père de Jésus-Christ soit un choix permanent mais réitéré, confirmé aux heures décisives, aux grands tournants de l'existence! Permettez-moi de recommander, en fidélité à notre tradition assomptionniste, des attitudes qui font trop souvent défaut chez nous.

Tout homme est une histoire sacrée

- Redécouvrons notre vie comme l'aventure risquée de la rencontre de Dieu. Nos générations n'ont pas reçu la même formation, j'en suis bien conscient. Mais trop de religieux, et j'en suis parfois désolé, sont des exécutants des "exercices spirituels" que prévoit la Règle. L'idée de croissance spirituelle, de convictions fortes, forgées au cours de la vie, d'itinéraire balisé d'étapes décisives, ne les effleure guère. Nous manquons à l'Assomption de personnalités spirituelles formées et crédibles.

Approfondissons notre expérience spirituelle, renouons avec la dynamique de la vie spirituelle, immergeons Dieu dans l'humain. Reprenons dans la foi, à la lumière de la Parole de Dieu, les événements qui nous marquent, les attitudes qui nous construisent ou nous démolissent. C'est ainsi que nous pouvons croître, grandir, actualiser le mystère du Christ dans notre vie bien concrète, enraciner la foi dans le temps et l'espace.

Laissons Dieu façonner avec nous notre personnalité spirituelle, tracer avec nous notre itinéraire spirituel singulier, comme l'écrivait l'un de nous, en termes très proches de notre Règle de vie, en acceptant une obédience qui modifiait passablement sa vie : "J'ai cru devoir accepter cette nouvelle aventure humaine et spirituelle pour répondre à la confiance de mes confrères... J'entrevois aussi que ce choix va m'entraîner sur des chemins nouveaux, insoupçonnés et pleins de surprises..."
- Familiarisons-nous avec les itinéraires spirituels et apostoliques des Pierre, des Paul, des Augustin et des Pères de l'Eglise, des d'Alzon, des Pernet, des Picard et de tant d'autres. L'approfondissement de l'expérience spirituelle et apostolique du P. d'Alzon au fil des années et des épreuves est significatif.

- Prenons au sérieux les saisons de la vie spirituelle, les découvertes et les attitudes propres à chacun des âges de la vie. Et ne croyons surtout pas que nous sommes inutiles quand surviennent amoindrissement, handicap, infirmité, même si cet abaissement avec le Christ impuissant est particulièrement crucifiant. "Bien portants ou malades, jeunes ou âgés, nous partageons avec nos frères cette mission apostolique, chacun selon sa vocation et sa situation" (R.V. n° 19).

Une foi comme neuve

Heureuse époque où la foi vécue était ratifiée par les générations successives sans rupture, chacune constituant un maillon d'une chaîne ininterrompue! Mais heureuse époque aussi que la nôtre soumettant la foi au feu de la critique, nous obligeant à creuser, à décaper, à réexprimer le coeur de la foi avec d'autres mots, d'autres symboles!

On a cru un temps qu'il suffirait de changer l'emballage, de dire la foi de toujours avec d'autres mots, dans un autre langage, plus accessible, plus compréhensible. C'était oublier que l'être humain est façonné par son environnement. La technique et ses rythmes de plus en plus rapides ont forgé de nouveaux mondes et de nouvelles mentalités assez souvent imperméables à la foi et très réticentes à tout ce qui leur paraît étranger à leur propre expérience.

Heureuse époque où nous devons reformuler la proposition de foi pour l'homme d'aujourd'hui, réinventer en quelque sorte la foi sans en changer la teneur profonde! Et quelle chance de pouvoir bénéficier déjà de l'acquis catéchétique, liturgique, théologique! Trop souvent, nous subissons, comme une contrainte, ce douloureux travail d'enfantement d'un langage de foi renouvelé. Alors qu'il est une chance pour nous d'abord, une grâce de redécouverte de la foi par-delà un langage codé, des expressions figées.

Dans de nombreux pays de tradition chrétienne profondément marqués par une méfiance institutionnelle et un individualisme religieux, le langage de foi n'est plus compris, devient insignifiant. Mais la souffrance justifiée qui en découle chez nous est aussi un appel à ne pas prendre notre parti de cet état de fait, à l'exemple du P. d'Alzon n'acceptant pas que Dieu n'ait plus droit de cité dans la société de son époque.

C'est une invitation à être témoin de Dieu par la vie et par la parole, comme le P. d'Alzon l'a toujours demandé à ses fils. Nous sommes invités non pas à explorer la foi pour mieux nous en emparer mais à la vivre pour en expérimenter la vérité et la cohérence interne. Nous sommes invités à triturer l'Evangile pour qu'il soit, pour nous d'abord, parole de vie, nutritive, substantielle et qu'il apparaisse ensuite comme une Parole neuve, inédite, provocante dans les moments denses de la vie où le bruit fait place au silence. Une parole de foi imagée et percutante, pleine de sève évangélique est le fruit d'un recueillement de soi-même et d'une longue familiarité avec l'Evangile. La bouche du prophète est d'abord oreille de disciple.

L'audience de Dieu est l'une des plus faibles, entend-on dire. Pas si vite! Peut-être avons-nous trop galvaudé son nom. Peut-être avions-nous trop oublié qu'Il est le Dieu Saint, l'Inconnaissable! Nous avons trop parlé de lui à la légère, sans l'avoir assez cherché. Le P. d'Alzon le reprochait déjà aux prédicateurs de son temps avec virulence. N'aurait-on pas à actualiser le lien étroit qu'il établissait entre prière, étude et annonce à propos de Jésus-Christ, coeur de la foi?

Homme de foi et homme de son temps.

C'est l'expression de la Règle de vie la plus fréquemment citée, au détriment parfois de la première partie de la phrase rattachant cette attitude à l'exemple même de Jésus "témoin de l'amour du Père et solidaire des hommes". Ce qui veut dire, commente l'album nous présentant, "inlassable chercheur de Dieu prié, étudié, accueilli et infatigable témoin de Jésus-Christ en pleine pâte humaine". Comme Jésus nouant en lui fidélité inconditionnelle à son Père et solidarité sans faille avec les plus humbles du peuple, nous devons impérativement tenir les deux bouts de la chaîne, fut-ce au prix d'un écartèlement douloureux. C'est la condition même du témoignage évangélique. C'est une tension fructueuse, la fidélité au Père garantissant la solidarité vraie et les liens effectifs concrétisant l'amour du Père.

Cette double appartenance aux hommes et à Dieu, cette solidarité aussi forte avec l'Un qu'avec les autres me paraissent capitales à l'Assomption. Et je crains parfois qu'elles ne s'effritent du fait de notre âge, de notre genre de vie, de la spécialisation des tâches, du confort lié pour nous aussi à l'élévation du niveau de vie, du style d'habitat qui est le nôtre, de l'anonymat de la grande ville, du ministère paroissial limité parfois à un petit nombre de fidèles.

Ne risquons-nous pas de vivre entre nous, sans grand lien avec d'autres, peu affectés par les drames qui perturbent la vie de beaucoup, plus spectateurs passifs des multiples disfonctionnements de notre monde qu'agents actifs pour y remédier? Ne serions-nous pas en train de nous replier sur nous-mêmes à la faveur de l'âge, de privilégier notre bien-être, d'être de moins en moins mêlés à la population active et militante?

Alors qu'une proximité de vie effective avec ceux qui peinent, luttent, souffrent me semble une condition importante d'un apostolat fructueux. Je sens moins que par le passé battre le pouls du monde dans nos communautés. Je sens une réelle conscience professionnelle, un engagement sérieux dans la mission confiée, une surcharge de travail chez certains jeunes largement sollicités; je repère beaucoup moins l'écho des difficultés et des luttes de notre époque.

Prenons garde à ne pas vivre en marge du monde d'aujourd'hui, de sa complexité et de ses contradictions, de ses anomalies et de ses conflits, de ses prouesses et de ses souffrances. En dépit de l'âge, imaginons des formes renouvelées de présence et de proximité. Sinon, nous sacrifierons des pans entiers de notre Règle de vie. Et nous oublierons les leçons d'hier et d'aujourd'hui que confirment encore de récents stages diaconaux : la rencontre sans masque, en hôpital ou ailleurs, dans une proximité vraie avec toutes sortes de personnes est une école d'écoute active et d'humanisation, de foi chrétienne et de sens ecclésial et eucharistique. " J'ai mieux compris combien l'eucharistie peut être une force, un viatique et un signe de communion. Elle devient progressivement le coeur de ma prière et de ma vie".

Réfléchissant à leur mission, invitées à devenir des prophètes contemplatives, les Petites Soeurs de l'Assomption disaient à ce propos : notre mission "nous demande de garder vivante la mémoire du Rêve de Dieu et de le manifester aux gens de manière à rendre possible l'espérance au milieu de leurs vies brisées. Parfois, ce sont eux qui nous redonnent l'espérance (...). Il nous faut une spiritualité suffisamment forte et vibrante pour accueillir et révéler Dieu toujours du côté des pauvres et de ceux qui n'ont pas de pouvoir, et cela en dépit des multiples raisons d'en douter". (Que ton Règne vienne). N'aurions-nous pas à faire de même? N'aurions-nous pas à cultiver les qualités de coeur et les attitudes de fond liées à la disponibilité - dont la volonté de recevoir autant que de donner dans l'estime et le respect mutuels (R.V. n° 20) - auxquelles l'Assomption a toujours tenu?

En communauté apostolique

"En disciples de saint Augustin, les assomptionnistes vivent foi, prière, apostolat en communauté. La vie rêvée? Pas toujours. C'est un choix quotidien, un acte de foi, un chemin d'Evangile", affirme l'album sur les assomptionnistes. Il déclare par ailleurs "Etude, prière, activité sont trois formes d'une même passion du Règne à vivre toutes les trois communautairement. Dans une communauté apostolique, mission et prière s'entremêlent continuellement. La mission de chacun nourrit la vie fraternelle. Celle-là, à son tour, stimule la mission car les activités apostoliques demandent à être concertées, partagées, évaluées dans un climat de franchise fraternelle et de prière. Ce partage de foi est le creuset de la communauté apostolique. Elle devient ainsi une seule âme et un seul coeur tournés vers Dieu".

Plus je vais, plus je crois que pour nous la communauté apostolique est le creuset où prend corps notre vie religieuse, où elle s'affermit dans toutes ses dimensions. La communauté n'est pas un simple aspect de notre formation, elle en est la clé. L'homme ou l'homme de foi ne peuvent grandir que dans et par la communauté. Par ailleurs, communauté et apostolat s'imbriquent étroitement et se confortent mutuellement. A l'Assomption, l'apostolat est foncièrement communautaire. Tant qu'il ne le sera pas, nous ne serons pas vraiment nous-mêmes. Sans être un idéal inaccessible, la communauté apostolique est, c'est vrai, une rude ascèse, une école de purification et de dépouillement. Elle est le lieu par excellence de la conversion évangélique, qui prend des formes diverses. En voici trois, à titre d'exemples.

  1. - La dépossession de ce qui devient très vite mon domaine apostolique. Toute mission est une mission reçue en permanence et pas au début seulement. Mais chacun a tendance à s'approprier le champ qui lui a été affecté pour en faire son affaire, y régner en maître. L'apostolat communautaire est désappropriation, dépossession, valorisation des talents d'autrui, partage, recherche commune.
  2. - La participation délibérée et joyeuse aux exercices pratiques sans lesquels la communauté apostolique n'a pas de consistance réelle. Car elle a besoin de médiations bien concrètes pour exister. Elle s'édifie à travers la prière apostolique, le Chapitre de communauté, le partage apostolique.
  3. - Le refus de la solution de facilité : la loi du moindre effort qui conduit à se répéter, à faire comme on a toujours fait, sans chercher à innover. Alors que la fidélité est nécessairement créatrice.

La communauté apostolique n'est pas une idée neuve. Le dernier Chapitre général lui a réservé la 3ème partie de "La Passion du Règne de Dieu dans le monde de ce temps" que je vous invite à relire. Si nos 150 ans marquaient un pas décisif dans cette direction, quel bel anniversaire ce serait! Nous manquons d'expérience, de méthode, c'est vrai, mais pourquoi ne cherchons-nous pas davantage à en acquérir?

Si les plus jeunes n'apprennent pas à noter ce qu'ils vivent, à l'exprimer à autrui, à découvrir la richesse de la vie et de la foi, ils ne sauront pas plus que leurs aînés repérer les traces de Dieu en eux et autour d'eux et s'émerveiller ensemble. Les stages pastoraux sont une initiation à cette attention à la vie pour la voir avec les yeux de la foi. Accordons-leur toute l'importance qu'ils méritent et soignons-en l'accompagnement. Vous ne devenez un pianiste confirmé qu'après des années d'exercices fastidieux; de même, vous n'apprécierez vraiment le partage apostolique qu'après l'avoir longtemps pratiqué sans grand profit apparent.

Une communauté d'hommes croyants

Religieux, nous ne sommes ni des surhommes ni des modèles d'humanité. Nous n'en sommes pas moins appelés à donner le signe de l'homme régénéré en Jésus-Christ, de l'homme réconcilié avec lui-même, avec son semblable, avec le monde, à travers nos faiblesses. Nous avons, par vocation, à nous conformer à Jésus-Christ, l'homme accompli dans toutes ses dimensions. La vie religieuse adopte le style de vie de Jésus lui-même; elle doit donc normalement, en dépit d'inévitables échecs, enfanter ce beau modèle d'homme qu'est Jésus.

Dans ce long effort de régénération de soi-même en Jésus-Christ, de maîtrise accrue de tout son être, de mise en place de ses propres pulsions, forces de vie et de mort, la communauté joue un rôle décisif. Elle est l'un des lieux privilégiés de la relation à autrui indispensable au développement psychique et affectif. Elle est le lieu d'expériences décisives :

Bien des communautés sont loin de pareil idéal, je crois. Je suis bien placé pour connaître nos faiblesses. Mais que les blocages douloureux, que les impasses mêmes, ne fassent pas oublier d'autres apports de la communauté locale ou provinciale! A ne mentionner que le négatif, on finit par ne voir que lui. Alors que toute communauté lieu de vie me construit, si subsiste du moins une communication minimale. N'aurions-nous pas à reconnaître davantage le positif et à le valoriser?

C'est vrai également pour la foi. Sécularisés et pudiques comme nous sommes, nous parlons peu, spontanément, de notre foi, si bien que les réactions de foi n'affleurent guère. La parole de foi semble réservée à la chapelle! Et pourtant notre foi ne serait pas ce qu'elle est sans l'apport de la communauté assomptionniste qui déborde la seule communauté locale. Là encore, les limites évidentes ne doivent pas nous faire oublier les apports quasi quotidiens :

N'aurions-nous pas, en dehors même des jubilés, à partager davantage entre nous notre reconnaissance commune à l'Assomption et à la célébrer? L'attachement à notre famille est une valeur que nous devons soigneusement conserver.

Le sceau de l'Assomption : foi, justice, communion

Notre Règle de vie est sobre mais explicite : "L'annonce de Jésus-Christ est inséparable de la promotion de tout l'homme dans la justice, l'amour et l'unité. Toutes nos activités seront animées d'un esprit social, doctrinal, oecuménique". (R.V. n° 16). Longtemps encore, nous aurons à approfondir ces deux orientations. L'esprit assomptionniste, héritage augustinien, se résume en trois noms : Vérité, Charité, Unité ou en trois adjectifs: doctrinal, social, oecuménique. Ces formules se prêtent à des variations comme justice, amour, unité ou foi, justice, communion mais c'est bien là l'expression d'un même esprit. Il aime à tenir ensemble ces trois caractéristiques plus encore qu'à imaginer des oeuvres témoignant de l'une ou de l'autre d'entre elles.

En effet, leur jonction étroite en garantit l'équilibre et en assure la fécondité. Car, nous le savons bien, coupée de la charité et de l'unité, la vérité dégénère en suffisance orgueilleuse, en dogmatisme, en tyrannie. En revanche, une charité qui ne tient pas compte de la vérité, de la justice et qui ne se soucie pas de personnaliser et de responsabiliser, de promouvoir, ne mérite pas le nom de charité. Et une unité sans vérité ni charité repose sur du sable.

Née au début des temps modernes et du machinisme, l'Assomption n'est pas dépaysée dans le monde d'aujourd'hui. Les grandes préoccupations du P. d'Alzon restent actuelles, dans un tout autre contexte bien sûr. Peut-être le comprenons-nous de mieux en mieux dans la mesure où nous nous réconcilions avec notre passé. Mais nous devons poursuivre notre effort dans plusieurs directions compatibles:

Militer pour l'Unité, c'est être aujourd'hui, partout, un trait d'union lucide et non un diviseur. L'esprit oecuménique est bien recherche passionnée de vérité mais aussi écoute bienveillante, refus de l'emporter sur l'autre, humilité. Il était défini ainsi dans la Lettre n°5, du 27 juillet 1990, à tous les religieux.

"L'esprit oecuménique, et c'est le nôtre, refuse l'intolérance, l'étroitesse, le sectarisme, les préjugés, les exclusions. Il ne juge pas sans connaître. Il est accueil et dialogue. Il écoute plus qu'il ne parle. Il se fait une si haute idée de Dieu et de la vérité qu'il ne peut se considérer comme son détenteur exclusif. Il ne mesure pas tout à l'aune de sa propre expérience érigée en norme."

- N'attendons pas de pouvoir changer le monde entier pour nous mettre à l'oeuvre. Soyons en tout domaine acquis aux petits pas, ceux qui sont réalisables en ce moment et qui façonnent peu à peu une autre mentalité.

- N'en restons pas à hier, passons à aujourd'hui. Les institutions, les mentalités, les situations évoluent très vite. Ce qui perdurait depuis des décennies s'écroule parfois comme un château de cartes. Ajustons-nous à la réalité d'aujourd'hui, sinon, sans nous en rendre compte, nous finirons par combattre contre des moulins à vent.

Voulez-vous une traduction simple de Vérité, Charité, Unité? "Que la Bonne Nouvelle soit vraiment la grande passion de notre famille. Qu'elle soit trait d'union, creuset de communion par-delà les barrières ecclésiales et autres! Que la justice soit pour elle un parti pris irrévocable! Qu'elle puisse dire avec saint Paul : 'Jésus-Christ est Seigneur, et nous sommes vos serviteurs à cause de Jésus'".

Demain, nous entrerons dans un autre siècle. Il est là, à notre porte. Nous aurons, j'en suis sûr, à bénéficier davantage de l'expérience spirituelle et apostolique des autres familles de l'Assomption, manifestations variées d'une même vague de fond, la passion du Règne de Dieu dans une ligne augustinienne. Leurs convictions peuvent nous stimuler d'autant plus qu'elles rejoignent nos propres préoccupations, plus vigoureusement parfois.

"Notre coeur est habité par une passion unique qui a deux pôles :

Dynamisés par notre esprit

Nous sommes heureux d'être assomptionnistes et nous aimons notre famille mais, généralement parlant, nous connaissons mal notre esprit réduit, chez la plupart, à quelques traits essentiels. Nous ne vivons qu'une petite partie de sa richesse. Marqués par les exigences du renouveau conciliaire, artisans actifs d'une Eglise confrontée à de redoutables défis, nous étions nombreux à avoir délaissé nos sources propres, tout en mettant en oeuvre fidèlement notre Règle de vie bien adoptée. L'esprit de l'Assomption se limite souvent aux textes plus récents, plus parlants, plus compréhen-sibles. Et de plus, de nombreux textes de notre fondateur et des personnalités marquantes de notre histoire ne sont accessibles qu'en français. Enfin, presque partout l'étude de nos sources est liée à la période de formation initiale. Rares sont ceux qui prennent les "Ecrits spirituels" comme livre de chevet! Le "Directoire" n'est guère plus fréquenté. Et "l'esprit de l'Assomption selon le P. d'Alzon", traduit en cinq langues, n'a pas déchaîné l'enthousiasme.

Les textes ne sont qu'une porte d'entrée. Autrefois, il en existait d'autres. Les alumnats, les scolasticats très structurés constituaient un bain assomptionniste durant des années. Les oeuvres étaient de vénérables institutions, lourdes d'expérience, renforçant l'identité et confortant l'esprit de corps dans des pays où la Congrégation avait pignon sur rue. Aujourd'hui, il n'en est plus ainsi. L'Assomption s'éloigne de plus en plus de son berceau géographique. Ses fils doivent vivre de son esprit dans des pays qui n'ont rien de commun avec la France du XIXème siècle. Et cet esprit doit être une source d'inspiration pour réinventer la dynamique assomptionniste dans des contextes inédits.

Nos 150 ans devraient nous aider à mieux connaître et à mieux habiter notre esprit, comme l'anniversaire précédent, le centenaire de la mort du P. d'Alzon, nous en avait déjà donné l'occasion. Nous avons fait du chemin depuis et notre fondateur est mieux connu qu'il ne l'était à l'époque. Mais nous ne sommes pas même à mi-parcours du but final : faire de notre esprit et de notre spiritualité une référence spontanée dans nos choix et dans nos priorités pour aujourd'hui. Si l'esprit n'est pas un dynamisme propulseur, une école de vie et d'action, il est pétrifié et ne joue plus son rôle inspirateur. Il a besoin d'être réactivé à l'Assomption. Bien des Congrégations nous précèdent dans cette voie.

Nous n'exploitons pas nos propres richesses que parfois nous ne soupçonnons même pas. Nous les communiquons moins encore. Il nous faudra donc, en célébrant nos 150 ans, explorer ces richesses et les mettre à jour par des sessions, des retraites, des monographies, des publications. Nous devons aussi les faire nôtres, les assimiler pour pouvoir à notre tour les communiquer. "La Passion du Règne de Dieu dans le monde de ce temps" a été appréciée : notre esprit reprenait chair, redevenait parlant et éclairant. Que les volontaires se mettent à l'oeuvre sans tarder pour tenter d'autres essais. Les laïcs désireux de partager notre esprit les attendent encore plus que nous!

Des laïcs aussi motivés que nous

Habitués à vivre entre nous et à décider par nous-mêmes, nous avons quelque peine à traiter les laïcs en véritables partenaires, surtout si nous tenons, sans raison suffisante, à garder les leviers de commande. Je sens qu'il nous faut inventer de nouvelles formes de partenariat respectueuses de ces deux vocations ecclésiales indispensables l'une à l'autre. Sinon, l'âge aidant et il est déjà là, nous allons de plus en plus nous recroqueviller sur nous-mêmes. Et nous laisserons passer la chance de nouvelles formes d'entraide spirituelle et de mission partagée au service d'une évangélisation renouvelée. Tout travail de recherche débouchant sur une action commune me semble à encourager. Je trouve toujours pertinentes les suggestions que je faisais dans la lettre n°9 sur la collaboration religieux-laïcs.

Je souhaiterais aussi que nous soyons moins timides pour exporter notre esprit au-delà des frontières de notre groupe. Non que je tienne à ce que l'Assomption ouvre son stand dans la grande kermesse des propositions religieuses ou spirituelles. Mais devoir communiquer son esprit à d'autres pas spécialement habitués à ce langage, c'est la meilleure façon de se l'approprier et de l'assimiler, c'est bien connu. Et surtout, les laïcs construiront un autre édifice que nous avec des matériaux pourtant communs. Cette entreprise, à long terme, marquera peut-être la fin de notre monopole dans l'interprétation d'un esprit destiné, c'est vrai, à des consacrés mais l'élargissement qui en résultera sera bénéfique pour tous. Plusieurs d'entre nous se sont jetés à l'eau courageusement. Saurons-nous les soutenir et les imiter?

Je reste persuadé qu'une famille religieuse née d'une intuition vraie qui ne parvient pas à intéresser activement des laïcs à son esprit et à sa spiritualité éprouvera de plus en plus de difficultés pour franchir certains caps. L'Assomption est foncièrement apostolique : elle n'a pas vocation à se replier sur elle-même mais à entraîner d'autres dans son sillage sans craindre qu'ils deviennent maîtres à bord, s'ils ont l'étoffe et le goût de l'aventure.

Un projet de Province grandeur réelle

Dans notre histoire plus que centenaire, l'an 2000 sera-t-il à marquer d'un caillou blanc comme une année particulièrement fertile en innovations? Pourquoi pas! Mais les innovations naissent d'une politique cohérente bien difficile à déterminer sans un projet de Province. Je sais toutes les objections que suscite une telle idée. Comment parler de projet alors qu'il n'y a pas d'autre horizon que le déclin et d'autre perspective que le repliement des quelques troupes encore actives? Comment parler de projets quand personne n'est là pour les prendre en charge et les conduire à bien? Et dans les Provinces où l'on dispose encore d'une petite marge de manoeuvre, les imprévus, les ennuis de santé bouleversent les prévisions et découragent d'en faire tant elles apparaissent théoriques et fragiles. Comment ne pas entendre ces difficultés par trop réelles?

Je n'en continue pas moins à plaider pour l'élaboration d'un projet de Province, là où il n'existe pas, et pour sa révision périodique. Je n'oserais le définir, ce serait trop ambitieux, comme "un plan d'action apostolique et missionnaire à court, moyen et long terme pour mobiliser les forces humaines, spirituelles et financières d'une Province, en vue d'une vision d'avenir". Mais je n'hésiterais pas à dire qu'il est nécessaire "pour avoir prise sur le futur, créer du neuf, et des signes d'espérance, pour donner sens à nos vies de religieux, que la Province vive une situation de vieillissement, voire de mort, ou de croissance forte".

L'histoire déjoue bien souvent nos plans. La maladie, les brusques bifurcations de parcours frappent des hommes sur lesquels on comptait et anéantissent nos projets. Tout est à recommencer! Et c'est bien normal qu'on se décourage parfois! Mais même dans une telle situation, un projet de Province aide à prendre du recul, à ne pas décider à chaud, à peser les enjeux de telle ou telle option. En l'absence de projet, la nécessité fait loi, c'est-à-dire que le besoin le plus immédiat s'impose au détriment des besoins moins urgents mais décisifs pour l'avenir, nécessitant préparation et investissement. Un projet de Province, élaboré dans ses grandes lignes en Chapitre Provincial, fignolé en Conseil de Province, c'est une référence commune pour tous, facilitant les décisions dans la mesure où les priorités retenues sont énumérées et hiérarchisées. En l'absence de tout projet, le risque est grand de faire du coup par coup. Alors qu'il faut savoir élargir le champ, anticiper le futur, voir assez loin pour prendre une décision réfléchie.

Je sais combien pèsent l'absence de relève, le vieillissement progressif de plus en plus pesant. Mais l'absence de toute initiative accentue l'impression de mort lente. Il ne faut se résoudre qu'à la dernière extrémité à ne plus rien imaginer, à ne plus rien créer, à ne plus rien proposer. Le projet de Province aide à entretenir la vie spirituelle et apostolique jusqu'au bout.

Pareil plaidoyer a-t-il bien sa place dans une lettre préparant le 150ème anniversaire de l'Assomption? A coup sûr. Nous pouvons déplorer bien des manques dans notre histoire mais nous n'avons jamais péché par excès d'analyse et de rigueur dans nos prévisions. C'est une grave responsabilité que d'engager l'avenir d'hommes et d'institutions. Sont requis encore plus aujourd'hui qu'hier des informations et des critères élaborés à plusieurs, garantissant le sérieux de la décision, pas infaillible pour autant. Le projet de Province est un point d'appui sérieux pour orienter les choix les meilleurs à un moment donné. A condition de ne pas se satisfaire de grandes priorités : elles ne deviendront réalité qu'à travers des objectifs clairs, assortis de moyens et de stratégies pour les atteindre.

Travailler à l'avènement du Royaume, impliquer ses frères dans cette mission en les affectant le mieux possible supposent aujourd'hui d'accepter une méthode et ses contraintes. L'improvisation n'a jamais eu la faveur du P. d'Alzon, méticuleux dans tout ce qu'il faisait. La rigueur ne s'oppose pas au service désintéressé du Royaume. Conçu ainsi et ratifié en Chapitre, un projet de Province permet de "trouver ensemble les motivations qui donnent goût pour agir et qui suscitent passion pour le Royaume, quels que soient notre âge et notre histoire".

Prévisions pour le 150ème anniversaire

Le 3ème millénaire, le Jubilé, les Chapitres : bien des événements vont nous mobiliser ces prochaines années alors que nous devrons assumer notre travail habituel. Notre propre anniversaire ne doit pas en être éclipsé pour autant. Réservons-lui une partie de notre énergie sans nous lancer dans des entreprises téméraires. Insérons-la dans le cadre plus vaste du changement de siècle, du Jubilé, des Chapitres. Soulignons les points communs des orientations et des thèmes retenus pour ces grandes manifestations car, par des chemins différents, elles vont toutes dans la même direction et vers le même point de convergence. Des livrets, composés par nous, nous aideront à vivre ces préparations parallèles de manière unifiée.

Le Conseil général n'est pas en mesure, à lui seul, de prendre en charge la célébration de notre présent et de notre passé. L'un de nous présidera la petite Commission internationale chargée de susciter initiatives et réalisations et de les coordonner. Elle fera donc largement appel à la collaboration des Provinces et au concours des religieux.

Qu'envisage-t-on comme manifestations possibles? Nous n'en sommes pour le moment qu'aux premières suggestions. En voici quelques-unes à titre d'exemple.
- Une célébration d'ouverture et de clôture d'une certaine ampleur dans chaque Province avec présence de nos collaborateurs et de nos partenaires.
- Une ouverture mondiale plus solennelle dans le cadre du Chapitre général.
- Une exposition de qualité présentant, en différentes langues, la famille de l'Assomption, son charisme et sa spiritualité. Elle pourrait servir par la suite à d'autres occasions : professions, ordinations, journées vocationnelles, rencontres...
- Elaboration en Chapitre général d'un programme apostolique assez détaillé : "Projet Assomption 2000".
- Une vidéo : "Racines pour un avenir". Comment vivons-nous notre Passion du Règne de Dieu? Quelles réalisations d'avenir entrevoyons-nous?
- Des présentations à imaginer de certaines tranches de notre histoire pour nous familiariser avec elle.

Les idées ne manquent pas. Les hommes pour les réaliser sont plus difficiles à trouver. Mais nous ne sommes qu'au début. Certaines intuitions prendront forme progressivement grâce à votre imagination et à votre dynamisme.

Passons aux actes

Profitons de cet anniversaire pour nous faire connaître, parler de nous. Ne cultivons pas la nostalgie du passé comme si les belles années étaient à jamais derrière nous. Enracinons-nous plus profondément dans notre tradition propre et notre histoire : la sève nous vient par les racines. Mais faisons de notre passé un tremplin pour l'avenir. Nourri du passé, un anniversaire est tourné vers l'avenir. L'Exhortation apostolique "Vita consecrata" accentue énormément la fidélité créatrice, comme ne l'avait jamais fait un document officiel. Laisserons-nous cet appel retentir en nous?

Des textes, nous en avons à l'Assomption et même de très beaux. Les conclusions sont bien ajustées aux situations concrètes. Mais ces belles orientations, nous manquons de méthode et de ténacité pour les mettre en oeuvre. Il y aura toujours un écart entre ce qui est demandé et ce qui est pratiqué, bien sûr. Mais si nous voulons progresser, nous devons changer cette mentalité et nos manières de faire. L'audace de certains aînés qui ont renoncé à leurs sécurités pour se lancer dans une aventure risquée est un exemple pour nous tous. Ils sont les premiers étonnés de la transformation qui s'est opérée en eux.

L'Assomption doit se mobiliser davantage pour franchir le passage critique qu'elle traverse aujourd'hui, vous l'aurez compris. Je prie pour que ce soit la grâce de son 150ème anniversaire.

A Rome le 21 juillet 1997 P. Claude Maréchal
Supérieur Général

 Page réalisée par D. Remiot

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