Notes de voyage-pèlerinage sur les pas de l'Assomption bulgare.

(Bulgarie, mercredi 22 mai 2002 au mercredi 29 mai 2002).

Il peut paraître présomptueux de résumer en quelques pages ce voyage-pèlerinage de huit jours en Bulgarie par quelque 140 personnes de la grande famille de l'Assomption: religieux, religieuses et laïcs amis ou parents, effectué à l'occasion de la béatification de 3 religieux bulgares, fusillés il y a cinquante ans, à Sofia, dans la nuit du 11 novembre 1952. Et cependant une relation écrite même modeste ou partielle en forme de témoignage vécu par un participant peut aider à en garder mémoire, où pourront se reconnaître des pèlerins venus des quatre coins de la planète, composant dans leur diversité et leur communion cette image forte d'une unité et d'une identité ecclésiales autour du Pape Jean-Paul II rassemblant en cet événement les chrétiens de Bulgarie des deux rites. La télévison et la presse du pays ont rendu compte largement de cet événement à plusieurs facettes puisqu'il s'agissait à la fois d'une première visite du Pape en Bulgarie, d'une rencontre œcuménique avec des autorités religieuses orthodoxes (Sofia, Plovdiv, Rila), de célébrations variées selon les deux rites catholiques en usage dans le pays et d'un pèlerinage de l'Assomption sur les divers lieux de ses implantations en Bulgarie au cours de son histoire depuis les années 1862-1864. Ce déplacement a coïncidé d'autre part avec la commémoration annuelle le vendredi 24 mai de l'invention au IXème siècle de l'alphabet cyrillique par les saints Cyrille et Méthode, selon la tradition. Mais l'événement a été couvert également dans nombre d'autres pays, en raison des délégations de journalistes qui accompagnent habituellement le Pape dans ses déplacements. Une fois de retour dans nos pays d'origine ou d'adoption, il nous reste à découvrir et à inventorier les sources écrites et visuelles qui ont consigné les manifestations publiques, s'en sont fait l'écho, en ont laissé trace et ont donné à nos participations factuelles ce parfum d'une durée déjà historique.

Sur place, s'est réalisée concrètement au fil des jours, des arrivées et des célébrations cette fusion dans la communion des participants-représentants des communautés assomptionnistes, des familles religieuses féminines de l'Assomption, des laïcs amis et des chrétiens du pays.

Faisant partie du groupe bus n° 3, composé à partir de Sofia des Américains Nord et Sud et de l'Assomption romaine, je me fais ici l'écho de notre aventure et de notre découverte communes, c'est-à-dire pour les quelque 29 personnes accueillis à leur descente d'avion par les PP. Marie-Gérard Hirn et Petar Ljubas à l'aéroport de Sofia le mercredi 22 mai dans l'après-midi. Nous avons été pris en charge directement par Hélène Horel de l'Association Notre-Dame de Salut, guidés sur place par Madame Rossi de Balkantourist et véhiculés par le chauffeur Marian. Les Américains du Nord s'étaient regroupés depuis Francfort , la représentation brésilienne conduite par le P. José-Géraldo Da Cruz depuis Paris, les Chiliens également, mais après quelques jours de délai à cause de visas.

Pour l'Assomption venue de Rome, le voyage-aller par avion s'est déroulé sans encombre avec une escale à Zurich. Seule la valise de Christain Nony a connu quelques heures de liberté entre Zurich et Sofia, mais cela n'a pas empêché son infortuné propriétaire de se montrer généreux, comme à l'accoutumée, avec de régulières distributions de bonbons dans le bus. C'est ainsi que nous avons parcouru pas moins de 1800 km, d'un bout à l'autre de la Bulgarie, sous un ciel généralement clément, à part l'une ou l'autre ondée à Plovdiv et à Sofia au retour.

Mercredi 22 mai: Sofia - Stara Zagora

Ce premier déplacement nous livre déjà quelques impressions sur le pays, l'immensité verte de ses paysages, de vastes plaines à peine ondulées avec des rebords montagneux, de grands champs cultivés sans autre barrière que l'alternance des plantations à la façon des openfields, un habitat groupé qui marque des origines et une organisation de vie communautaires, rendues collectives au temps du communisme, un immobilier qui semble figé et même sinistré rappelant à certains l'état de l'Allemagne après la seconde guerre mondiale, partout des jardinets bien tenus entourant les maisons individuelles et fournissant sans doute un appoint non négligeable dans l'approvisionnement alimentaire des familles. Impressions que confirment les commentaires de notre guide, images inscrites dans les paysages avec ces personnes courbées travaillant manuellement dans les champs. Nous avons entre les mains un précieux Guide Petit fûté Bulgarie remis avec le sac de l'Agence Bipel, bien utile tout au long du parcours. Ainsi nous descendons à l'hôtel Vereya à Stara Zagora et chacun de se préoccuper qui du change (léva et stotinki), qui de premières cartes postales, qui de timbres. Nous faisons nos premiers achats au son de musiques modernes ou folkloriques, car de nombreux jeunes bulgares fêtent sonorement leur fin de scolarité. A table, nous nous acclimatons à la cuisine locale dont le concombre forme l'incontourtable entrée. Le soir, une petite rencontre par groupe permet à chacun de se présenter brièvement, Nadine et Hélène veillant à orienter comme des anges protecteurs chaque pèlerin dans la salle appropriée.

Jeudi 23 mai: Stara Zagora - Yambol - Nessebar - Varna.

Il n'ya aucune peine dans la journée, après un 'petit' déjeuner copieux, à reconnaître les visages de son groupe et à fraterniser, pendant les arrêts techniques ou les pauses visites, avec les pèlerins des autres bus, de façon à former une vraie famille, en apparence seulement hétéroclite. Une prière, le matin, dans le bus, oriente la journée et donne aux différents tronçons de notre périple le sens spirituel partagé par tous, qui unifie le déplacement décliné selon les étapes, les langues, la composition des bus. Notre premier arrêt du matin nous permet de connaître l'un des lieux de vie symbole de l'Assomption en Bulgarie, Yambol, qui fut le cadre de vie notamment du P. Josaphat Schiskov, constructeur d'un alumnat élargi dans lea années 1930 et animateur des deux paroisses jumelées, latine et byzantine. Le curé catholique actuel du lieu étant absent, il ne nous est pas possible de jeter un œil à l'intérieur des bâtiments dont la majeure partie est aujourd'hui affectée à une maison de repos pour personnes âgées. Chacun peut aussi se rappeler que Yambol a été de longues années la résidence du P. Gorazd Kourtev pour un ministère accompli avec fidélité dans les conditions difficiles du temps du communisme, après ses années de détention consécutives au procès de 1952. Le P. Gorazd est l'un des derniers témoins en vie de cette Assomption du silence que nous pourrons saluer à Plovdiv dans deux jours. Après Yambol, voici la riante Nessebar, seconde étape, sans doute plus touristique, en bordure de la Mer Noire où fut mystérieusement enlevé en 1861 Mgr Sokolski, le pasteur ordonné par Pie IX, qui devait présider les destinées de la fameuse union bulgare. Necessbar est une belle station balnéaire qui profite heureusement du tourisme et peut grâce à lui entretenir son patrimoine. Une visite dans le centre ville, avant et après un repas venté au restaurant Honolulu, nous permet d'appécier la richesse de son histoire et les vestiges de ses nombreuses anciennes églises de type familial. A Varna, dernière étape du jour, nous sommes attendus dans le supposé ancien collège Saint-Michel de l'Assomption (sans doute une partie) par une communauté de 4 religieuses, filles de Mère Térésa. Après un court moment d'hésitation, nous sommes introduits dans leur chapelle, de type bien latin et même polonais par sa décoration et statuaire, pour une première célébration eucharistique commune présidée par le P. Pierre Gallay, l'auteur de la petite plaquette synthétique et bien illutrée, distribuée à tous les pèlerins, Le martyre de trois Assomptionnistes bulgares. Il serait à souhaiter que le portrait de Mgr Bossilkov soit à l'avenir accompagné de celui des PP. Kamen, Josaphat et Pavel. Nous pouvons bénéficier d'une rencontre après la messe avec une Sœur, croate d'origine: jeu de questions-réponses en anglais dont le P. John Franck assure la traduction, qui après le temps d'un premier dégel devient chaleureux à l'aide de flashs et d'embrassades. Cette religieuse ne fait pas mystère des difficultés de la vie quotidienne et de leur apostolat social, mais nous retiendrons sans doute de son témoignage de foi, simple et direct, l'éternelle jeunesse de l'Evangile vécu en solidarité avec les pauvres. Le soir nos rêves sont bercés par les vagues de la Mer Noire, dans le luxueux hôtel 4 étoiles, Roubin, faisant partie d'une chaîne commerciale sur Varna et la côte sts Hélène-Constantin, où les intérêts russes sont bien représentés.

Vendredi 24 mai: Varna - Roussé- Béléné - Veliko Turnovo

Cette troisième journée nous introduit au cœur de notre pèlerinage, le souvenir de ce qu'ont pu vivre, il y a 50 ans, nos confrères assomptionnistes, dont les trois A.A. martyrs: Jopsaphat, Kamen, Pavel, mais aussi des milliers d'opposants au régime communiste bulgare après 1947. La prière du matin donne cette tonalité de témoignage de foi vécu par l'Eglise confessante de tous les temps. Le programme chargé ne nous permet pas un arrêt à Varna, car nous sommes attendus pour 11 heures 30 à l'hôtel Riga de Roussé, la ville du témoin déjà bienheureux, Mgr Eugène Bossilkov (passionniste), mais aussi de Mgr Samuel Djoundrine, sacré évêque du lieu par le Pape Jean Paul II à Rome en 1979. On sait que ce dernier mourut écrasé une nuit à Plovdiv, dans des circonstances restées mystérieures, un peu à l'image de sa vie et de celle de tant d'autres. Après le repas, possiblité est offerte de se rendre à deux églises de la ville, l'une orthodoxe, l'autre catholique, ou bien de musarder le long des rives du Danube qui déroule ses flots gris entre deux allées vertes. L'après midi, nous nous rendons à Béléné, la ville natale de Mgr Bossilkov, qui a donné son nom à une île du Danube, rendue tristement célèbre à cause d'un camp de prisonniers politiques de l'ère communiste. C'est d'ailleurs un rescapé du camp, M. Pavel Karakov, qui va évoquer pour nous les réalités de ce lieu de 'martyre' pour des milliers et des milliers d'hommes et de femmes persécutés par le régime, broyés par lui, quelles que soient leur origine, leur confession et leur communauté d'appartenance. Béléné est à la Bulgarie ce qu'ont été Treblinka et Auschwitz pour la Pologne du temps des nazis, un soit-disant camp de travail ou de ré-éducation qui est devenu en fait, de par ses conditions d'organisation, un camp d'extermination. De jour, un travail épuisant de construction de digues avec pour compagnie des nuées de moustiques, de nuit une lutte continuelle contre les rats, la vermine, la maladie et les punaises. Les cabanes ou abris étaient constitués de treillis de bois colmatés avec de la boue séchée; pour seuls mobiliers des bat-flancs ou des châlits à deux étages; pas d'isolement possible, mais promiscuité, humiliation et entassement pour seul horizon, d'où ne purent s'échapper en tout et pour tout que deux fugitifs dont l'histoire serait une odyssée. Bien d'autres ont succombé à l'épreuve, soit noyés, soit tout simplement liquidés par balle pour s'être écartés du chemin ou physiquement épuisés par les conditions de survie. Nous avons traversé à pieds un bras du Danube sur un ponton de barges rouillées, le cœur serré en pensant à tous ceux et à toutes celles qui ne firent jamais le trajet retour. Le soir, dans l'église catholique du village desservie par les Passionnistes, notre prière a exprimé notre communion de foi et de pensée avec les êtres de tous les temps victimes de régimes totalitaires, oppresseurs et persécuteurs que l'inhumanité de cette terre ne semble cesser d'enfanter à chaque époque, sans se souvenir des nuits du passé. N'est-il pas émouvant que ce soit le P. José Géraldo Da Cruz, lequel a connu en sa jeunesse les geôles brésiliennes dans les années 1968-1969, qui ait dévoilé dans son homélie, à mots à peine voilés mais teintés d'émotion contenue, la condition de témoin en situation? Mgr Pelâtre a présidé l'office. Sans distinction d'origine, de confession ou d'époque, les intentions de prière préparées par les Sœurs Oblates ont élargi notre horizon de prière en direction de toutes les victimes et de tous les opprimés de notre histoire et de l'histoire humaine. La nuit était tombée sur Veliko Turnovo quand les bus ont franchi les grilles de l'hôtel du même nom. Fatigue ou charge d'émotion, bien des pèlerins ont quitté la salle à manger sans traîner, invités sans doute à laisser défiler en eux la nuit le film muet de ces images d'autrefois auxquelles le vécu de chacun donne un son personnel.

Samedi 25 mai: Veliko Turnovo - Chipka - Plovdiv.

Une nuit réparatrice nous permet le matin de découvrir le site et les vestiges historiques de ce qui fut une des capitales historiques du royaume bulgare. Veliko Turnovo est bâtie en gradins autour de sa forteresse autour des méandres du Yantra, sur les quatre collines qui dominent ses berges dont la Trapezitsa. Pour ma part, j'ai évoqué dans ma tête, durant le commentaire historique de Mme Rossi, le souvenir de la bande dessinée de Bayard des années 1955, La Couronne d'épines, où de preux chevaliers Francs au temps des croisades, tels Thierry de Royaumont et ses compagnons, Galeran, Sylvain et Gaucher, furent faits prisonniers du terrible roi des Bulgares Kaloyan, comme ce malheureux Baudoin dont le vestige d'une tour rappelle la mémoire. Les plus courageux dont le P. John Franck, entreprirent l'escalade de la colline que domine une église. Près de la porte fortifiée, des marionnettes animées évoquaient le passé glorieux du royaume bulgare, avant la longue nuit de cinq siècles d'occupation ottomane. De l'histoire du pays, il en est longuement question dans le car, tout le long de la traversée de la chaîne balkanique après celle de Gabrovo, ville fameuse, brocardée pour l'avarice supposée de ses habitants qui placèrent la statue d'Aliocha dans la rivière pour ne pas céder un pouce de terrain et accueillaient leurs invités avec un brouet liquide et des cuillères de bois percé. De la route nous observons le monument-soucoupe qui couronne un sommet environnant pour honorer le centenaire de la mort du père idéologique de la révolution bulgare, Vasil Levski (+1873), tandis que devant nous un autre monument, sorte de tour crénélée, rappelle le sacrifice des soldats russes, bulgares et autres qui, un peu plus d'un milier, ont tenu le col de Chipka devant des forces musulmanes 20 fois supérieures lors de la guerre de libération de 1877-1878. En descendant du col, nous nous arrêtons à l'église russe qui conserve le souvenir de ces journées héroïques. L'après-midi nous sommes attendus à la communauté assomptionniste de Plovdiv. Une courte visite des lieux, l'évocation de la vie recluse de la communauté dans la crypte-cave de l'église durant les années du communisme, une prière à la chapelle et le partage du gâteau de l'amitié précèdent le temps de la messe célébrée dans l'église de l'Assomption. Nous déposons nos bagages à l'hôtel de la Maritza, prenons le dîner et nous préparons pour la veillée dans le théâtre romain de la ville. L'ouverture de cette soirée-prière est assurée par M. Stanev, un neveu du P. Ivan Stanev, suivi d'une brève allocation du P. Richard Lamoureux, brève mais vibrante, sur le thème de la nuit. La sonorisation joue quelques tours imprévus aux admirables chants du chœur Ivan Spassov. Puis vient la projection du film documentaire, Le Balkan crucifié en version bulgare, un peu longuet pour des oreilles étrangères et peut-être déjà 'habituées'. Il est vrai que l'on nous aremis entre les mains le livret imprimé en français du reportage de Claude Sauvageot et de Marie-Ange Donze pour suivre les dialogues. Des jeunes sont censés transmettre la lumière aux lumignons distribués aux participants à l'entrée, peut-être 1500 selon les organisateurs, mais d'inévitables briquets anticipent le mouvement d'illumination. On aurait imaginé volontiers un chant participatif de l'assemblée, une forme de Credo, pour cette veillée souvenir en mémoire des trois assomptionnistes qui vont être béatifiés le lendemain, une assemblée qui est restée muette et prisonnière des sons et des lumières offerts. La finale est semblée un peu tronquée, le mouvement des jeunes assez dispersé. Et cependant nous gardons de cette soirée une énergie communicative pour la fête du lendemain.

Dimanche 26 mai: Plovdiv- Batchkovo- Plovdiv

PlovdivC'est aujourd'hui le sommet de notre pèlerinage, sa finalisation en quelque sorte. Certes le réveil est matinal, la préparation longue avant la célébration de la béatification qui va se dérouler sur la grande place de Plovdiv. Il est vrai que les 'romains' sont habitués à ces longues attentes préparatoires place Saint-Pierre ou dans la basilique du Vatican pour de grandes célébrations. Les prêtres ont pu disposer, grâce à Bernard Holzer, d'un laisser-passer nominatif qui leur permet de gagner bien avant l'heure la place qui leur a été réservée, à droite du podium papal, en contrebas. Mais combien de religieuses et de laïcs des groupes pourront raconter leur 'parcours de combattant' avant de pouvoir franchir toutes les chicanes et tous les contrôles de police et s'attribuer un siège dans l'espace privilégié, en face du podium! Après coup, cette impression désagréable s'estompe, mais sur le moment il est rageant de dépenser tant d'énergie, en croyant voir s'éloigner le but recherché d'une participation au cœur de la fête! Bien à l'heure, la papamobile est annoncée par les applaudissements d'une foule estimée à 10.000 personnes. Il semble que l'effet dissuasif de la police et des médias ait joué là-aussi ou là encore, puisqu'on en attendait, semble t-il le double. Ont été distribués à volonté les livrets bilingues Bayard-Presse sur papier glacé, une réalisation de Prions en Eglise, comprenant les chants, la présentation des bienheureux, les lectures et l'ordinaire de la messe, de façon à pouvoir suivre intégralement le déroulement, ce qui m'a même permis de relever une coquille théologique dans le Credo à la page 46: ' L'Esprit Saint possède du Père et du Fils'! Les prêtres concélébrants ont eu droit à une édition reliée, couverture rouge, de la Célébration eucharistique, distribution un peu précipitée puisqu'avant l'ouverture un officiant est venu reprendre six ou sept exemplaires destinés à des évêques oubliés dans la distribution! En tout cas, à l'heure dite, 10 h. 30, la procession des officiels officiants chasublés s'avance sous les applaudissements d'usage à l'arrivée du Pape. Nous sommes heureux et un peu fiers qu'outre le corps épiscopal du premier plan, aient été conviés sur le podium, en arrière-fond, les PP. Richard Lamoureux, Bernard Holzer postulateur et André Antoni, mais ce n'était pas gagné d'avance, nous a-ton assuré sinon de source officielle, du moins de source interne! Les télévisions ont reproduit urbi et orbi l'image de Jean-Paul II, courbé, fatigué, préparé médicalement (cet acharnement thérapeutique est certain), à bout de souffle comme l'a écrit en toute vérité dans La Croix Michel Kubler, en tout cas à peine audible bien souvent, quelle que soit la langue d'emprunt, mais c'est bien toujours le même, énergique d'une volonté semble-t-il indomptable, malgré les misères de l'âge et du corps, sans oublier celles qui peuvent bruisser de son environnement. Le rite se déroule imperturbablement comme il est écrit, ponctué, comme il convient?, d'applaudissements convenus ou intempestifs que le Pape en ce temps sait aussi écourter. Oui, en cette heure, le cœur de l'Assomption bat à l'unisson, heureuse de voir reconnue sa capacité à engendrer et à faire vivre dans ses rangs l'appel évangélique à la sainteté. Bienheureux Kamen, bienheureux Pavel, bienheureux Josaphat. Tout est dit, tout s'enchaîne. Nous sommes au cœur de cet Orient attirant et mystérieux tout à la fois et parfois; sur l'estrade papale deux officiels orthodoxes suivent la célébration en témoins de cette recherche d'unité, de cet œcuménisme si souvent proclamés, si subtilement bafoués aussi, Mgr Arsenis évêque orthodoxe de Plovdiv au regard caché par des lunettes noires, enveloppé dans sa longue robe de hiérarque oriental, chapeauté du kalimafka tout aussi noir, et le supérieur du grand séminaire, tenu dans l'ombre au moment du baiser de paix. Protocole oblige? L'unité, c'est clair, est un don du ciel qu'illumine la grâce de la sainteté; l'unité, c'est tout aussi clair, est la flamme de charité qu'entretient l'espérance du peuple de Dieu et qui ne cesse de briller au cœur des croyants de cet unique peuple aux mères si séculairement divisées qu'on finirait par les penser telles ontologiquement. Une belle tache lumineuse dans cet ensemble, celle de Mgr Proykov aux vêtements liturgiques étincelants, au verbe généreux et chaleureux dans et hors célébrations: on sent qu'il est bien l'artisan moteur de cette fête, qu'il reconnaît en notre petite Assomption le cœur doublé de sa fidélité et de son amitié. A la fin de la célébration, tous les membres de notre Curie généralice sont admis à l'hommage papal. S'y invite aussi la piétaille cléricale, promptement stoppée par le vigilant secrétaire qui sait écourter les stations du calvaire de son maître.

Un lunsch bien achalandé réunit, salle du Congrès de la Foire, presqu'en face de l'hôtel de la Maritza, vers 13 heures 30 - 14 heures, les participants du pèlerinage, des invités à titre personnel, des membres des familles des bienheureux, des amis de Plovdiv et de la communauté locale, permettant à qui le veut des échanges libres au gré des mouvements browniens de l'assemblée. Dans l'après midi une visite du monastère de Batchkovo est proposée, sous un ciel d'abord menaçant qui délivre bien vite une pluie rafraîchissante. Nous sommes conviés librement, le soir, à une brève rencontre-partage sur la cérémonie du matin où il arrive qu'une parole libre délivre aussi quelque éclair lumineux du silence des choses enfouies au fond des cœurs. En somme une météo accordée aux variations thermiques des êtres. Puisse en tout cas l'Assomption vivre longtemps des fruits de la grâce reçue et les diffuser pour sa part généreusement et hardiment selon l'ordre de l'Adveniat, particulièrement en son poumon oriental. Au dîner a commencé la série des discours, allocutions, félicitations, remerciements etc. dont le chroniqueur ne veut retenir que celui, tout indiqué et très justifié, adressé au postulateur, Bernard Holzer. Sans lui la cause n'aurait pas été si promptement instruite et soumise à l'examen, de façon à être présentée opportunément à la signature du Saint-Père, avant le voyage en Bulgarie. 0n sait qu'à Rome tout finit par avancer, mais à un rythme qui ne concorde pas forcément avec celui du désir ou du miracle! Le mérite n'en est que plus louable chez celui dont la ténacité a quelque peu vaincu la lenteur romaine, sans privilège ni passe-droit ou pot-de-vin d'ailleurs!

Lundi 27 mai: Plovdiv- Sofia - Rila

Comme programmés, les effectifs pèlerins se répartissent selon les bus: nous sommes emmenés à Sofia, plus exactement dans une de ses banlieues où est prévue une messe d'action de grâces en rite byzantino-slave, pour honorer la diversité d'appartenance des trois bienheureux et celle des catholiques de Bulgarie. Là aussi nous est offert un Prions en Eglise spécial, format habituel, trilingue: bulgare, français et allemand. Le lieu de célébration retenu n'est pas anodin, puisque c'est l'actuel couvent des Sœurs Eucharistines de la capitale bulgare, financé en partie par une communauté d'Italie bien représentée ce jour, des religieuses qui ont gardé bien vivant le souvenir du délégué apostolique des années 1925-1934, Mgr Roncalli devenu par la grâce de Jean-Paul II le bienheureux Jean XXIII, des religieuses qui ont connu aussi les jours sombres de la persécution communiste, confinées dans la tribune de leur chapelle à Sofia. Durant le voyage d'approche, le P. André Gossin nous prépare à la célébration de la Divine liturgie selon Jean Chrysostome d'après un texte de présentation du P. Petar Ljubas qui entend nous introduire au sens profond de ce rite, selon ses particularités qui ne nous sont pas familières. Nous trouvons dans la procession des célébrants, outre les Assomptionnistes du pèlerinage long, des prêtres séculiers ou réguliers du rite oriental, Mgr Proykov président de l'assemblée et l'évêque auxiliaire de Skoplié, du même rite. La célébration se déroule en plein air, sur la prairie du couvent, face à la construction de la future chapelle paroissiale dédiée au bienheureux Jean XXIII dont une image papier bien latine 'cohabite' avec des icônes bien orientales. Dans son allocution finale, Mgr Proykov a un mot bien senti à l'égard de toutes les composantes de l'assemblée, sans oublier l'Assomption dont on sait et sent qu'elle lui est chère. La liturgie de saint Jean Chrysostome se déroulant à son ryhtme, il est prévu que les participants du pèlerinage court, à un signal donné, regagneront leur bus pour rejoindre l'aéroport et continuer leur action de grâces à 10.000 mètres d'altitude dans l'avion-retour. Des paniers repas ont été distribués au moment du départ de Plovdiv le matin, mais sur place nous sommes pourvus de sandwich et de boissons fraîches, consommés librement sur la prairie après la célébration. Le temps des salutations est court, nous partons en direction du monastère de Rila, sans contexte le fleuron des monastères orthodoxes de la Bulgarie. Il est triste de songer que cet admirable ensemble architectural où venaient se reposer encore il y a quinze ans les cadres du Parti communiste, n'est aujourd'hui habité que par sept moines. A notre arrivée, un seul, dans sa stalle, chante l'office. Nous ne sommes pas tous habitués, nous autres religieux apostoliques, à solenniser privément le bréviaire! L'archimandrite de Rila est un œcuméniste de cœur qui a reçu d'ailleurs la visite de Jean-Paul II quelques jours avant nous en compagnie de l'actuel chef du gouvernement le prince Siméon III, mais son état de santé nécessitant une prochaine hospitalisation, il ne nous est pas possible de le saluer ensemble, même si plusieurs d'entre nous l'ont aperçu se déplacer de la chapelle à sa cellule. Comme bien souvent dans les églises et chapelles orthodoxes, les murs sont couverts de peintures, l'iconostase scintille d'icônes en si grand nombre que le regard ne sait où se poser. Devant l'iconostase, le tombeau de saint Jean de Rila dont les restes mortels ont connu bien des transferts, sur le côté ceux du tsar Siméon II inhumé en ce lieu selon ses dernières volontés. Nous avons pu visiter le riche musée-trésor de ce couvent qui a joué un rôle important dans la conservation du patrimoine culturel du pays en ses siècles d'occupation ottomane. C'est nuit tombée quand nous rejoignonds notre hôtel à Sofia, soit le Bulgaria soit l'hôtel Rodina dont le nom signifie patrie.

Mardi 28 mai: découverte de Sofia ville

La capitale bulgare mérite bien que lui soit consacrée une journée à part entière. Je ne mentionne ici que rapidement le tour des monuments visités ou décrits: la cathédrale orthodoxe Alexandre Nevski, due à la libéralité de l'allié russe, avec cette architecture typique du pastiche byzantino-russe d'un goût que l'on peut d'un point de vue strictement occidental partager ou non publiquement ou privément selon l'entourage, et sa vaste crypte aménagée en un admirable musée d'icônes. Nous devons au P. Donat Lamothe de lumineuses, synthétiques et brèves explications ou lectures sur l'art iconographique sur place, in situ donc. Tout le monde sait que ce religieux des USA est lui-même dans sa modestie un iconographe de talent et le concepteur-réalisateur des icônes des trois bienheureux, reproduites un peu partout à l'occasion de ces béatifications. L'une orne actuellement d'ailleurs l'autel de la maison généralice à Rome. Des commandes de copies lui sont passées, ce soir même, où il dévoile avec émotion l'icône majeure soigneusement enveloppée dans un tissu rouge, que le P. Marcel Poirier est chargée de transporter jusqu'à Rome. Nous avons aussi jeté un œil dans l'ancienne église orthodoxe qui jouxte le monument au Soldat Inconnu où le Pape a fait déposer une gerbe et d'où il a assisté à une parade militaire donnée en son honneur lors de sa réception officielle dans la capitale bulgare (le P. José Géraldo enquêtait malicieusement sur l'identité de ce soldat). Autour de la place, sont plantés presque tous les bâtiments officiels ou administratifs de la capitale. Leur style n'est souvent qu'une réplique de formes architecturales lourdes copiées à l'antique ou sur un modèle pré-soviétique, donc d'une finesse 'kolosssale' comme l'on dit ou écrit Outre-Rhin. la fin de la matinée est réservée à la visite du Musée national d'Histoire, aujourd'hui transférée en banlieue dans une ex-résidence ou palais de réception de la présidence bulgare. Des guides locaux assurent visite et commentaires pour les objets et souvenirs du passé national placés sous vitrine, de différentes époques, grecque, romaine, thrace, protobulgare, renaissance etc... Le cadre est superbe avec des grandes baies donnant sur la montagne environnante. Dans un restaurant haut perché, modèle ancien moulin avec roue à aubes, où notre bus a de la peine à accéder, nous prenons notre déjeuner à la mode bulgare en commençant par les inévitables concombres...

L'après midi est un peu composite: encore des visites et flâneries dans des boutiques, au moins pour nous protéger des ondées et des rafales de vent! Nous sommes au cœur de la Sofia antique. Nous apercevons le sinistre tribunal de justice où nos Pères et tant d'autres ont assisté à leur simulacre de jugement en octobre-novembre 1952. Chacun laisse libre cours à ses pas, en solitude ou en petite compagnie. A l'heure dite, nous rejoingons nos cars pour nous rendre à la célébration eucharistique dans une église catholique du centre ville, située en retrait de la rue et desservie par des Pères Capucins italiens, vu la décoration interne et externe, chef d'œuvre de désinculturation à la mode romaine? C'est le P. René Mihigo qui préside, les chants donnent leur juste part au swahili et invitent en finale à la danse ou à la gestuation corporelle qui secoue même les 'mamans-mémés' dites de l'Assomption. Bernard Holzer a prêché, non pas d'abundancia cordis, mais d'après un texte soigneusement composé, comme il est fait remarqué par le biricchino de service. Le soir, diner avec table pour les officiels où le nonce apostolique se fait copieusement attendre et avec couronne des cadres de l'Assomption, provinciaux présents et membres de la Curie. Je n'insiste pas sur la cascade de discours, la présence d'ambassadeur ou femme d'ambassadeur, et autres invités d'honneur etc... Il est tard quand les uns et les autres ont hâte de remonter dans leur chambre préparer leur valise pour le lendemain. La noria des départs tous azimuths commence vers les 5 heures matinales

Mercredi 29 mai: départ

Pour les bienheureux de cette terre qui ont un avion vers midi ou dans l'après-midi, la grasse matinée est appréciée après le marathon du pèlerinage long. Tout le monde connaît la coutume: en général, il faut se presser ou être pressé pour avoir le loisir de piétiner dans le hall des aéroports! Chaque situation étant particulière, à chacun d'assumer son sort. Le nôtre en direction de Rome nous fait retransiter par Zurich avec un long temps mort dans la cité suisse. Le hasard nous y fait rencontrer un américain, employé par l'ONU dans des services d'assistance pour l'éducation au Kosovo et en Colombie, lequel a été garde de corps lors d'une visite du Pape aux USA. A voir sa carrure, on ne doute pas de ses capacités!

A Fiumicino, après avoir tous récupéré nos bagages et surtout la valise-cadeau des Sœurs S.J.A. (une cinquantaine de kg de livres que B. Holzer a mis à leur nom), nous rentrons nuitamment à la maison en deux taxis collectifs. Le ciel étoilé de Rome ne nous invite pas à d'autres rêveries que celles offertes à la demande d' un sommeil réparateur, mais il reste des jours derrière le Capitole pour penser à tout ce que ce merveilleux pèlerinage va charrier en nous d'images, de souvenirs et de songes pour transformer ce vécu en force de présence et d'avenir. MERCI A L'ASSOMPTION.

© P. Jean- Paul PERIER MUZET

(texte-souvenir commencé le 30 mai 2002, achevé le lendemain 31).

 Page réalisée par D. Remiot
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