Le procès en canonisation.

Pourquoi entamer ce nouveau procès de canonisation à l'Assomption?

Plusieurs raisons militent en ce sens.

En 1984, les Pères Passionnistes avaient demandé aux Assomptionnistes d'introduire avec eux le procès de canonisation des quatre martyrs Bulgares condamnés à mort et fusillés par les communistes à la suite du procès de septembre 1952 contre les catholiques de Bulgarie. L'évêque Passionniste de Russe, Mgr Eugène Bossilkov avait été fusillé en même temps que nos trois Pères, Kamen Vitchev, Pavel Djidjov et Josaphat Chichkov dans la nuit du 11 au 12 novembre 1952, comme nous en aurons la preuve bien plus tard.

A l'époque, sur la demande expresse des évêques de Bulgarie, la Congrégation avait décidé de ne pas donner suite à cette demande pour ne pas inquiéter nos frères restés fidèlement à leur poste en Bulgarie et surveillés étroitement par la police politique.

Reprenant contact plus régulièrement avec nos confrères, redécouvrant leur histoire et celle de leur peuple, il nous a semblé important de témoigner du martyre des chrétiens de Bulgarie, notamment celui vécu Par nos confrères. Il s'agit d'un "devoir de mémoire", pour que ne tombe pas dans l'oubli cette histoire de résistance et de foi.

Le film vidéo "'Le Balkan crucifié" retracé bien cette épopée dans la foi. Il n'aurait pas été possible sans les recherches entreprises pour le procès de canonisation.

Pour notre histoire assomptionniste, le "mythe de l'Est" qui fut mobilisateur pour plusieurs générations retrouve ainsi chair. C'est notre fierté.

La vie de l'Assomption bulgare s'identifiait alors à celle du Collège, "fleuron de l'intelligentsia bulgare et fierté de ses étudiants, qui accueillait sans distinction des jeunes orthodoxes, catholiques, arméniens, juifs et musulmans". "Le Collège catholique Saint-Augustin de Plovdiv, note le Professeur Alain Fleury, laisse le souvenir vivant d'un pari audacieux, tenu et réussi. Pratiquant ce qu'on a pu appeler à juste titre "l'oecuménisme avant l'heure", il a montré que des jeunes peuvent vivre en harmonie sans renier leur foi, mais en faisant tout simplement preuve d'ouverture d'esprit, de tolérance.

C'est là un exemple de notre orientation oecuménique.

LE PROCES DE CANONISATION DES MARTYRS BULGARES

par le frère Bernard HOLZER, Postulateur de leur Cause (2ème partie)

Dans le "Dossier" de "Info" 155, (octobre 1996), le Frère Bernard présentait nos trois martyrs, les Pères Kamen Vitchev, Pavel Djidjov, arrêtés le 4 juillet 1952, et Josaphat Chichkov, arrêté en décembre 1951.

Va s'ouvrir pour eux le long martyre d'un Procès qui les conduira à la condamnation à mort prononcée le 3 octobre 1952 et àl 'exécution dans la nuit du 11 au 12 novembre 1952, à Sofia .

Quels sont les motifs de canonisation?

Le martyre pour la foi de nos trois confrères, fusillés à la fin d'un procès inique contre l'Eglise catholique de Bulgarie, dans la nuit du 11 au 12 novembre 1952, est d'abord reconnu par de nombreux chrétiens dans beaucoup de pays.

Leurs talents d'éducateurs, d'éveilleurs de vocation et de formateurs de futurs prêtres et religieux, leur exemple de prêtres, leur foi, leur endurance devant les souffrances en prison sont unanimement reconnus par leurs anciens élèves -catholiques, orthodoxes, juifs et musulmans - par leurs paroissiens, les religieuses qu'ils accompagnaient, leurs compagnons de prison et d'infortune, leurs confrères et par tous ceux qui ont eu à subir les conséquences du "rideau de fer" qui se refermait sur eux.

La canonisation des Pères Kamen Vitchev, Pavel Djidjov et Josaphat Chichkov serait une reconnaissance importante des souffrances de l'ensemble de l'Eglise bulgare. Elle pourrait renforcer sa vitalité au moment où elle doit affronter de nouveaux défis. Par leur dynamisme, leur service désintéressé de la nation, leur témoignage de foi, ces pionniers de l'oecuménisme, prêtres et pédagogues hors pair seraient des exemples et des modèles pour tous les chrétiens, notamment pour les jeunes Bulgares qui cherchent un sens à leur vie et à leur engagement, qui cherchent à suivre le Christ dans la vie religieuse et dans le sacerdoce ou dans un laïcat organisé.

C'est aussi un devoir de mémoire.

Déjà Pie XII, dans son Encyclique "Orientales Ecclesias (du 15 décembre 1952) dénonçant vigoureusement la persécution bulgare, parle du martyre de Mar Bossilkov et des trois religieux Assomptionnistes:

"Parmi les très affligeantes nouvelles qui Nous sont parvenues, il en est une qui, ces derniers temps, Nous a plus douloureusement frappé, et avec Nous tous les chrétiens et tous ceux qui tiennent en honneur la dignité et la liberté des citoyens; Nous faisons allusion à la Bulgarie, où existait une petite mais florissante communauté de catholiques, et où une terrible tempête a semé de tristes deuils dans l'Église. Avec les méthodes habituelles d'accusation, des crimes publics ont été imputés à des ministres de Dieu: parmi ceux-ci, Notre Vénérable Frère Eugène Bossilkov, évêque de Nicopoli, a été condamné à la peine capitale, avec trois autres prêtres, ses collaborateurs dans le ministère pastoral. De plus, un certain nombre d'autres sont déjà en prison ou se trouvent dans des camps de concentration, et, de plus, une foule de catholiques, punis de diverses manières reçoivent avec eux la même palme et le même honneur.

C'est pour Nous un devoir de conscience que Nous ne pouvons éluder d'élever notre protestation contre tous ces faits et de dénoncer en même temps à toute la chrétienté l'injure infligée à toute l'Église".

Jean-Paul II lui-même, en recevant le 1er juin 1992 la petite Conférence épiscopale. de Bulgarie à l'occasion de la première visite ad limina des évêques bulgares depuis 1948, déclara:

"C'est en 1952 qu'arriva le véritable calvaire, quand de nombreux laïcs et la majorité des prêtres furent emprisonnés. Avec émotion, et aussi avec reconnaissance, je voudrais évoquer ici les pasteurs qui, martyrs de la foi, furent condamnés à mort et exécutés dans la nuit du Il au 12 novembre 1952: Eugène Bossilkov, évêque de Nicopoli, et trois pères assomptionnistes, Kamen Vitchev, provincial et supérieur du séminaire, Pavel Djidjov, économe du séminaire et Josaphat Chichkov, curé de l'église catholique de Varna. L'évêque de Plovdiv, Ivan Romanov, condamné à 12 ans d'incarcération, mourut en prison.

Je ressens le devoir de rendre hommage aujourd'hui à la mémoire de ces confesseurs de la foi et d'unir à leur mémoire celle de nombreux prêtres, religieux et laïcs qui ont enduré des tortures et des souffrances dans les prisons ou les camps de concentration".

Enfin, le 26 mars 1994, le même Jean-Paul II en promulguant le Décret du Martyre du Serviteur de Dieu Eugène Bossilkov "exécuté en haine de la foi dans la nuit du 11 au 12 novembre 1952, à Sofia"; y associe la mémoire de nos trois confrères:

"Parmi eux (les Pasteurs qui par fidélité au Christ et à son bercail répandirent leur sang), il faut mentionner le Serviteur de Dieu Eugène Vincent Bossilkov, C.P., évêque de Nicopoli en Bulgarie qui, dans la persécution déclenchée par la domination des partisans de Karl Marx et de Lénine, dans son pays contre l'Église catholique resta fidèle au Christ et au Pape et subit la peine capitale (...)

L'acte d'exécution, retrouvé dans les archives après la chute du communisme, affirme que la peine capitale lui fut infligée par fusillade dans la prison de Sofia, à 23h30 le 11 novembre 1952, en même temps qu'étaient exécutés trois religieux de la Congrégation des Augustins de l'Assomption. Les corps furent transférés et enterrés au cimetière, probablement dans une fosse commune. C'est pourquoi le tombeau du Serviteur de Dieu n'a pu être identifié".

Où en sommes-nous du procès?

Le 14 février 1995, la Congrégation de la Cause des Saints a donné son "Nihil obstat" pour l'introduction de la Cause.

Le procès diocésain de canonisation, ouvert le 21 novembre 1995, s'est conclu dans la résidence de l'Exarchat Apostolique de Sofia, le 28 mars 1996.

Devant Mgr Christo Proykov, Exarque Apostolique de Sofia, en présence de Mgr Méthode Stratiev, Juge-délégué et du Père Ivan Stanev, Promoteur de Justice, le Dr Kamen Sadjiyski, Notaire, a présenté les actes originaux et les transcriptions des actes du procès sur le martyre des Serviteurs de Dieu Kamen Vitchev, Pavel Djidjov et Josaphat Chichkov.

Il s'agit notamment des documents suivants:

Ière Partie: Documents historiques

IIème Partie: Etude critique des Ecrits et des documents se rapportant aux Serviteurs de Dieu.

Mgr Christo Proykov, avec l'approbation du Promoteur de Justice, a déclaré valides les actes originaux et leurs transcriptions.

Il a ensuite ordonné de porter aux Archives du diocèse tous les actes originaux, après les avoir fermés et cachetés pour qu'ils ne soient pas ouverts sans sa permission.

Il a fait parvenir également deux exemplaires de la copie authentique de l'ensemble de ces documents à Mgr Albert BOVONE, Pro-Préfet de la Congrégation pour les Causes des Saints, au Vatican.

Tous ces actes ont été déposé officiellement à la Congrégation des Causes des Saints et le F. Bernard HOLZER a été accepté comme Postalateur auprès de cette même Congrégation.

Celle-ci est en train de vérifier la validité de tous les actes du procès diocésain.

Elle nommera ensuite un Relateur chargé de rédiger, avec l'aide du Postulateur, la "Positio" qui sera étudiée et examinée par les membres de la Congrégation pour le Cause des Saints et qui soumettront leur avis au Saint-Père en vue du décret de canonisation.

Ces formalités peuvent durer des mois, voire des années. Mais les causes des saints de l'Est bénéficiant d'une commission spéciale, à cause des "années de silence" qui leur furent imposées, peuvent avancer plus rapidement. Il faudra continuer à montrer de la ténacité.

 Page réalisée par D. Remiot
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