IV. Intuitions apostoliques du P. d'Alzon

1870

Pour une Presse Catholique

" Je voudrais qu'avant de quitter Le Vigan, vous fissiez le programme d'un journal catholique, pour paraître le 1er janvier. Il faudrait expliquer : 1°/ que nous sommes catholiques avant tout ; 2°/ que nous ne sommes pas un parti politique ; 3°/ que nous sommes pourtant un parti politique en ce sens que, comme catholiques, nous voulons notre place au soleil, prêts à tendre la main aux hommes honnêtes de tous les partis, disposés à respecter leurs opinions pourvu qu'ils respectent nos principes. Quant aux formes politiques, nous croyons à d'effrayants bouleversements européens, au triomphe plus ou moins éloigné de la démocratie…

Songez à la prédication des idées catholiques à faire pénétrer dans la société. Vous auriez sans sortir de chez vous, un auditoire qui ne vient pas toujours au sermon et, peu à peu, avec le style des trois premières pages de votre lettre, vous leur feriez avaler bien des choses. Je vous recommande cette idée. "

Lettre au P. Emmanuel Bailly, 5 décembre 1870

Pour le retour de la Russie à l'Unité

Jusqu'au bout, le P. d'Alzon s'est dévoué pour l'Eglise. Il voulait ramener les dissidents à l'Unité, " éteindre le schisme et l'hérésie ", comme on disait alors. On ne parlait pas encore le langage de l'œcuménisme… Gardons-nous de l'anachronisme !
Nous citons ici des textes peu connus. Ils concernent la Russie tsariste, déjà fermée à l'influence catholique ; elle devient une véritable hantise pour le P. d'Alzon, à la veille de sa mort. Il écrit :

En 1877

" Dans l'audience que Pie IX m'a donnée, le 2 mai 1877, il a béni et encouragé l'idée de travailler à la conversion de la Russie. Les cardinaux Pitra, Howard, Sacconi m'y ont encouragé ; Aloisi-Masella en a paru ravi, le cardinal Sacconi surtout. Rampolla y porte de l'intérêt ; Segna, le minutante de la Propagande y met un grand zèle. D'autre part, à Lyon, la Propagation de la foi nous soutient. Les bons pères polonais sont bien exposés à Andrinople et menacés, si la Russie s'avance de ces côtés. Peut-être aurons-nous alors une position plus forte. Mais peu importe ; notre but est la Russie. "

Extrait d'un Rapport à Rome, 1878

1878

D'un rapport sur la Russie

Depuis que Pie IX m'eut proposé la mission de Bulgarie, mes vues se sont étendues beaucoup plus loin : la Russie est devenue ma grande préoccupation. Vers le mois de mai 1877, il y a moins d'un an, ayant été reçu en audience par le Saint-Père, je me permis de lui demander sa bénédiction et ses encouragements, pour préparer un séminaire destiné à former des missionnaires pour la Russie. Pie IX m'encouragea beaucoup, me donna ses bénédictions, et je me retirai, préoccupé de cette pensée.

Depuis, une dame russe catholique m'a offert de m'établir dans ses terres, au Caucase, avec quelques jeunes gens. J'accepterais, si je savais qu'on pût y apprendre la langue russe dans toute sa pureté ; sinon, je demanderais que l'on donnât un prêtre français à la colonie française d'Odessa, et je verrais ce que l'on peut faire dans cette ville que l'on m'assure très corrompue. Mais la corruption de Corinthe n'empêcha pas saint Paul d'aller y passer bien du temps : ce fut le centre de sa prédication en Grèce. On m'assure que si l'on établissait un couvent pour l'éducation des jeunes personnes, au bout de peu de temps, on aurait par les dames une grande influence et une certaine liberté.

Divers motifs me portent à croire que le moment est venu de s'occuper de la Russie.

1° L'invasion des idées révolutionnaires qui sapent ce colosse et ne lui permettent pas d'en rester à la domination par l'Eglise schismatique.

2° La diminution du clergé. Les couvents ayant été dépouillés de leurs biens, les moines y sont tous les jours moins nombreux ; et quant aux popes, outre leur infériorité intellectuelle, depuis que les fils de popes ne sont pas contraints à se faire popes eux-mêmes, presque tous embrassent une carrière administrative, et le clergé paroissial n'aura bientôt plus de recrues.

3° Est-il bien imprudent de dire que la Russie est trop vaste pour rester unie ?

4° Depuis longtemps, on parle de donner à la Russie un régime parlementaire. Le lendemain du jour où cet acte sera accompli, - et il est la conséquence de l'affranchissement des serfs - , la liberté des cultes devra être proclamée.

5° Après la guerre actuelle, n'est-il pas logique de penser qu'après s'être battus pour donner aux chrétiens la liberté en face des Turcs il sera nécessaire que la Russie l'accorde aux catholiques ? "

Rapport à la Propagande, mars 1878

1878

Vision prophétique ?

" Pauvre sainte Russie, quel sort t'attend ?
J'ai lu dans une prophétie, faite au moment où le prince Nicolas était sur le point d'entrer à Constantinople, que les Russes perdraient sous peu ce qu'ils avaient conquis. Bénévole lecteur, notez cela ; notez encore que Pie IX mourant avait dit que la guerre d'Orient avait lieu pour laisser paisiblement faire l'élection de son successeur. Je suis loin de croire à la chute irrémédiable de l'empire des czars, mais il me semble que, pour ne pas succomber à une civilisation de serrechaude, ce peuple doit subir de rudes épreuves et revenir à la vraie foi. "

E. D'Alzon
Revue " L'Assomption ", 15 juin 1878

Commentaire:

Cent vingt ans plus tard, on espère encore. L'Assomption a tenté l'aventure en Russie tsariste au début du XXe siècle… Elle a maintenu une présence durant la glaciation soviétique. Puis elle a repris le flambeau à Moscou, à l'église Saint Louis des Français.

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