Le P. Vincent de Paul BAILLY (1832-1912), prêtre en 1863, fut directeur
du collège de Nîmes, aumônier des zouaves pontificaux, de
l'armée de Metz en 1870
Surtout, directeur de pèlerinages
et journaliste, fondateur du " Pèlerin " et de " La Croix
"
A ce titre, il figure parmi les condamnés du procès
de 1900 (" Procès des Douze ").
Nous le retrouverons au début du XXe siècle (2e période).
Mais " Le Moine " a dû briser sa plume et renoncer à
la politique
Voici quelques textes sur les Pèlerinages (La Salette, Lourdes, Jérusalem)
et sur la Presse. En prime, un texte assez surprenant sur le cinéma
Le Saint-Père a béni tout spécialement les pensées de consacrer au salut de la France un mois de prières, du 22 juillet au 22 août, sous le nom de Mois des Pèlerinages.
Ce mois a pour but d'abord de convier tous les fidèles à la prière, et de leur permettre, même en restant dans leur famille ou dans leur paroisse, d'avoir une part aux faveurs spirituelles accordées aux pèlerinages qui se font en ce moment.
Il a ensuite pour objet de convier les fidèles pendant ces trente jours aux pèlerinages qu'ils pourront suivre, et à faire dans un lieu de pèlerinage, les 17 et 21 août, une consécration solennelle de la France à la Sainte Vierge.
Plusieurs de NN. SS. les évêques ont accueilli ce projet avec empressement, et un grand nombre de MM. les curés se disposent à faire publiquement ces prières dans leurs églises. Nous apprenons aussi que " plusieurs femmes de députés se proposent de former comme un courant de pèlerinages dans les sanctuaires de Paris, du 22 juillet au 22 août, et continuer ainsi ce que les députés ont si bien commencé à Paray ".
La pensée mère de ce beau mouvement de foi et de prière est née de l'organisation d'une série de pèlerinages à Notre-Dame de La Salette, qui doit avoir lieu à ces dates mêmes et se terminer le 21 août, dans l'octave de l'Assomption, par la consécration de la France à Marie.
Cette série de pèlerinages à La Salette, auxquels s'uniront un si grand nombre de fidèles sur tout le territoire, se prépare en ce moment, et il importe que chacun apporte son concours selon ses forces, afin que tous les jours du mois la France soit représentée sur la montagne.
La Salette a paru plus spécialement indiquée pour représenter la prière commune, c'est sur cette montagne qu'ont été entendues les menaces que nous voulons conjurer. C'est aussi sur cette montagne qu'a commencé, l'an dernier, ce magnifique mouvement qui devait ensuite entraîner la France entière. Enfin ce pèlerinage d'expiation présente plus de fatigue et de sacrifices.
P.
Vincent de Paul BAILLY
Le Pèlerin, 12 juillet 1873
(*) Le premier pèlerinage à La Salette eut
lieu en 1872.
Cet article est l'éditorial du Petit bulletin des Pèlerinages,
qui deviendra en 1877 l'hebdomadaire illustré bien connu.
Vingt ans plus tard, le P. Bailly évoque ses souvenirs...
Les pèlerinages, les grands pèlerinages publics, issus de celui qui partit de l'Assomption pour Rome, voilà encore une grosse question sociale. Fallait-il ces manifestations ? N'en fallait-il pas ?
On partit, car, pour savoir si on aura la victoire, il faut aller au-devant et un peu batailler.
On partit ; plusieurs remarquèrent alors que " cela faisait du bruit et que le bien ne fait pas de bruit ".
Les effarouchés enfonçaient leur bonnet de nuit et disaient : " Où allons-nous ?
- Nous allons à La Salette, à Lourdes , à Pontmain, nous allons à Jérusalem et tous ces chemins conduisent à Rome. "
La bannière du Christ se déploya sur tous les chemins sanctifiés.
Vous vous souvenez de l'indignation de certains employés de chemin de fer qui se croyaient un monde nouveau, émancipé à jamais du Christ, et qui voyaient leurs gares envahies par la prière.
C'était pour eux la barbarie.
On crut à une folie passagère et guérissable ; mais non, la semence poussait toujours plus serrée, sur les chemins de fer eux-mêmes. Au grand scandale de l'homme d'Etat célèbre par ses lunettes, les pèlerinages étaient rentrés dans les murs à toute vapeur.
L'étonnement grossit lorsqu'on porta dix, vingt, trente malades osant croire aux miracles sans rougir ; enfin, il fallut en compter mille escortés de cent guérisons !
Insanis, insanis ! Ils sont fous, ces fils du P. d'Alzon !
La faculté de médecine, indignée, s'insurgea contre la Sainte Vierge et lui demanda ses diplômes.
On ne put l'atteindre, mais on la condamna comme d'abus.
O merveille de Marie, guérison inespérée de la science ! Aujourd'hui, les docteurs, et des plus éminents, écrivent sur la vérité des miracles et cette semaine, il y a eu une réunion choisie des médecins chrétiens de nos hôpitaux laïcisés de Paris, qui veulent bien étudier les procès-verbaux des malades de Lourdes, en 1893.
Dix-sept trains vont partir ; que de souffrances reviennent changées en joie ; qui sème dans les larmes, récolte dans la joie.
Et après avoir renversé les premières murailles du respect humain, l'effectif de ces grandes armées des pèlerinages s'accroîtra encore, et elles résoudront peut-être les grosses questions politiques.
P.
Vincent de Paul BAILLY
(Discours prononcé le 29 juin 1893 à Nîmes)
On commence à s'inscrire courageusement pour aller sauver la France en suivant le pèlerinage des Lieux Saints. On a certes bien raison, le salut n'est pas ailleurs.
L'année s'avance terrible avec son cortège de lois et d'exécutions contre toutes les uvres chrétiennes.
Sous les puissants empereurs de Rome, lors des édits de persécution, la mort de l'Eglise était plus certaine encore, les empereurs païens avaient les tribunaux et la force ; le peuple applaudissait avec frénésie aux exécutions ; les chrétiens pourchassés ne pouvaient guère échapper, puisqu'il fallait sans cesse rendre un culte aux idoles, manger des viandes offertes aux simulacres, jurer sur les aigles La vie pure des chrétiens les menaçait.
Comment remplacer les rivières de sang d'alors qui préparèrent des résurrections ?
Par un sacrifice héroïque, il n'y a pas d'autre moyen.
De notre temps, il y a peu de chrétiens disposés à se faire lapider sur la place publique, ou à se livrer à des jeûnes austères, à marcher pieds nus ou couverts de cendre
Pour oser choquer l'opinion par ces vieilles héroïcités, il faudrait une négation du respect humain, qui n'est guère de mode. Il n'y a qu'un acte héroïque à notre portée, et il est excellent, puisque c'est Dieu qui le choisit : c'est d'aller en pénitent aux Lieux Saints, pour y prier, y souffrir, y mourir s'il le faut.
D'autres actions surnaturelles remplies de sacrifices sont certainement agréables au ciel ; mais le pèlerinage à Jérusalem est proportionné à nos forces et voulu de Dieu.
Quand on objecte la misérable question d'argent, on se trompe ; quand il le faut absolument, l'argent se trouve, et s'il s'agissait de sauver votre vie, vous iriez plutôt à pied, comme ont fait plusieurs.
Nous voulons faire échapper le monde au châtiment qui le menace et porter le poids de ses péchés ; mais quand un condamné s'évade, il n'a pas le sou ; et on en a vus dans ces conditions revenir de Nouméa à fond de cale, vivant de vieux croûtons.
Ici, il faut savoir faire l'impossible, et ne point dire : Si on me payait mon voyage, ma nourriture et une petite indemnité, j'irais volontiers voir du pays en faisant pénitence.
Ce n'est pas cela.
Les vieux pèlerins d'autrefois qui vendaient tout ce qu'ils avaient pour aller, au prix d'immenses périls, accomplir le grand voyage des Lieux Saints, cherchaient avec amour de quoi payer la traversée sur un bateau de Marseille ou de Venise, et s'en remettaient à Dieu de leur vieillesse ; ils étaient autrement héroïques !
En tout cas, la rançon de la France exige une députation, dont le nombre semble providentiellement marqué par la dimension même du bateau que Dieu a donné. Il faut une pleine nef de Salut (*) de pèlerins à offrir là-bas.
Si tous ceux qui peuvent facilement venir venaient, il faudrait plus de cent nefs ; si tous ceux qui, ne pouvant pas venir, peuvent payer le voyage, voulaient, il faudrait plusieurs milliers de nefs !
Dieu n'en propose qu'une à remplir !
P.
Vincent de Paul BAILLY
(Echos de Notre-Dame de France, janvier 1896)
(*) La nef du Salut est le nom du navire qui emmenait les pèlerins en Terre Sainte.