Ce Franc-comtois, pieux, humble et timide, fut envoyé au P. d'Alzon par Mère Eugénie de Jésus. Ordonné prêtre à 33 ans, en 1858, il sera surtout l'apôtre des pauvres et des petits. Emu par la détresse des familles ouvrières, il fonde en 1864, avec Antoinette Fage (Mère Marie de Jésus), les Petites Surs de l'Assomption, gardes-malades des pauvres à domicile. Il meurt le 3 avril 1899, au jour anniversaire de son ordination.
Nous citons quelques textes sur l'esprit de la fondation.
La Petite Sur, qui est la plus petite dans la famille de l'Assomption et cependant veut être un apôtre, s'animera de cet Esprit surnaturel, de cette hardiesse et de cette générosité : mais ses moyens à elle, de les mettre en pratique seront à la mesure de son humilité et de sa faiblesse.
La part qui lui est dévolue est le pauvre, l'ouvrier et sa famille ; cette part elle l'aimera d'un amour de préférence, et alors s'abaissant, s'effaçant tous les jours de sa vie, au milieu de ses pauvres et de ses petits trop souvent abandonnés, rejetés et oubliés, elle se dépensera pour eux comme une servante en union avec Jésus son Epoux. Alors sous le souffle de l'Esprit de ce divin Maître, la petite Sur, par sa foi toujours plus vive, plus agissante, son intrépidité toujours plus héroïque, son désintéressement toujours plus au-dessus de la vaine gloire, s'efforcera de faire vivre N. S. et de faire triompher son amour là où l'Eglise n'a plus pour enfants que les aveugles, les boiteux, les déclassés, les infirmes et les débiles, ceux en un mot, que les Anges vont chercher les derniers sur les grands chemins et derrière les buissons pour les introduire dans la salle du festin des noces.
Père
Etienne PERNET
Directoire des Petites Surs de l'Assomption
Chapitre X
Vous et moi, ne sommes que de bien faibles roseaux, qui souvent le jouet des vents, plions, agités dans tous les sens. Malgré cela nous pouvons être forts, très forts, et dire avec Saint Paul : Je puis tout en Celui qui me fortifie, et alors, quand je suis faible, c'est alors que je suis puissant. Tout ceci n'est pas autre chose que la réalisation dans et par le grand apôtre de ce passage de Saint Jean, dans la 2e Epitre : " Celui qui fait la volonté de Dieu demeure éternellement ".
Qu'est-ce à dire, demeure éternellement, si non qu'il est si ferme en Dieu, qu'il est inébranlable dans le temps et pour l'éternité. Saint Paul reconnaissait que de lui-même il n'était qu'infirmités et que faiblesses, mais du jour où il se mit de tout cur à faire la volonté de celui à qui il demanda sur le chemin de Damas : Seigneur que voulez-vous que je fasse, il devint l'apôtre des Nations, l'instrument le plus puissant des merveilles et des miséricordes de Dieu. Que ferons-nous, ma fille ? Nous imiterons, autant que nous pourrons Saint Paul, nous ne voudrons en tout, nous ne rechercherons en tout que l'accomplissement de la volonté du Seigneur : que voulez-vous que je fasse Seigneur ? Et le Seigneur nous montrant sa volonté nous donnera tout ce qu'il faut de force pour l'accomplir. Comprenez-vous, ma fille, combien il est important que vous vous pénétriez de cette doctrine, de cette vérité : au moment où vous ne serez plus que l'agent, l'instrument de Dieu (et votre position veut cela de vous), vous ne tremblerez plus vous ne vous reconnaîtrez plus. Allez donc dans ce sens, pleine de confiance et d'abandon. Soyez à Jésus, vivez et mourez pour lui ; en un mot, ne soyez plus à vous en rien ; alors la force pas plus que la lumière ne vous manqueront.
Père
Etienne PERNET
Lettre à Mère Marie de Jésus, le 5 novembre 1864
Demain ce sera la fête des glorieux Apôtres Saint Pierre et Saint Paul, ce doit être aussi la nôtre. Saint Pierre est le roc inébranlable sur lequel est bâtie notre foi ; Saint Paul est l'organe puissant, qui a publié cette foi divine et pleine de vie, par tout l'univers. Rappelons-nous donc demain que nous sommes avant tout les enfants de Dieu et de son Eglise. En ces temps de bouleversements de toutes sortes, Notre Seigneur est attaqué dans sa personne divine : on en veut à son trône, à son règne et son Eglise, son royaume est persécuté, bafoué C'est le moment de montrer que nous avons du cur, et que s'il aime quelque chose, c'est Jésus, c'est son Eglise. Je vous ai dit bien des fois, que la marque la plus vaillante du caractère de votre esprit, doit être un amour tendre, généreux et persévérant envers N. S. Eh bien, on ne peut aimer ainsi ce divin Maître sans être du même coup, corps et âme à l'Eglise.
Nous serons à Jésus ; nous serons à l'Eglise, en servant Jésus, nous édifierons l'Eglise, et nous la défendrons contre ses ennemis de toute la force de nos prières, de nos sacrifices et de nos bons exemples.
L'Assomption est votre famille ; et tel est l'esprit de cette famille.
Père
Etienne PERNET
28 juin 1866
Mes biens chères enfants, le but ou la fin est la première chose qui se présente à la pensée, les moyens pour atteindre ce but viennent ensuite. Prenons les choses en Dieu, lorsque dans sa miséricorde il s'est proposé l'Incarnation, il s'est dit : Je veux sauver les hommes. Le salut des hommes, voilà son but ; l'Incarnation, c'est le moyen
Mes enfants, pour vous il y a eu un but, une fin capable de satisfaire, de répondre aux plus belles, aux plus nobles ambitions, cette fin, c'est de sauver les âmes, d'établir le règne de N. S. dans les familles d'ouvriers. Après avoir pensé à ce but sublime, on a songé aux moyens à prendre ; ce sera l'ouvrier malade, a-t-on dit, c'est un bon moment pour pénétrer dans son intérieur. Mais encore faudra-t-il quelqu'un alors vint la Petite-Sur. Elle va chez le pauvre gratuitement, pour le gagner à N. S.
S'il en a besoin, et vous voyez qu'en effet, mes enfants, lorsque dans vos efforts vous tendez à réaliser ce but, vous embrassez non-seulement votre sanctification personnelle comme religieuses, mais encore la famille, les familles et les peuples, et vous voulez étendre le règne de N. S. au milieu d'eux. C'est une grande chose, une ambition noble, il ne peut y en avoir de plus élevée, et comme je vous l'ai déjà dit plusieurs fois, si vous pouviez être élevées au sacerdoce, vous n'auriez rien à envier aux Apôtres. Vous n'en êtes pas moins, si vous répondez à votre vocation, une puissance entre les mains de l'Eglise pour continuer l'uvre des Apôtres et travailler à l'extension du règne de J.-C.
Quelle belle vocation que la vôtre ! Si vous y pensiez bien, si vous vous en pénétriez, comment n'iriez-vous pas jusqu'au bout, jusqu'au fond de ces misères hideuses qu'on rencontre parfois, aussi bien à Londres que partout ailleurs, pour vous entendre dire un jour par J.-C. : " Ce que vous avez fait à l'un de ces petits, c'est à moi que vous l'avez fait. Je suis votre obligé". Je ne crois pas, mes enfants, qu'il y ait pour la femme une vocation plus belle, plus élevée, plus apostolique que la vôtre.
Père
Etienne PERNET
Conférence du 24 avril 1890
Mes enfants, vous savez que le terme de votre dévouement, c'est le salut des âmes, le règne de N. S. particulièrement dans la famille de l'ouvrier et du pauvre. Vous arrivez à vous occuper de règne par le moyen qui s'appelle la maladie : ce n'est pas la fin c'est seulement un moyen, mais vous ne devez jamais perdre de vue le malade et les soins qu'il a le droit d'attendre de votre dévouement. Pour atteindre une fin il faut en prendre les moyens, suivant cet axiome : Qui veut la fin, veut les moyens. Or, mes enfants, si vous voulez atteindre votre but, je veux dire, assurer le règne de N. S. dans les âmes de vos pauvres et des ouvriers, il faut que vous accomplissiez d'une manière bien sainte votre mission de garde-malades. Vous auriez pu vous proposer l'avancement du règne de N. S. par d'autres moyens, comme par exemple : écoles populaires, ouvroirs, la visite des malades dans les hôpitaux, etc Non, vous allez vous dévouer, le jour et la nuit, au pauvre et à sa famille, en étant tout à la fois leur servante et leur garde-malade, et cela sans profit ni calcul matériel, uniquement pour le salut des âmes. Ce moyen est très efficace de toutes façons, et le malade est le premier intéressé à se ménager vos soins, comme aussi il en ressort une très bonne influence pour la famille et ceux qui entourent le malade. Afin d'arriver à l'âme et au salut, la Petite Sur fait autant qu'elle le peut ce que N. S. a fait pour établir son royaume sur la terre ; N. S. soulageait les infirmes, guérissait les malades, chassait les démons dans le but de réveiller les âmes, de les tourner vers Lui et les sauver. Je ne dis pas, mes enfants, que vous guérissez vos malades, que vous semez les miracles sous vos pas ; non, vous n'êtes pas thaumaturges, mais tout en vous dévouant au soulagement des infirmités humaines, vous tournez les curs du côté de Jésus-Christ, vous faites penser à Celui qui guérit ; vous leur parlez selon que votre foi et votre amour vous inspirent, et c'est ainsi que vous parvenez à faire du bien.
La science pratique de la Petite Sur consiste à savoir bien manier son malade et à tirer profit de tout pour le sauver, le sanctifier. Si vous devez à toute heure remplir près de lui l'office du bon samaritain et le faire avec tendresse et dévouement, répandant sur les plaies de son corps l'huile et le vin, que sera-ce, et que ne devrez-vous pas faire, lorsqu'il s'agit de le ramener à Dieu ? Aussi la Petite Sur doit avoir en elle, pour son malade, une tendresse inexprimable, parce qu'elle se propose la gloire de Dieu en même temps qu'une uvre de miséricorde.
Père
Etienne PERNET
Conférence aux Surs, du 2 septembre 1891
Dans une Congrégation naissante comme la vôtre, on doit pouvoir dire à chacune : "Allez en Amérique - Oui, ma Mère - Partez pour l'Afrique - Oui, mon Père - Allez en Océanie, au Japon - Comme vous le voudrez, ma Mère". En un mot, vous devez êtres prêtes à tout. Du reste, ceci est bien l'esprit de l'Assomption et des Petites Surs, et celle d'entre vous qui voudrait rester dans sa coquille, ou passer sa vie entre les quatre murs d'un cloître, n'a pas l'esprit de l'Assomption ; je bénis la cellule, je respecte le cloître, mais je repousse la coquille.
Père
Etienne PERNET
Instruction du 12 mars 1891
N'oubliez pas, mes chères enfants, que ce qui vous distingue, c'est cela ; vous pouvez avoir autour de vous d'autres Congrégations similaires à la vôtre, qui seront probablement mieux que vous dans les soins à donner, aussi bien dans le dévouement à apporter, mais vous serez toujours distinctes de ces Congrégations, par le but que vous vous proposez. Vous ne voulez pas seulement soigner les malades, hâter leur guérison ou les préparer à la mort, vous devez tendre dans votre dévouement et l'action que vous exercez à refaire la famille de l'ouvrier comme le Bon Dieu veut qu'elle soit : que le père et la mère soient bien unis, les enfants bien élevés et que tous pratiquent leurs devoirs de religion ; reconstituant la famille, vous ferez un peuple à J.-C. C'est un secret que tout le monde connaît, mais il n'en est pas moins vrai que ça a été notre point de départ. Si jamais on vous dit : On vous a établies pour soigner les malades, répondez : Non, ce n'est qu'un moyen : nous sommes, nous existons pour travailler à rétablir le règne de N. S. dans la classe ouvrière. Soigner les malades, il le faut, mais il faut plus que cela ; votre mission est un apostolat, c'est pourquoi, malgré le surcroît de travail que cela vous donne, vous devez tenir beaucoup à la Fraternité et aux Moniques (*). Partout où il y aura des Petites Surs, il y aura la Fraternité et les Moniques ; par ce moyen la Petite Sur aura la famille de ses pauvres et de ses ouvriers dans la main, et elle la maintiendra.
Père
Etienne PERNET
Conférence aux Surs, 10 décembre 1891
(*) Les " Moniques " forment la branche féminine, fondée après les Frères, dans la Fraternité de l'Assomption. Sorte de Tiers-Ordre pour les familles ouvrières.
Il y a pour nous une chose pénible à porter, c'est notre faiblesse, notre impuissance en face des devoirs et des événements de chaque jour ; ne nous en effrayons pas, car N. S. est encore là pour nous venir en aide. Ne voyons-nous pas comment, dans sa vie mortelle, il vient au secours de ses frères ?
En lisant l'Evangile, nous en trouvons des preuves à chaque page : Le paralytique de la piscine de Siloé, ses Apôtres sur le point de périr sur la mer de Tibériade, la Cananéenne dont il délivre la fille possédée du démon. N. S. tend la main à toutes les misères et les console.
Mes enfants, nous sommes la faiblesse même et d'une impuissance totale, le devoir nous pèse toujours et volontiers nous nous écrions comme Saint Paul : " Je fais le mal que je hais et je ne fais pas le bien que j'aime. " N. S. est notre unique secours, le seul appui sur lequel nous devons compter et s'il ne nous soutenait, nous manquerions à tout instant, exposés aux coups et à la malice de Satan, nous serions submergés comme les Apôtres sur le lac de Génésareth, s'ils n'avaient été divinement secourus.
Mes enfants, nous ne sommes pas à l'abri des désolations, hélas
!
Eh bien ! n'oublions pas que le consolateur divin est près de nous. Il
est le prince de la paix, la douceur même ; aux flots de la tentation
il dit : " Taisez-vous ", et ils s'apaisent, le calme se fait
; aux malades, à Lourdes, il a dit : " Levez-vous, marchez
" ; aux aveugles : " Voyez "; ils ont vu
Père
Etienne PERNET
Instruction au retour de Lourdes, 26 août 1894