Père François PICARD

Le P. François PICARD (1831-1903) succéda au P. d'Alzon à la tête de la Congrégation, en 1880. Animé d'un grand esprit de Foi, il développa les œuvres de l'Assomption et tint fermement la barre à l'époque des persécutions et de l'exil.

En 1872, il avait été le fondateur de l'Association Notre-Dame de Salut qui, au lendemain de la guerre et de la Commune, fut à l'origine d'une floraison d'Oeuvres apostoliques : œuvre des Vocations, Œuvres de Prière et de Pèlerinages, Bonne Presse, Œuvres sociales… Il s'attacha au développement de la Mission d'Orient.

Il avait la confiance du pape Léon XIII qui le chargea de missions délicates dans un contexte politique difficile.

Voici quelques textes relatifs aux Pèlerinages, à la Presse et à la Mission d'Orient.

1873 - Adresse au Pape Pie IX

Les pèlerinages

Très Saint Père,
Les pèlerinages rentrent dans nos mœurs ; ils font invasion dans notre pays pour conjurer d'autres invasions. Nous avions besoin d'un patron pour nous conduire. Votre sainteté vient de nous le donner ; elle nous offre pour directeur de nos manifestations pacifiques un compatriote, le grand pèlerin de nos temps modernes.

Benoît-Joseph Labre allait de sanctuaire en sanctuaire, il priait, il protestait, il souffrait. Il priait pour l'Eglise persécutée, il priait pour sa patrie travaillée par la corruption et l'erreur. Il protestait non par des paroles, mais par des actes.

Comme Labre, nous sommes Français, comme lui, nous sommes catholiques, comme lui, nous voulons être pèlerins. Il avait le bonheur de vénérer Pierre dans la gloire ; nous avons la douleur de pleurer avec Pierre dans les chaînes ; plus que lui, nous avons donc le devoir de prier, de protester et de souffrir.

Nous saurons souffrir aussi, Très Saint Père, nous avons entendu ce cri de la détresse et de la consolation : " Les gouvernements m'abandonnent, mais le peuple, plebs christiana, le vrai peuple chrétien me reste fidèle. " Nous appartenons à ce peuple chrétien, et, dussions-nous verser notre sang avec nos prières, nous voulons que les gouvernements reviennent à leur véritable chef, le Christ.

Nous n'avons qu'un but, qu'une ambition dans nos pèlerinages : rendre à notre patrie sa mission, à l'Eglise sa Fille aînée, au Pape son défenseur.

Nous irons de sanctuaire en sanctuaire supplier le Cœur Sacré de Jésus ; prier sa Mère, la Vierge immaculée, d'accorder cette grâce à tous les cœurs chrétiens : tous vous aiment, Très Saint Père ; si vous êtes le plus éprouvé des pères, vous êtes aussi le plus aimé, tous s'unissent à nous pour célébrer cette fête et déposer à vos pieds leur dévouement et leur vie.

Bénissez vos enfants, bénissez notre pauvre pays, bénissez notre pacifique croisade, et, forts de cette bénédiction, nous sommes sûrs du triomphe. Notre-Dame Auxiliatrice a accordé la victoire à son serviteur Pie V, Marie immaculée ne la refusera pas à son serviteur Pie IX. Vive Pie IX !

P. François PICARD
5 mai 1873

1885 - Un article dans La Croix

Notre-Dame de Salut

Aux heures critiques que notre pays, la France, a traversé, les associés de Notre-Dame de Salut ont provoqué des neuvaines de prières générales.

Jamais circonstances n'ont été aussi menaçantes, même au moment où les Prussiens entouraient Paris et couvraient le pays de leurs bataillons, qu'à l'heure présente où la France est menacée de disparaître dans un abîme creusé par ses propres enfants.

Nous pensions donc à susciter selon nos forces, avant les prochaines élections législatives, un mouvement de supplications et de pénitences comme autrefois, et nous attendions l'occasion propice.

Mais, grâce à Dieu, sans s'en douter, les enfants de l'Eglise ont choisi pour cet acte un jour de triomphe et un jour de prière universelle : la fête du Saint Rosaire.
Notre Très Saint Père le Pape Léon XIII vient d'ordonner les prières universelles. Pendant tout le mois d'octobre, le Rosaire sera récité dans toutes les églises et chapelles du monde entier.
Cette prière sera accompagnée de la messe, si elle a lieu le matin, et du Salut du Saint-Sacrement si elle a lieu le soir.

Avec quelle ardeur les associés de Notre-Dame de Salut ne doivent-ils pas répondre à l'appel du Père commun des fidèles et de Nosseigneurs les Evêques.

Nous le répétons, l'heure est critique. Les élections qui se préparent sont destinées à compléter l'œuvre de destruction et de ruine commencée…

P. François PICARD
La Croix, 13/14 septembre 1885

1893 - Un tract

L'Assomption et les pèlerinages

Le mouvement des pèlerinages, les prières publiques, les neuvaines nationales ont pris naissance dans cette résidence de Paris. Ils ont fait et font encore plus de bruit que la vie calme, la marche méthodique et cachée de nos œuvres d'enseignement plus anciennes et plus permanentes. Ils suscitent, comme de juste, des détracteurs et des admirateurs plus passionnés.

Les uns de s'écrier : " Qu'est-ce qu'une congrégation qui ne fait que des pèlerinages ? Elle n'est pas sérieuse : donc, elle ne saurait être viable. Méfiez-vous de ses membres : ils s'agitent beaucoup, et dans leur orgueil, ils se précipitent vers d'éclatantes défaites. Le bien ne fait pas de bruit, et le bruit ne fait pas de bien ".

Les autres, dans leur reconnaissance et au milieu des émotions d'un grand pèlerinage, de s'écrier à leur tour : " Quelle admirable impulsion ! Bénie soit la Congrégation qui a suscité de tels actes de foi et d'amour ! Elle a eu assez de hardiesse pour rompre avec la routine, attaquer de front le respect humain, et renverser les barrières élevées par le nationalisme ou le libéralisme et gardées avec amour par les paisibles conservateurs. Les multitudes entraînées par elle à la Salette, Lourdes, Paray-le-Monial, Rome et Jérusalem, la bénissent, et l'Eglise tout entière se réjouit de ce magnifique pèlerinage et de ce Congrès eucharistique (*), qui semblent présager l'union de l'Orient et de l'Occident dans la prière et dans la foi ".

Admirable initiative sans contredit : l'honneur, comme l'inspiration, en revient à Dieu, au Pape et aux âmes ferventes. Nous nous réjouissons d'en avoir été les instruments, et, selon l'esprit de notre fondateur qui nous voulait entièrement aux ordres du Pape, pour voler, comme des zouaves, au poste que d'autres ne seraient pas prêts à occuper, nous serons toujours à la dispositions du Saint-Siège et de Nosseigneurs les Evêques pour exalter notre Maître, Jésus-Christ, glorifier notre Mère, la Très Sainte Vierge Marie, et accroître le culte des Saints, en entraînant les peuples vers leurs sanctuaires.

Mais ces manifestations d'amour et de foi ne sont ni le monopole de l'Assomption, ni son œuvre exclusive. Elles se produisent partout aujourd'hui. Réjouissons-nous, et espérons que ces grandes inventions modernes qui renversent les barrières et les distances, et amènent les nations à se précipiter les unes sur les autres pour le triomphe de leurs intérêts matériels ou de leurs ambitions jalouses, serviront au triomphe du Christ et amèneront les peuples à se connaître, non plus pour se combattre, mais pour s'aimer, se soutenir, prier ensemble et préparer la grande unité catholique dans la foi et la charité.

P. François PICARD
Tract du 21 novembre 1893

(*) Il s'agit du Congrès eucharistique de Jérusalem, qui fut à l'origine d'un remarquable essor de notre Mission d'Orient. Il en sera fait état dans les textes de la 2e période (1900-1950).

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