Mes bien chers Frères,
Nous sommes traduits devant les tribunaux... C'est un grand honneur qu'on fait
à notre petite famille en la choisissant pour porter le poids des premières
attaques dirigées contre les Congrégations religieuses. C'est
une consolation d'avoir à souffrir pour Notre-Seigneur...
Oublions-nous pour ne penser qu'à l'Eglise et aux âmes : comptons
sur le secours de Notre-Seigneur et ayons confiance. Soyons de bons religieux...
F.
PICARD
(Paris, le 15 janvier 1900) - Circulaire 137
Mes biens chers Frères,
Je suis condamné : onze de nos religieux ont comparu devant le tribunal avec moi et subi la même condamnation. Vous êtes condamnés avec nous. La Congrégation tout entière est atteinte dans l'esprit et dans l'arrêt de nos juges. Ne nous troublons pas : réjouissons-nous d'avoir été jugés dignes de souffrir pour Notre-Seigneur et de proclamer les droits des Congrégations religieuses en France.
Humainement, l'arrêt au lieu de tourner contre nous comme un déshonneur, amène l'expression d'une immense sympathie et d'une sorte d'enthousiasme de la part des hommes de bien, et surtout des membres du clergé séculier.
Au lieu de nous blâmer, nos Supérieurs nous témoignent la plus grande confiance et nous disent : " Continuez, soyez fermes ". Au point de vue légal, le jugement sera frappé d'appel, et l'appel est suspensif : dès lors, il ne faut pas s'effrayer.
Comme le pèlerin, nous n'avons pas ici de demeure permanente. Ce que Dieu nous a donné, il saura nous le rendre, s'il plaît aux hommes de nous le ravir. On voudrait bien faire tourner contre nous nos concitoyens, on n'y réussit pas. A peine a-t-on pu ameuter quelques francs-maçons. Les vrais Français connaissent mieux nos uvres et les estiment. Et d'ailleurs, nous travaillons pour le ciel, et cette patrie, nul ne peut nous la ravir.
L'élan de prière déterminé par la persécution nous soutient et nous fortifie ; nous avons pour nous défendre un rempart que les puissances de la terre ne peuvent pas renverser, le rempart de la prière et du sacrifice...
...Soyons donc en paix, et je vous le répète, réjouissons-nous dans le Seigneur...
F.
PICARD
(Paris, le 26 janvier 1900) - Circulaire 138
Le P. François PICARD (1831-1903) fut le successeur
du P. d'Alzon à la tête de la Congrégation (1880-1903).
Le P. Vincent de Paul BAILLY (1832-1912), fondateur de La Croix et du Pèlerin signait " Le Moine ". Au lendemain du Procès des Douze (janvier 1900), le pape Léon XIII, par souci d'apaisement, demande aux religieux de cesser d'écrire dans le journal. Le " Moine " venait de publier un dernier éditorial
Douze moines vont lundi, s'asseoir en police correctionnelle, au banquet juridique que leur offre la Franc-Maçonnerie avant d'exécuter à la fois toutes les Congrégations et la liberté de la presse...
... Toutes précautions sont prises afin qu'à l'audience du 22, on puisse tout oser sans permettre une réclamation.
Les journaux déclarent, en effet, que par ordre, à partir d'aujourd'hui, un commissaire spécial de police est préposé à la 9e chambre correctionnelle, et qu'on lui conduira sur l'heure " même les avocats " qui y exprimeront une manifestation quelconque.
Avis à nos éminents défenseurs...
... Une croisade de chapelets, rosaires, d'heures d'adoration, de veilles, de mortifications, de communions, de chemins de croix, etc., va s'organiser dès demain. Le Saint Sacrement sera exposé rue François 1er, de 5 heures du matin au soir ; il le sera toute le nuit, veille du procès.
Les organisateurs de la démonstration maçonnique du 22 ignorent que, bien avant le jugement dernier qui sera infaillible, il y a des juges à la 9e Chambre pour faire trembler les coquins, et non les honnêtes gens. Les douze moines sont des honnêtes gens.
Un de ces jours, M. le juge d'instruction voyant qu'ils laissaient traîner leurs manteaux près de la porte, leur a dit : " Ne laissez pas cela dehors, tous les accusés ne sont pas aussi honnêtes gens que vous. " C'est aussi la conviction de nos juges de lundi.
On a donc dit dans les antres de la politique : il faut préparer les élections sénatoriales en lançant contre douze moines toutes les forces d'enfer ; il est bien juste que nous appelions, nous, les forces du ciel. Comment ceux qui ne croient pas en Dieu y verraient-ils un péril pour eux ?
... Certes, c'est bien une heure solennelle que celle où, après vingt ans d'efforts sur le terrain de la liberté de la presse, on veut priver le peuple de Dieu de son journal et empêcher les moines d'écrire pour le peuple, comme on a déjà empêché les congréganistes diplômés d'instruire le peuple.
C'est une heure solennelle que celle du nouveau combat de saint Michel et des bons anges contre ceux qui ont imprudemment décrété la victoire contre Dieu. Quis ut Deus ?
LE MOINE (Le 16 janvier 1900)