Chaque année, depuis 1882, les Assomptionnistes emmènent des pèlerins à Jérusalem. Les religieux y ont une résidence depuis1887. On construit une vaste hôtellerie, N. D. de France, en service dès 1888, pour héberger les pèlerins et nos étudiants exilés. Sur le mont Sion, on a acquis un terrain où se trouvait le palais de Caïphe, avec la grotte où Pierre pleura son reniement. Le texte que nous citons parle des fouilles exécutées sous la direction du P. Joseph GERMER-DURAND (1). La lettre est du supérieur, le P. Athanase VANHOVE (2). Elle mentionne aussi le P. Etienne BOUBET, architecte et décorateur (3).
L'épanouissement et l'aboutissement des pèlerinages à Jérusalem se trouvent dans la fondation du couvent assomptionniste du mont Sion. C'est là que s'est déroulée, chez Caïphe, la première partie de la Passion. Ce fut longtemps, sous le vocable des " larmes de Saint Pierre ", un principal sanctuaire des Lieux-Saints, et les pèlerinages de Jérusalem ont eu sans doute, dans l'ordre de la Providence, pour objet de restaurer ce culte enfoui pendant plusieurs siècles ; ce que Dieu garde est bien gardé.
Nous avons donc été ému en recevant du P. Athanase, la lettre des nouvelles courantes, datées cette fois de ce couvent sacré, puisqu'il nous écrit de Saint Pierre " en Gallicante " une première épître.
Saint Pierre en Gallicante, le 15 avril 1912
" Je suis venu passer la journée, à Saint Pierre en Gallicante.
La journée s'annonce chaude, le ciel est brouillé, et les monts
de Moab sont voilés. C'est l'époque des vents d'Est, qui soufflent
surtout en avril et en mai.
Nous régularisons notre cher terrain du Gallicante, et, tout en élevant
des talus, nous poursuivons nos fouilles. Dans quelques jours, nous atteindrons
la région du Grand escalier qui descend le mont Sion et se dirige vers
Siloé. Le P. Germer voudrait que cet escalier fût déblayé
sur tout son parcours dans notre domaine. Je ne sais si nous pourrons réaliser
complètement ce désir, car ce seraient des montagnes de terre
à remuer et transporter ; mais nous découvrirons quelques marches
sur une longueur de 20 à 30 mètres, si elles existent encore.
Nous rencontrerons sans doute quelques citernes, et nous aurons la curiosité
d'y descendre et de les explorer. Qui sait si nous n'aurons pas la chance d'y
trouver des débris intéressants de notre chère antique
basilique de Saint Pierre ? Puissent les souhaits contenus dans votre lettre
du Vendredi Saint se réaliser. Comme il ferait bon de venir, plus tard,
méditer la Passion sur l'emplacement de la maison de Caïphe, transformée
en église et reconnue comme lieu saint !
A Notre-Dame de France, notre jeunesse studieuse reprend ce matin ses livres de théologie avec les classes régulières. Pendant les vacances de Pâques. Elle a fait deux grandes promenades : à Mickmas et à Koubéibé. Elle aurait bien voulu franchir le Jourdain et monter jusqu'au sommet du Nébo, puis visiter Madaba, mais ces courses lointaines exigent une autorisation généralice spéciale. Je ne l'avais pas sollicitée.
Je ne sais pas si le P. Germer vous a annoncé que le P. Etienne avait achevé son Assomption en mosaïques et l'avait placée au-dessus du portail de notre église. Elle fait un très bel effet. Autour de la corniche qui surmonte la porte de la maison, une jolie inscription en mosaïques, encadrée dans une simple guirlande, apprend aux passants que ce vaste monument est l'Hôtellerie de Notre-Dame de France. Le P. Etienne profite du beau temps dont nous jouissons pour couvrir le passage qui va de l'Hôtellerie au réfectoire des religieux, derrière la cuisine, pour achever la lingerie commencée en 1911, et couronner d'une élégante balustrade en ciment armé la terrasse qui couvre les nouvelles salles au bout de l'aile Nord. Tous ces petits travaux ne seront pas finis avant l'arrivée de nos pèlerins ! On les poursuivra et on les terminera en mai-juin. "
Athanase
(L. Dispersion n°152 - 28 avril 1912)
(1) Le P. Joseph GERMER-DURAND (1845-1917), disciple du P.
d'Alzon à Nîmes, était l'un des fondateurs de la communauté
à Jérusalem, où il passa 27 ans. Savant archéologue,
il était très lié au P. LAGRANGE, fondateur de l'Ecole
biblique. Son riche musée archéologique a été pillé
pendant la guerre
(2) Le P. Athanase VANHOVE (1865-1919) était alors supérieur à
N. D. de France. Nos religieux furent chassés par les Turcs pendant la
guerre
Il retournait en Orient sur le Chaouïa en 1919, quand le bateau
heurta une mine dans le détroit de Messine, le 16 janvier. Il y eut près
de 800 victimes, dont un confrère AA et trois Oblates de l'Assomption.
(3) Le P. Etienne BOUBET (1865-1934) fut l'architecte et le décorateur
de nos établissements et ceux de nombreuses autres communautés.
Son chef-d'uvre est la basilique de Saint-Pierre-en-Gallicante, consacrée
en 1931, restaurée à la veille de l'an 2000 grâce au zèle
du P. Robert FORTIN, AA.