1921

La fête des Alumnats

En 1871, le P. d'Alzon " inventa, en Savoie, l'œuvre féconde des alumnats, de gentilles écoles monastiques ouvertes aux vocations peu fortunées, avec liberté pour elles de choisir leur voie à la fin de leurs études secondaires ". (P. Gervais QUENARD)

Le 31 août, on célèbre à Zepperen (Belgique),
le 50e anniversaire des alumnats

Les conditions actuelles de l'alumnat permettaient de donner à la fête une solennité et une ampleur exceptionnelles. Du fait de la guerre, les alumnats de Bure, Taintignies, le Bizet ont disparu. Dans le Nord, Zepperen demeure le seul représentant de l'Œuvre. Quelle idée plus naturelle que de réunir en cette maison, non seulement les anciens de Zepperen, mais encore ceux des alumnats disparus ! On prépare la fête par une neuvaine d'action de grâces du 21 au 30 août...

... Notre modeste chapelle put contenir les 170 enfants des alumnats qui d'un seul cœur chantèrent avec reconnaissance la messe d'action de grâces.

Elle était l'essentielle raison de notre fête. Elle fut chanté par M. l'abbé Arthur Misson, ancien alumniste, docteur en sciences sociales et politiques. La schola de notre maison d'études de Louvain exécuta les chants. Nos traditions de solennités liturgiques et de mélodies grégoriennes furent à l'honneur. Après l'Evangile, le R. P. Edouard Bachelier (1), premier prêtre sorti des alumnats, et supérieur aux alumnats de Clairmarais et de Taintignies pendant trente ans, qui avait bien voulu répondre à notre invitation, fit ressortir le sens et les leçons de ce cinquantenaire. Ce fut véritablement un chant d'action de grâces, un chant en l'honneur de la divine Providence qui a bien voulu bénir et féconder les efforts des fondateurs de l'Œuvre.

L'orateur retraça en traits accentués les phases du développement de l'Œuvre ; les motifs qui déterminèrent le P. d'Alzon à fonder les alumnats. Il rappela le souvenir du vénéré P. Pierre Descamps (1), qui, premier directeur, était à la fois professeur, quêteur, cuisinier, organisateur de l'Œuvre naissante. Nombreuses furent les bénédictions dont l'Œuvre fut comblée. Les Souverains Pontifes l'encouragèrent par des faveurs multiples...

... Au nombre des bénédictions, le Père plaça celle de la pauvreté. " Ceux qui parmi nous ont assisté à une fondation d'alumnat savent ce qu'on entend par les temps héroïques. Aux Châteaux (2), la vie était dure ; les estomacs excités par le grand air de la montagne, devaient se contenter le soir de châtaignes cuites à l'eau. A l'Espérou (2), où une paillasse posée sur le plancher d'un grenier était le lieu de repos, le pain apporté du Vigan tous les quinze jours avait eu le temps d'être bien rassis... Cette vie pauvre et austère n'a pas affaibli les caractères. Ce fut sans doute une épreuve, mais c'était une bénédiction. "

L'enfer s'émut du développement héroïque de l'Œuvre. La persécution sévit, et les alumnats, à peine sortis de leur pénible commencement, durent s'exiler. La Belgique hospitalière en abrita plusieurs, elle fit plus, elle donna à Notre-Dame des Vocations de nombreux enfants.

Autre bénédiction : le succès. " Disons-le sans orgueil et à la gloire de Dieu, l'Œuvre a réussi. Combien exactement y-a-t'il de prêtres ? Ce n'est pas témérité de prétendre pouvoir présenter en ce cinquantenaire une gerbe de 14 à 1500 prêtres défunts ou vivants. Et où sont-ils ? Au ciel, très certainement. Puis parcourez le monde, la France d'abord, puis la Belgique, la Hollande, l'Angleterre, l'Espagne, l'Italie, la Suisse, l'Allemagne, la Russie, le Tonkin, les deux Amériques, la Turquie, partout, malgré sa faiblesse, l'Œuvre de Notre-Dame des Vocations retrouve ses enfants. Elle les retrouve à tous les postes de l'apostolat, depuis l'humble missionnaire jusqu'au délégué apostolique ; dans les modestes paroisses de nos campagnes jusque sur le siège archiépiscopal ; auprès des enfants jusque dans les doctes chaires des hautes études, et tous demeurent fidèles à l'Œuvre qui les conduit à Dieu. Vous me demandez peut-être le secret de ce succès ? Sans hésiter je réponds : la fidélité à l'esprit du P. d'Alzon. " Allez, soyez hardis, francs, généreux, désintéressés ; sachez combattre pour l'Eglise et le Pape, et mourir s'il le faut ", disait le fondateur. Cet esprit, caractérisé d'un seul mot " esprit surnaturel " voilà le vrai secret de cette fécondité et de ce succès ; il veut dire : sainte hardiesse dans les œuvres, franchise dans les rapports, amour et culte de la vérité, générosité dans le don de soi, désintéressement dans le bien accompli. Toutes nos œuvres sont des œuvres de charité, et vivent de la charité. Vous-mêmes, enfants des alumnats, vous pouvez affirmer la largeur de vue de l'Assomption, son désintéressement dans l'œuvre de formation des vocations sacerdotales et religieuses. Ses fils, on les retrouve en nombre dans le clergé paroissial, dans tous les Ordres religieux. "

L'orateur termina en rendant hommage à la fidélité de tous. Elle est un hymne au fondateur à la louange duquel il cita ces mots de saint Augustin : Qualis rector civitatis, tales et inhabitantes in ea.

L'Assomption n°245 - Décembre 1921

(1) Le P. Edouard BACHELIER (1857-1929) et le P. Pierre DESCAMPS (1848-1815) furent de remarquables directeurs des premiers alumnats, institutions inspirées des anciennes écoles monastiques, bientôt imitées par d'autres Ordres religieux.
(2) N.D. des Châteaux : 1er alumnat fondé par le P. d'Alzon, près de Beaufort (Savoie)
L'Espérou : petit alumnat dans la montagne, près du Vigan (Gard)

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