Les provinces sont organisées, selon le désir du Saint-Siège. Le Père Gervais exhorte au don de soi dans l'apostolat. Puis il parle des épreuves en Orient.
Le décret du 25 mars 1923, par lequel le Saint-Siège divisait la Congrégation en quatre Provinces, demandait qu'elles fussent organisées dans le délai d'un an. Ainsi fut fait. Dieu nous y a aidés et tout le monde y a mis une grande bonne volonté. Les Provinces vivent, et elles promettent un avenir satisfaisant...
... Je me suis fait un devoir de signaler à la Sacrée Congrégation les bonnes dispositions avec lesquelles tous les religieux ont accueilli les décisions du Saint-Siège, dont un simple désir a toujours suffi pour tracer notre règle de conduite. J'ai affirmé que partout régnait chez nous la volonté de mener une vraie vie religieuse, ainsi qu'un profond attachement à la Congrégation et à ses uvres...
... Notre tâche à tous est d'ailleurs si simple et si belle, que si nous ne la remplissions pas avec conscience et générosité, Dieu et les hommes nous en tiendraient rigueur. En un temps où tout le monde gémit sur le présent rigoureux et sur l'avenir incertain, le religieux reste sans inquiétude, sûr de trouver toujours un toit convenable, une subsistance suffisante, et, pour lui-même, une tranquillité absolue. Il jouit visiblement du centuple promis, dès ici-bas, à celui qui a tout quitté pour Jésus-Christ. Mais, s'il veut en jouir pleinement, il doit aller plus loin et se quitter lui-même : Adhuc autem et seipsum, pour se donner à Dieu et au prochain
Notre Mission d'Orient continue à être durement éprouvée... En Turquie, par suite d'une diplomatie pitoyable, les chrétiens indigènes, qui comptaient plusieurs millions, ont totalement disparu, sauf à Constantinople et en quelques rares endroits. On connaît d'autre part le sort de la Russie... Les grandes forteresses du schisme, Constantinople et la Russie, se sont écroulées en écrasant sous leurs ruines un grand nombre de leurs pauvres fidèles...
... Il faut préparer de nombreux ouvriers. Partout il faudrait des apôtres et des saints...
G.
QUENARD
(Rome, le 25 mars 1924) - Circulaire 6
Dix-sept trains venus de tous les points cardinaux de la France - Nord, Est, Ouest, Midi - ont amené devant la Grotte de Lourdes plus de 20 000 pèlerins, parmi lesquels 850 malades hospitalisés et plus de 400 non hospitalisés. Avant le départ, 49 malades hospitalisés étaient morts, deux sont morts à Lourdes même, un au retour dans le train blanc. Ces décès prouvent la gravité des malades acceptés par le Conseil de Notre-Dame de Salut.
Cinq guérisons merveilleuses et naturellement inexplicables ont été enregistrées et affichées par l'imposant aréopage médical d'une cinquantaine de praticiens que présidait le Dr Marchand, chef du " Bureau des Constatations... "
Les 20 000 pèlerins conduits par les trains de Notre-Dame de Salut ne constituent pas tout le pèlerinage. Beaucoup de fidèles avaient préféré s'y joindre par les trains ordinaires ou en automobile, de sorte qu'il faudrait grossir le chiffre de 20 000 environ d'un tiers pour avoir le nombre approximatif des pèlerins.
Tous - ceux des trains ordinaires comme ceux des trains spéciaux - étaient de vrais pèlerins, pieux, disciplinés, de vrais dévots de la Vierge de Lourdes, qui tenaient à faire leur pèlerinage sous l'égide de Notre-Dame de Salut.
Les anges de la charité dans la personne des Petites Surs de l'Assomption ont accompagné les malades et se sont mis à leur service, soit en route, soit à Lourdes, avec un dévouement inlassable. Elles étaient une cinquantaine sous la direction de la Mère Louise-Thérèse, assistante générale. La Mère Etienne régentait, avec une compétence acquise par un demi-siècle d'exercice, le fameux fourgon du train blanc où on trouve tout ce qu'on désire, sauf le repos et la tranquillité pour les surs qui l'administrent et sont au service de tous. Une dizaine d'Oblates de l'Assomption, dont deux malades, faisaient également partie de ce pèlerinage.
Lourdes peut se définir la mobilisation de tous les dévouements, et ce n'est pas le spectacle le moins admirable. Quelle splendeur de charité ! Une armée de brancardiers et d'infirmières y rivalisent de zèle et sont toujours sur la brèche. Pour avoir une idée du travail et des fatigues qu'ils s'imposent, il n'y a qu'à noter le nombre des bains donnés dans les piscines : du côté des femmes, entre 1 500 et 1 600 par jour ; du côté des hommes, entre 600 et 700. Beaucoup de ces malades sont incapables de tout mouvement, doivent être portés, remués avec d'infinies précautions, déshabillés, habillés, pansés.
Vraiment, ce n'est pas à Lourdes que le paralytique de la piscine probatique pourrait dire : " Non habeo hominem. Je n'ai personne pour me descendre dans l'eau. "...
Aux agapes du dernier jour, le cardinal Touchet, évêque d'Orléans, porta un toast à l'évêque de Lourdes , Mgr Schoepfer, aux évêques présents, aux organisateurs...
Vint le tour des Assomptionnistes.
Le cardinal proclama que le spectacle du Pèlerinage National était
unique dans les fastes de l'Église, qu'on n'avait jamais rien vu de semblable
dans la suite des siècles, et que cela était dû à
l'esprit de foi, au zèle audacieux, au dévouement surnaturel,
à l'organisation des Assomptionnistes. Tout ce mouvement des pèlerinages,
ils l'ont créé pour répondre au désir de Marie et,
grâce à eux, Lourdes est devenu un coin de terre où on ne
pense plus qu'au ciel. Non seulement les esprits et les curs, mais les
collines, les rochers, les arbres, les cours d'eau chantent Jésus et
Marie, n'ont de voix que pour les invoquer et les exalter. On s'y oublie soi-même
pour ne penser qu'à Dieu et au prochain. Plus de respect humain. L'âme
se dilate dans le surnaturel qui coule à pleins bords, et ce torrent
de grâces entraîne les plus endurcis. Que de conversions opérées
à Lourdes ! Et tout cela est dû, après Dieu, aux Pères
de l'Assomption.
Leur foi a toutes les audaces. Ils ont décidé que tous les ans, pendant l'octave de l'Assomption, ils amèneront, avec des foules immenses, des centaines de malades pour sommer Marie de faire des prodiges, et tous les ans Marie leur obéit. A-t-on jamais vu pareille chose dans l'histoire de l'Église ?
Ainsi parla la cardinal, aux applaudissements nourris de son nombreux auditoire et à la confusion des quelques Assomptionnistes qui l'entendaient.
L'Assomption N° 280 - Novembre 1924