Son but la différencie des autres mouvements de jeunesse
La J. O. C. n'a pas pour but de faire quelques chrétiens de plus, de sauver la foi et la moralité de quelques jeunes ouvriers et de quelques jeunes ouvrières. Cette uvre de préservation individuelle est excellente. Mais si la J. O. C. en restait là, elle ferait double emploi avec des organisations antérieures, elle renierait l'objectif de son fondateur.
La société ouvrière, la mentalité ouvrière ne sont plus chrétiennes. Christianiser à nouveau la classe ouvrière et transformer son état d'esprit, voilà la raison d'être de la J. O. C., sa glorieuse et sainte mission, non plus individuelle, mais sociale, non plus simplement défensive, mais conquérante. Mission extraordinairement difficile, que les catholiques de façade déclarent irréalisable. Elle doit pourtant aboutir, et elle aboutira, parce qu'elle est voulue de Dieu.
Le divin Maître veut le salut des jeunes ouvriers comme celui des autres membres de la société. Or, l'expérience le prouve : quels que soient le milieu familial, l'éducation première reçue, l'école fréquentée, 95 pour 100 des enfants abandonnent la pratique religieuse quelques mois après leur entrée à l'usine. Dans une ville industrielle du Nord, exceptionnellement favorisée au point de vue chrétien, célèbre par le nombre de ses vocations sacerdotales et religieuses, nous voyons, dans la même famille, les enfants devenus ouvriers quitter le chemin de l'église et parfois passer au communisme, pendant que leurs frères et soeurs consacrés à Dieu dépensent dans l'apostolat missionnaire le zèle le plus généreux.
C'est le milieu de travail où vivent les ouvriers qui est responsable de leur apostasie, c'est ce milieu qu'il faut changer, christianiser. Car il serait absurde d'imaginer qu'il soit possible de les éloigner de ce milieu. C'est dans ce milieu usinier que nécessairement ils doivent vivre, que providentiellement ils doivent se sanctifier, se sauver, s'épanouir.
" ... Voyons leur vie du matin au soir, écrit M. l'abbé Guérin (2). Ils vivent dans leur famille ouvrière, ils montent dans leur train ouvrier ; dans la rue, dans leur cité, dans leur travail, ils sont toujours en pleine société ouvrière. Comprend-on à quel point leur société ouvrière, leur milieu de travail agit, fait pression sur eux ? N'est-il pas fatal qu'ils prennent l'esprit, la mentalité ? C'est une contrainte qui les investit de toutes parts... "
Il faut donc que la J. O. C. s'organise en vue d'agir en plein milieu de travail. Il faut qu'elle arrive à changer la manière dont les ouvriers pensent et agissent, les jugements qu'ils portent, leur façon de considérer leur travail, de dépenser leur argent, de traiter leurs enfants. A la solidarité qui les porte à subir des traditions démoralisantes, païennes, il faut substituer une autre solidarité, une nouvelle société ouvrière, la J. O. C., avec son idéal tel que " ouvrier " égale pour eux " grandeur, pureté, labeur, honneur, noblesse ".
C'est toute une révolution à faire, une rénovation, une
restauration de l'Evangile.
Mais quel catholique animé de l'esprit de foi, devant ce programme nécessaire,
ne crierait à l'impossible ?...
Mais les Jocistes doivent avoir autant de sagesse que d'audace, de méthode
dans l'apostolat que de cran. Et M. l'abbé Guérin ne leur a pas
ménagé les conseils de vie intérieure, de discipline, d'esprit
de sacrifice, d'humilité, de charité patiente, qui doivent accompagner
leur action pour être bénie de Dieu.
" Sans la grâce divine, rien de durable. " Par leur piété vécue, leur franche intimité, leur désintéressement, leur gaieté de bon aloi, l'enthousiasme communicatif de leur jeunesse, les militants de la J. O. C. sèment autour d'eux la confiance. Ils auront - et ils le savent - à souffrir, mais le bon Maître ne leur fera jamais défaut. Ils referont chrétiens leurs camarades de travail. En présence de l'autel, nouveaux croisés, ils l'ont juré : ils ramèneront au Christ et à l'Eglise leurs frères.
P.
Léon MERKLEN
Editorial du 15 septembre
(1) Le P. Léon MERKLEN (1875-1949) était rédacteur
en chef de " La Croix " depuis le 15 décembre 1927. Il a succédé
au P. BERTOYE (" Franc "), en fonction depuis 1901.
(2) En 1927, l'abbé GUERIN, vicaire à Clichy, introduit en France
la J.O.C., fondée en Belgique en 1925 par l'abbé CARDIJN.