Voici les nouvelles de Montmirail et de 33 autres paroisses : c'est une Mission, comme le Congo ou le Mandchoukouo, mais à 100 kilomètres seulement de Paris. Voici l'origine de cette Mission.
En 1929, on cherchait une maison pour nos étudiants candidats aux études universitaires. On pensa à un ancien couvent, sis à Montmirail, où Mgr Tissier, ami de l'Assomption, nous accueillerait volontiers, avec la paroisse en prime... Finalement, les étudiants allèrent à Layrac (près d'Agen). On garda la paroisse, et bientôt on en reçut d'autres à la mort de leur curé. En 1936, nous avions tout le doyenné...
Puis la contagion s'étendit aux diocèses voisins : les AA belges prirent Viels-Maisons et dix autres paroisses (diocèse de Soissons)... En 1937, le diocèse de Meaux nous confie Verdelot (avec son sanctuaire à N. D. de Pitié) et leurs autres paroisses voisines. En tout, nous avons en 1938, 34 paroisses dans ce vaste secteur aux confins de trois diocèses... très peu de fidèles pratiquants sauf à Montmirail, des églises à l'abandon, qu'il fallut nettoyer et restaurer...
Le P. Paulien VASSEL, curé de Verdelot écrit :
Dans nos paroisses de campagne, c'est le désert spirituel. Quelques enfants à la messe du dimanche, quelques femmes, souvent pas un seul homme, une douzaine de personnes en tout, comme à Montdauphin qui a 238 habitants.
- Monsieur le curé, nous sommes catholiques, nous aimons notre église, vous aurez du monde le jour des Rameaux et le 11 novembre, mais nous ne sommes pas pratiquants.
Voilà ce que m'ont dit plusieurs maires, d'ailleurs aimables, mais qu'on ne voit jamais au confessionnal où à la Table sainte. Les mamans nous disent :
- J'ai tout fait : j'ai fait baptiser mes enfants, ils ont communié et renouvelé, ils sont confirmés. Je n'ai rien à me reprocher.
Après la communion, et souvent avant, c'est le travail du dimanche jusqu'à 1 heure de l'après-midi, donc impossibilité de venir à la messe. Au matin de Noël dernier, j'ai croisé mes bons paroissiens de Bergères qui allaient porter du fumier dans leurs champs. Le léger bagage religieux, péniblement acquis pendant les deux ans de catéchisme, avec de nombreuses absences, est vite perdu, et pour toujours. L'autre jour, un grand-père de 90 ans passés me disait qu'il avait fait sa première - et dernière - communion en 1860.
- Je vous appellerai quand j'aurai besoin de vous, Monsieur le curé.
Il n'a pas eu le temps de me faire appeler.
D'autres qui ont refusé de communier à Pâques sont partis,
comme lui, subitement et on leur a fait un bel enterrement de 2e classe. Il
n'y a pas de méchanceté chez ces gens, mais de l'ignorance et
du respect humain, chose inconnue des bons Canadiens ou des Irlandais.
- Si je communiais, les femmes du pays croiraient que je suis devenue folle.
Voilà ce que disait une femme à la religieuse qui la pressait de communier pour le Jubilé marial. Les Religieuses Augustines de Meaux ont une petite communauté à Verdelot, où elles s'occupent de la sacristie, des malades, d'un petit patronage de jeunes filles avec un ouvroir, et même des J.A.C.F.
Dans toutes les paroisses, c'est par les uvres de jeunesse que nous travaillons à rechristianiser le pays. Le P. Blaise a commencé un groupe de J.O.C., le P. Prosper a les Croisés, le P. Sauveur a une patrouille de Scouts. Chacun fait des efforts selon son caractère et celui de ses paroissiens. Ce sont des débuts, les résultats sont minimes encore, mais nous semons.
Les conversions d'adultes sont rares, mais combien est heureux celui qui en
a une de temps en temps dans une de ses paroisses. Les Pères constatent
depuis leur arrivée un changement dans l'attitude des gens. Il n'y a
pas d'hostilité, c'est encore l'indifférence, mais avec une nuance
de sympathie ; on est bien reçu partout ou à peu près partout.
Nos gens ont la religion du travail qui n'est pas très éloignée
de la vraie religion.
- Le travail de 4 heures du matin à 9 heures du soir, Monsieur le Curé,
maintient les bonnes murs, l'honnêteté et la vie de famille.
Les Pères de Viels-Maisons qui ont un district particulièrement
ingrat voient la froideur disparaître peu à peu.
Verdelot est dans le diocèse de Meaux. Les paroisses voisines sont à
notre disposition quand nous aurons du monde pour les prendre. En attendant,
Mgr Evrard nous a confié le sanctuaire de Notre-Dame de Pitié
avec son grand pèlerinage du troisième dimanche de septembre.
La fête sera présidée cette année par Monseigneur lui-même, assisté du R. P. Rémi Kokel qui chantera la messe et prêchera aux Vêpres. J'attends les Pères de Montmirail et de Viels-Maisons avec des foules venant de leurs paroisses. La bonne entente et l'entr'aide entre les différents groupes font l'intérêt de la mission de Montmirail et autres lieux. A partir du mois d'octobre prochain, les retraites mensuelles en commun, soit à Viels-Maisons où il a plus de place, soit à Montmirail plus central, serviront à entretenir la ferveur et à maintenir l'union fraternelle.
Paulien
VASSEL
Lettre à la Dispersion, 10 octobre 1938