En avril 1937, à Bergerville, notre noviciat du Québec, on
fêtait le 20e anniversaire de l'arrivée des Assomptionnistes au
Canada. Célébration solennelle présidée par le P.
Général (P. Gervais) en présence du Cardinal Villeneuve
et de nombreux invités de marque. Au salut du Saint-Sacrement, Dom JAMET,
Bénédictin de Solesmes, prononça un magnifique discours
qui commentait notre devise, dressait un tableau des activités du fondateur
et de ses fils, présentant un aperçu frappant de notre esprit
et du rôle de l'Assomption dans le monde" (L. Disp. 701)
De ce très beau et... très long discours, nous citons un passage
où l'on trouve une expression nette de notre fameuse trilogie : "
esprit doctrinal, social, oecuménique ".
A la date où d'Alzon prononçait entre les mains de Notre-Dame ses vux (1843, à ND des Victoires), la fraternité qu'il engageait dans ses serments n'était encore qu'un projet. Mais six mois plus tard, à Nîmes, dans la nuit de Noël, elle prenait naissance dans ce collège de l'Assomption qu'il venait de relever et véritablement de fonder. La charte de vie qu'il présentait à ses premiers collaborateurs débutait par cette déclaration : " Notre petite association se propose de se sanctifier, en étendant le règne de Jésus-Christ dans les âmes. " Formule bien générale, mais qui se précisait aussitôt. L'enseignement dans les collèges, la préparation et la publication de manuels scolaires, l'activité charitable et sociale, la prédication des retraites, les missions étrangères pour la destruction du schisme et de l'hérésie, tels seraient les cinq points de l'apostolat par lequel la nouvelle Société apporterait sa contribution à l'uvre de l'avènement et de l'expansion du royaume du Christ.
Cinq ans se passent. A travers les flottements indispensables des débuts, le petit groupe de Noël 1845 a réussi à se fixer. Il a adopté une règle, celle de saint Augustin, un nom, celui de l'Assomption, qui deviendra, en 1862, les Augustins de l'Assomption. Le temps marche toujours. Le beau programme du premier jour ne change pas ; seulement ses grandes lignes s'affermissent. C'est maintenant d'une restauration doctrinale, par le retour à saint Augustin et à saint Thomas ; sociale, par l'illumination des âmes et le combat contre les sectes et la révolution ; catholique, par les missions dans les pays schismatiques et le rassemblement de la chrétienté dans l'unité de l'Eglise romaine qu'il s'agit. Et c'était le testament spirituel qu'en 1878, deux ans avant sa mort, le P. d'Alzon laissait à son successeur. Un testament et un héritage. Car voici le panorama de réalisation qui, à la même époque, se déroulait sous les yeux du vieillard, qu'on appelait déjà le patriarche : la Congrégation en pleine vie et activité des Augustins de l'Assomption ; un collège devenu célèbre et des alumnats - une innovation ou plutôt une rénovation, où l'éducateur consommé qu'était d'Alzon préconisait et appliquait des méthodes de formation de la jeunesse, que des protestants et des positivistes ont inventées depuis sous le nom d'école active ; - des Congrégations de femmes, comme ces Dames de l'Assomption, dont il est vrai, il n'a pas eu la première idée, mais dont plus que tout autre il est néanmoins le fondateur ; les Oblates de l'Assomption, et surtout ces admirables Petites-Soeurs de l'Assomption, héroïques infirmières et servantes des pauvres à domicile, ses petites-filles seulement, puisqu'elles sont les filles d'un de ses premiers disciples, le P. Pernet, mais qu'il n'a cessé d'entourer de sa vigilante affection ; un orphelinat ; des ralliements de foules sur les chemins des grands pèlerinages de la chrétienté ; une entreprise de publications de propagande, groupées sous le nom de Bonne Presse, dont sortira plus tard La Croix et son action gigantesque ; enfin, des missions étrangères en Australie, et surtout ces missions slaves et levantines qui ont accompli une uvre française et catholique, intellectuelle et charitable, civilisatrice au sens complet du mot, en Bulgarie, aux bords du Bosphore et dans le Proche Orient. En 1880, année de sa mort, le P. d'Alzon pouvait voir tout son programme apostolique - celui qu'il avait défini trente-cinq ans plus tôt - en voie d'exécution : ces trois restaurations de l'intelligence chrétienne, de la société chrétienne, de l'unité chrétienne, qui étaient, avait-il dit, les trois grands moyens que les Assomptionnistes devraient toujours se proposer pour réaliser leur devise : Adveniat regnum tuum...
J'en ai dit assez pour donner l'idée que le fondateur de l'Assomption a vécu et qu'il est mort dans l'unité magnifique de cette prière...
Dom
JAMET, O.S.B.
Lettre à la Dispersion , n° 703 du 6 juin 1937
Dom Albert JAMET, moine de Solesmes (1883-1948). Il se trouvait à Québec pour préparer l'édition des écrits de la grande mystique ursuline Marie de l'Incarnation.
Editorial du 25 juillet 1937 à propos du Congrès de la J. O. C.
Depuis deux jours, 70 000 jeunes ouvriers chrétiens tiennent à Paris un Congrès dont le seul mot qu'on puisse dire est qu'il est triomphal...
... Car la J. O. C. n'a que dix ans. Le Congrès fête cette première étape. Dix ans en arrière. Et c'est la réunion autour d'un petit vicaire de Clichy la rouge, l'abbé Guérin, de quelques jeunes ouvriers.
Dix ans... Et les 70 000 congressistes de Paris représentent l'énorme foule de la jeunesse ouvrière qui a groupé par la France, dans ses 1 500 sections et ses 90 Fédérations, la J. O. C. d'aujourd'hui...
... Répétons-le..., c'est plus qu'un espoir. C'est l'assurance pour nos curs timides que l'uvre de Dieu gagne, que le monde ouvrier est travaillé de l'intérieur par la toute-puissance de la grâce et que la France n'a pas perdu son âme. Nous devons à Dieu de fiers mercis pour toutes les consolations dont il nous comble depuis quelques semaines.
Je ne voudrais pas me répéter. Et pourtant !... Hier, c'était le glorieux triomphe de la Fédération gymnique et sportive de nos patronages ; c'étaient les solennelles journées de Lisieux ; les 300 000 pèlerins acclamant le Christ, notre Saint-Père le Pape et son légat ; tous nos postes de radiodiffusion retransmettant la voix du Pape. C'étaient les honneurs souverains rendus au légat au nom du gouvernement de la République. Hier, c'était le Parlement tout entier applaudissant la voix catholique de M. Le Cour Grandmaison... Et, comme le disait la Croix, on croit rêver quand on songe que les hommes qui ont décidé ces honneurs sont les fils de ceux qui, il y a un peu plus de trente ans, dissolvaient les associations religieuses, fermaient les écoles congréganistes, séparaient l'Eglise de l'Etat...
... Quelle misérable figure font alors ceux-là qui, le jour même et à l'instant où la voix du Pape nous parvenait par le mystère des ondes, profitaient de leur réunion à l'autre bout de la France, au Congrès socialiste de Marseille, pour " bouffer du curé ". Levant leur petit poing et leur crâne tondu, ils ramenaient, devant une salle essoufflée, du fond de leur âme qui n'a rien appris, toutes les vieilles lunes anticléricales...
P. Roger GUICHARDAN
*Le P. GUICHARDAN (1906-1985) fut rédacteur en chef du Pèlerin de 1935 à 1973.