Depuis 1931, la Mandchourie sous occupation japonaise s'appelle Mandchoukuo.
En 1935, les Missions Etrangères nous demandent de prendre en charge
le Grand Séminaire Régional - pour les huit diocèses du
pays - en plus d'un territoire de mission... Les premiers AA arrivent en 1936.
Il faut d'abord apprendre la langue... et obtenir l'autorisation de bâtir...
Voici deux extraits de lettres du P. Flavien SENAUX (1882-1967), supérieur
de la communauté .
Nous voilà donc un peu plus dispersés : les PP Cyrille et Livier à Moukden, à quelque 300 kilomètres de Hsin-King ; les six autres Pères à Kirin, à 120 kilomètres de la capitale, et moi ici, qui vais les visiter aussi souvent que je peux. Outre nos occupations ordinaires, nous sommes fort absorbés par l'étude de la langue et des murs chinoises, car il faut penser à la Mission qui va nous échoir, vers laquelle nous tournons nos regards, vers Harbin, à 250 kilomètres au nord de Hsin-King ; on nous y attend avec trop d'impatience à notre gré, car nous ne serons jamais trop prêts.
Nous sortons à peine des grands froids. Cela nous paraît ainsi au moins, car nous n'avons plus, le matin, que -18° ou -20°, après avoir eu, en janvier, -32°, -35°. A Harbin, plus au Nord, on a enregistré -42°. Ce qui est vraiment édifiant, par ces froids si intenses, c'est de voir les chrétiens assidus chaque matin et chaque soir, et surtout le dimanche, aux longs offices et aux longues prières dans nos églises non chauffées. C'est méritoire, je vous assure. (24 février 1938)
J'ai enfin le plaisir de vous annoncer que, depuis le 10 mai, nous avons l'autorisation de construire le Grand Séminaire de Mandchourie. On travaillait depuis trois ans à l'obtenir ; cette année surtout, les démarches auprès des autorités ont été presque quotidiennes par moments. Il faut dire, comme explication, que l'empire du Mandchoukuo est en pleine organisation. Un statut des religions s'élabore, qui fixera les droits, les privilèges et les charges de chacune. Il faut que l'Eglise catholique soit assez bien considérée ici, pour que, après mûre réflexion, la création du Grand Séminaire à Hsin-King ait été acceptée par le gouvernement, avant même la promulgation de ce statut ; tout le monde n'est pas aussi avantagé...
... Nous sommes en Mission, notre Grand Séminaire sera fort beau quand même, sans avoir les imposantes dimensions de ceux de nos diocèses de France. Il recevra les futurs philosophes et théologiens que lui enverront tous les vicariats et préfectures apostoliques de Mandchourie.
Nous formons le souhait que cet établissement soit vite trop petit, mais nous sommes présentement tout à la joie de voir la grande maison assomptionniste surgir du sol, et profondément touchés du grand honneur que nous fait le Saint-Siège en confiant à la Congrégation la formation du clergé indigène de Mandchourie.
Les travaux vont être poussés très activement toute cette année, et après l'hiver prochain nous verrons dans quelles conditions et quand nous pourrons recevoir les philosophes actuels de Moukden et de Kirin, avec leurs professeurs, nos Pères, qui les ont déjà bien en main, et les nouveaux philosophes, pour leurs cours réguliers de six ans.
Bien lancer le Séminaire, voilà pour le moment notre grand souci. Cela veut dire, surtout, pour tous : nécessité de bien apprendre le chinois : c'est indispensable et pour les professeurs et pour les titulaires des futurs postes de Mission. On y met toute son ardeur. Mais la langue est si fertile en subtilités de toutes sortes : expressions, inflexions, sons, tons, qu'il faut à tout prix faire de la pratique. Toutefois le contact habituel avec des groupes de chrétiens et de païens n'est pas toujours facile dans notre situation présente, et nous cherchons toutes les occasions. Nous avons, tous sans exception, commencé à entendre les confessions en chinois, et les Pères surtout qui ne sont pas retenus par le professorat se lancent volontiers dans un ministère plus compliqué. Outre le P. Austal, devenu vicaire émérite à la paroisse de Kirin, les PP Sylvère et Grégoire ont déjà fait, eux -mêmes pour les fêtes, leur apparition dans les jolis postes de Tcha lou beu, de Sin K'aé bo, de Au la K'aé, où on les attendait pour les offices, les confessions et les baptêmes etc. Très consolants et très encourageants pour le missionnaire que ces débuts ! Aussi sommes-nous tous pleins d'entrain, pleins d'ardeur et... en bonne santé... (15 juin 1938)
... La suite est racontée dans la monographie du P. Justin MUNSCH...
Les années de misère, de famine, de gel... Enfin, à la
défaite du Japon (1945), l'invasion de l'armée communiste et des
Russes...
Le séminaire aura vécu 5 ans et formé une trentaine de
prêtres.
P.
Flavien Senaux
Lettre à la Dispersion, n° 757 - 16 juillet 1938
Le Père Henri PIÉRARD, (1893-1975) missionnaire au Congo depuis la fondation en 1929, est nommé vicaire apostolique de Béni. Il est consacré à Mulo le 11 novembre 1938.
Ce grand événement se produit le 21 novembre, là-bas, dans les régions équatoriales, au milieu des nègres du Congo belge : c'est la consécration épiscopale de Mgr Henri Piérard, vicaire apostolique de Béni. La Sainte Vierge y préside en cette fête de sa Présentation au Temple. Le Père d'Alzon, en ce jour, 58e anniversaire de sa mort - ou plutôt de son entrée dans la cité bienheureuse où Marie voulut le présenter elle-même, - voit un de ses fils sacré évêque et chargé d'instruire et de régir tout un peuple longtemps assis à l'ombre de la mort et ouvrant enfin les yeux à la lumière de la foi. Notre jeune mission du Congo reçoit ainsi sa consécration définitive en la personne du P. Henri Piérard, premier vicaire apostolique du vicariat de Béni, nouvellement créé par le Pape et confié à l'Assomption.
Ordonné prêtre à Louvain le 26 juillet 1925 - et circonstance curieuse, par Mgr Lagae, vicaire apostolique de l'Ouéllé oriental au Congo belge, celui-là même qui devait être treize ans plus tard, le 21 novembre 1938, un de ses trois évêques consécrateurs à Mulo, - le Père Henri Piérard fut de la première équipe qui partit pour le Congo en 1929. Il s'embarqua à Marseille pour sa nouvelle destination, le 12 septembre 1929, avec cinq compagnons, et ils arrivèrent tous ensemble à Béni, le 14 octobre suivant.
Quel beau chemin parcouru en peu de temps et quelles magnifiques conquêtes apostoliques ! Les conversions se multiplient comme un souffle impétueux de Pentecôte. Si bien, que neuf ans après l'arrivée de nos religieux à Béni, le Saint-Père a érigé toute cette vaste contrée - grande comme presque deux fois la Belgique - en vicariat apostolique et a choisi le P. Henri Piérard pour le gouverner. Il a pour le seconder, 22 Pères, 4 Frères et 9 Oblates de l'Assomption. Evidemment, c'est loin de suffire pour atteindre une population de 350 000 âmes disséminées sur une étendue immense.
Mais les ouvriers apostoliques se multiplieront. Si peu nombreux qu'ils soient, ils ont cependant baptisé déjà 21 000 catholiques et préparé 65 000 catéchumènes à la régénération par l'eau et par l'Esprit.
Le sacre de Mgr Piérard donnera un élan nouveau à ce mouvement de conversion.
Lettre à la dispersion n° 771 , 15 novembre 1938
Au Père Ernest Baudouy Béni, le 19 janvier 1940
... Merci de tout cur pour vos vux de fécond apostolat. Hélas ! La guerre n'amènera-t-elle pas la ruine des Missions ? Tout en misant éperdument sur la divine Providence qui a permis des conversions massives - nous dépassons à l'heure actuelle les 40 000 chrétiens, alors que nous débutions en 1929 avec un peu plus de 2 000, - cela n'empêche que l'avenir fait peur. Il nous faudrait une main-d'uvre de plus en plus abondante et des secours matériels toujours plus généreux ; mais l'Europe en folie pourra-t-elle désormais assurer renforts et aumônes ?
Comme on voit que Rome avait raison de pousser vigoureusement la question " clergé indigène ", et combien Pie XII a fait preuve et d'audace surnaturelle et de clairvoyance en sacrant le premier évêque noir, qui sera un de nos proches voisins et avec lequel je fis connaissance en février dernier.
Le clergé indigène, voilà le salut pour les Missions. Heureux ceux qui possèdent Petit et Grand Séminaires, Congrégations indigènes de Frères et de Surs : l'Église est bien plantée chez eux !
Nous étions trop fascinés par la courbe ascendante des conversions, ce qui a retardé l'érection d'un Petit Séminaire et la fondation de Congrégation indigène ; il faudra s'y mettre si 1940 accroît le chiffre de notre personnel...
Au Père Hilaire Canouel Béni, le 20 décembre 1939
... Pauvre Europe ! Que va-t-il sortir de cette guerre ? Un missionnaire ne peut être qu'optimiste quand il pense que c'est après les années troublées de 1914-1918 que les Missions prirent ce développement providentiel et sans pareil que nous avons de nos yeux vu. Ce sera, sans doute, au tour de l'Europe d'être régénérée.
Nos noirs savent vaguement qu'on se bat en Europe et n'y comprennent pas grand chose, mais ils ont compris qu'ils doivent aider " leurs Pères " et ont consenti des diminutions de salaires. Nous avons toute une armée de salariés : instituteurs, catéchistes, maçons, menuisiers, scieurs de long, serviteurs, et nous ne pouvons nous passer de ce monde. La vieille Europe a présentement d'autres soucis que de nous aider ; mais la Providence ne nous abandonnera pas. Nous allons faire de plus en plus appel à nos noirs. Le denier du culte pour le vicariat, commencé cette année, a rapporté 5 000 francs. Nous tâcherons de le lancer, comme nous avons fait pour l'uvre de la propagation de la foi qui, cette année, totalisera plus de 30 000 francs.
Si nos noirs avaient de la fortune, je crois qu'ils seraient d'une générosité sans égale, et je pense à tel petit employé des mines qui gagne environ 100 francs par mois et qui me remit à Pâques une somme de 400 francs...
Henri
PIÉRARD
L. D. n° 815 , 19 janvier 1940