J'accepte volontiers de chanter cette messe d'action de grâces pour remercier Dieu des bénédictions dont il a comblé l'Assomption en ce quart de siècle...
S'il est une occasion de répéter : Non nobis Domine, sed nomini tuo da gloriam, c'est bien ici... Qui étais-je ? Qui suis-je ?... Et pourtant il y eut abondance de bénédictions... De petites légions se sont levées pour bâtir des maisons, multiplier les uvres, créer des provinces, organiser des conquêtes pour le divin Royaume, fonder des colonies au nom de " l'impérialisme " contenu dans l'Adveniat Regnum Tuum.
Assurément, ce ne fut pas l'uvre du petit Savoyard ou du pauvre missionnaire appelé du Danube on ne sait par quel hasard. Je me vois encore arrivant à Constantinople le 28 février 1923 pour y lire une lettre du cardinal Vannutelli m'ordonnant de prendre le gouvernail de la Congrégation. En repassant ce qui s'est fait depuis, il est facile de constater que, s'il y a toujours union de la cause première et de la cause seconde, ici c'est la première qui a tout fait... L'acte d'humilité est facile et il est la consolation des Supérieurs. Je fais pourtant appel à la cause seconde, mais alors c'est toute l'Assomption qui se trouve mise en cause, l'Assomption avec l'esprit qui l'anime, avec son idéal très simple mais incomparable, avec ses trois grands amours : Notre-Seigneur, la Sainte Vierge, l'Eglise..., l'Assomption où il fait si bon vivre et travailler, même quand on a la responsabilité d'être à sa tête.
Il n'y a qu'à faire signe, qu'à marcher le premier ou sur le flanc de la colonne... Et la troupe marche d'un pas alerte, prête à tous les chantiers.
J'ai été guide en Palestine et en faisant défiler la caravane, j'ai vu comment le chef des braves moukres n'avait qu'à laisser son monde et à lancer sans arrêt son incessante mélopée pour que tout aille bien le long du sentier, même aux passages difficiles...
Je n'eus besoin à mon poste de chef ni de science profonde, ni de vertu éclatante. Je tâche d'utiliser le bon sens rudimentaire que l'on cultive en Savoie et sur le Danube. Je me rappelle aussi les échos de l'Evangile perçus sur les sentiers de Palestine.
Tous ensemble, nous remercions Dieu, en unissant nos âmes pour les retremper dans la confiance et la ferveur.
G.
Quenard
Le 31 janvier 1948
Editorial du Pèlerin, le 20 juillet 1948
Nous fêterons, mardi 29 juin, saint Pierre et saint Paul. Ces deux colonnes de l'Eglise.
Ces deux Juifs choisis par le Seigneur : l'un, petit patron d'une pêcherie (saint Pierre) ; l'autre, pharisien, fils de pharisien et persécuteur.
Appelés, tous deux ont suivi et se sont donnés sans retour...
" Vous savez bien que je vous aime d'amour ", murmura un jour saint Pierre. " Celui qui n'aime pas Jésus-Christ, qu'il soit anathème ! " écrira saint Paul.
Tous deux verseront leur sang. Et l'on croit volontiers des témoins qui se font égorger.
Pierre a été fait rocher, soubassement inébranlable de l'Eglise. Paul, rassembleur et convertisseur du monde.
L'un tient les clés du royaume. L'autre porte le glaive symbolique de la doctrine de vérité.
C'est la fête patronale de l'Eglise de Rome.
Le Vatican, où réside le successeur de saint Pierre, est agglutiné autour de l'énorme basilique de Saint-Pierre, cette écrasante merveille.
Pour nous, c'est la fête de la Papauté...
266 évêques ont gouverné Rome et l'Eglise depuis saint Pierre.
Les 33 premiers, après lui, y sont morts tués en témoins de la foi.
" Là où est le Pape, là est l'Eglise ", écrivait dans une phrase lapidaire l'évêque Ambroise, vers 390.
Un chrétien qui se sépare du Pape sort de l'Eglise. Car le Pape est pour chacun : chef, docteur et guide.
Il y a quelque cent ans, ce géant de la sainteté que fut le P. d'Alzon, parlant du Pape, écrivait cette maxime, qu'un chrétien devrait toujours faire sienne : " Il faut toujours travailler pour Rome, quelquefois sans Rome, jamais contre Rome. "
Dans notre monde tourmenté, changeant comme une mer, plein de récifs, de tempête et de mines sournoises, nous avons ce phare qui brille.
Ne quittons jamais son chemin de lumière.
R.
Guichardan
1948