1951

L'Assomptionniste

L'Assomptionniste doit voir très grand, se montrer catholique, donc universel, en embrassant dans sa pensée tout le plan divin qui mène l'humanité à son but éternel, en gardant Jésus-Christ au centre de notre histoire comme seule explication satisfaisante.

Il faut savoir sentir avec Notre-Seigneur et avec l'Eglise pour suivre ainsi toute l'œuvre de rédemption des hommes, aussi bien dans son lointain passé que dans ses espérances présentes.

Il y une splendide géographie à se faire du monde à la lumière du mystère rédempteur.

Adveniat regnum tuum. Cette immense ambition, cette merveilleuse dilatation du cœur humain doivent sans cesse ranimer la flamme de notre prière et accompagner l'offrande de notre devoir quotidien.

Le plus petit des religieux peut donc ainsi tenir le monde entier dans ses mains et dans son cœur pour le présenter au Dieu des miséricordes, en union avec toute l'Eglise.

Autre application individuelle de cet esprit catholique : embrasser d'un coup l'ensemble de la loi chrétienne dans son précepte unique d'aimer Dieu et le prochain... Se montrer toujours aimable à la fois pour Dieu et ses compagnons de notre marche à l'éternité, c'est un moyen pratique de faire régner Dieu en nous d'abord et ensuite dans les autres... Il y a une note de catholicité à étendre l'empire de Dieu sur la totalité de ce petit cosmos libre et indépendant qu'il n'est pas facile de soumettre pleinement.

P. G. Quenard
Paru en 1951, dernière année du généralat du Père Gervais

1951

Bonne année

Dernière circulaire importante du P. Quenard. Il y parle de l'esprit de l'Assomption, de son organisation, de ses œuvres. Nous présentons quelques extraits.

Que Dieu bénisse notre année 1952 ! C'est le souhait que j'adresse une dernière fois à toute la famille. Mais ce n'est pas un adieu, ni un testament ; je n'ai jamais aimé pontifier, et encore moins doctoriser.

Depuis soixante-cinq ans, je vois l'Assomption poursuivre sa mission et grandir sans arrêt, malgré les épreuves maintes fois affrontées et je tiens à lui redire toute ma confiance, en y ajoutant la joie que j'ai eu moi-même de vivre en son sein. J'ai eu le privilège de voir assez longtemps tous les premiers disciples du Fondateur.

A l'heure de transmettre à un autre la garde du bel héritage que nous ont laissé nos Pères, je vous invite à le bien conserver à l'avenir, mais aussi à rendre grâces à Dieu pour notre passé devenu séculaire.

Cet héritage sacré, je le concentrerais volontiers dans un mot : l'esprit du P. d'Alzon. Or, l'esprit qui a présidé à notre naissance et à notre premier développement, doit continuer essentiellement à animer à la fois nos âmes et nos œuvres. A cette condition, nous resterons assurés du présent, comme de l'avenir...

L'organisation des Provinces

Dès le début, le P. d'Alzon avait envisagé sans crainte une sérieuse décentralisation, en créant audacieusement trois Provinces, avec un effectif total de 25 prêtres. Le P. Picard et le P. Emmanuel, soucieux de l'unité indispensable, ramenèrent à peu près toute l'autorité au Père de famille et ce fut sans doute une disposition providentielle pour affermir nos premiers développements. Nos constitutions si tardivement mises au point, sont revenues à la pensée première du P. d'Alzon et les nouvelles Provinces ont fleuri magnifiquement dans leur demie-autonomie, sans porter atteinte à l'unité. Mais quel effroi d'abord chez quelques anciens !

Je prie Notre-Seigneur de garder au cœur de tous les nôtres l'esprit de foi profonde, d'union fraternelle et de zèle apostolique dont le P. d'Alzon a voulu animer notre vie religieuse. Notre zèle pour l'action catholique et pour la propagande religieuse doit suppléer au quatrième vœu, si longtemps souhaité, d'étendre le règne de Dieu...

L'Apostolat

Parmi nos œuvres, il existe des priorités.

Il faut développer nos centres universitaires, pour préparer certains Pères à affronter les grands problèmes de l'heure actuelle, et à présenter nettement la pensée chrétienne dans le désarroi des esprits.

Même voués en premier lieu à l'enseignement, nous ne pouvons rester coincés dans le circuit fermé de nos chers alumnats si indispensables, ni de nos collèges. Nous devons aussi parfois nous adresser au grand public et garder l'Assomption présente aux postes avancés dans la bataille incessante livrée aux Antéchrists du moment.

Nous pouvons tous soutenir la Bonne Presse et La Croix, comme aussi d'autres apostolats aux dimensions plus vastes. En chacune de nos Maisons, nous devrions utiliser et développer les grandes Associations confiées à la Congrégation : Tiers-Ordre augustinien, Unité de l'Eglise, Vocations, Notre-Dame de Salut, Croisés du Purgatoire. Il suffit parfois d'un frère attentif pour faire ainsi acte d'un apostolat plus étendu. Il faudra ranimer aussi nos deux grandes maisons de Jérusalem, si éprouvées par la guerre, etc.

En toutes nos œuvres, fût-ce les plus petites et les plus fermées, nous devons garder en notre âme un souffle assez puissant pour faire planer sur toute l'étendue du divin royaume l'intention personnelle de notre offrande quotidienne.

Mais je m'arrête. J'ai été trop long déjà et je me contente, en finissant, de répéter avec une confiance absolue au pilote de demain et à son équipe, le mot adressé par Notre-Seigneur à Saint Pierre, après la première pêche miraculeuse : Duc in altum et laxate retia vestra in capturam.

A vous tous, apôtres de l'Assomption, la mission sublime d'être sans cesse des pêcheurs d'hommes. C'est la prière que le vieux pilote ne cessera d'adresser à Dieu, sur le rivage où il aborde et où il pourra peut-être encore, comme Zébédée, travailler modestement à raccommoder les filets.

Bonne année 1952 à toute l'Assomption.

P. G. Quenard
(Paris, le 15 décembre 1951)

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