Les ruines : Hélas ! notre Orient a subi un nouvel affrontement, spécialement derrière le rideau de fer. Au loin, la belle mission de Mandchourie, si heureusement commencée, ne garde plus aujourd'hui que deux héroïques broussards, à Kharbine. A Moscou, le P. Brassard (1) maintient le poste d'immense juridiction confié à l'Assomption depuis vingt-six ans ; mais l'église Saint Louis est fermée, le P. Jean de Matha (2) a été expulsé et le P. Judicaël (3)a disparu depuis sept ans dans l'immense bagne de Sibérie. En Roumanie et en Bulgarie, les biens ont été confisqués, les Pères étrangers mis à la porte, et les religieux restés dans leur pays subissent courageusement une odieuse persécution. Quatre Pères sont en prison en Roumanie et deux en Bulgarie, sans qu'on puisse avoir un écho de leur situation. Nous nous inclinons avec respect devant tous ces confesseurs de la foi, " prêts à baiser leurs chaînes ", comme l'écrivait le Pape aux Roumains...
(1) Le P. Louis-Robert BRASSARD, Américain (1914-1986),
aumônier à l'Ambassade des U.S.A. à Moscou (1950-1953).
(2) Le P. Jean de Matha THOMAS (1894-1976), dernier desservant de Saint-Louis
des Français à Moscou.
(3) Le P. Judicaël NICOLAS (1901-1984), arrêté à Odessa
en 1945, ne sera libéré du goulag qu'en 1954.
... Chaque Province travaille de son mieux en ses territoires, mais il ne lui est pas interdit de faire parfois uvre commune avec un autre, sans se contenter des simples affectations individuelles qui peuvent se présenter éventuellement.
En 1946, chacune décida de prendre en main tous ses propres étudiants, même avec l'idée de séparer philosophes et théologiens, sans compter avec les dépenses en personnel et en argent que cela entraînait, parfois pour un très petit nombre. N'écoutons pas les purs théoriciens. Que de regrets et de gémissements j'ai pu entendre sur cette mesure trop rapide ! Même en leur autonomie indiscutée, les Provinces ont avantage à s'aider réciproquement et ce coude à coude fraternel est excellent. Au Collège international de Rome, encore trop restreint, on compte 17 étudiants pour 6 Provinces et 10 pays et j'ai rarement vu un groupe aussi uni et plus ouvert. On y a essayé aussi (trop petitement) la Probation prescrite par le dernier Chapitre et tout le monde fut ravi de l'essai comme de la rencontre commune...
... Une Congrégation doctrinale doit, en fait, dépasser de beaucoup le simple enseignement classique. Il faut donc préparer, en plus, des spécialistes assez nombreux, capables de présenter la pensée chrétienne sur tous les grands problèmes de l'heure présente. Si on veut tenir avec assurance la tribune quotidienne de la Croix ou d'un autre journal ; si on prétend occuper une chaire en quelque Institut supérieur et même chez nous ; si on veut s'imposer avec autorité en certaines recherches, comme les Etudes byzantines ou les Etudes augustiniennes des études prolongées doivent y préparer un personnel adapté. Et je ne parle ici que de centres déjà existants, en souhaitant que chaque Province décide fermement d'envoyer à l'un ou à l'autre au moins un stagiaire chaque année. Si donc je prêche en bloc le nombre indispensable à recruter activement, la qualité doit naturellement s'y ajouter, même en diverses spécialités où notre apostolat consistera surtout à pouvoir parler en Maîtres, même hors de chez nous...
... Parmi tant d'uvres diverses, nous avons à faire un choix attentif Je signale, une fois de plus, l'obligation qu'il y a pour l'Assomption de mener à la fois les uvres particulières et les uvres d'apostolat plus étendu, que le P. d'Alzon considérait comme un objectif capital. Voués d'abord à l'enseignement, nous devons souvent dépasser la zone spéciale de l'enseignement moyen pour adopter un enseignement à dimensions plus vastes. Comparez La Croix et la Bonne Presse avec le plus brillant collège et vous verrez le champ qui peut s'ouvrir au delà des limites d'une uvre particulière. Vous en conclurez que les Provinces devraient prélever au moins une dîme de leur personnel, pour la consacrer à ces secteurs d'action générale. Le P. d'Alzon voulait les siens toujours présents et compétents dans la lutte inévitable que l'Eglise subira jusqu'à la fin des temps. Assurons donc ce secteur de première ligne...
G.
QUENARD
Rapport au Chapitre Général, 1952