1954

Le journaliste catholique

Professeur de dogme à Lormoy dès son ordination (1934), il enseigne une ecclésiologie très ouverte. Nommé à la BONNE PRESSE, il succède en 1949 au P. MERKLEN comme rédacteur en chef de LA CROIX. En 1957, il est secrétaire général de l'Union Internationale de la Presse Catholique. On lui doit une réflexion approfondie sur la presse catholique et sa mission " prophétique ".

… La presse catholique doit être fidèle à sa vocation ; donc, elle doit en prendre les moyens. Or, le moyen le plus simple, mais celui auquel on pense parfois en dernier lieu, c'est qu'elle soit d'abord une vraie presse, qu'elle se soumette aux exigences fondamentales du genre.

Il n'est pas inutile de dire que tout ce qui s'imprime n'est pas nécessairement de la presse ou, pour être plus exact, plus nuancé, n'est pas nécessairement du journalisme et encore moins du vrai journalisme. Ce qui caractérise le journalisme, qu'il soit quotidien ou hebdomadaire, c'est l'événement, le fait qui survient au jour le jour : c'est sa loi en même temps que la condition de son succès de ne pas s'évader de cet événement du jour. Le journal doit le relater, l'expliquer, le commenter. Et quand il semble prendre à l'égard de cet événement un peu de recul, c'est encore pour le mieux pénétrer et en souligner l'actualité.

Un journal catholique doit être un journal d'universelle information. Si on ne comprend pas cette exigence et si on n'accepte pas de s'y soumettre, il vaut mieux consacrer ses soins, son temps et son argent à autre chose qu'à une œuvre vouée par avance à l'échec.

Notre rôle n'est pas, pour l'ordinaire, de présenter la doctrine en elle-même, de publier en sa formulation abstraite le message évangélique : nous ne sommes ni la chaire de vérité, ni une revue théologique, ni un bulletin paroissial. Cela ne veut pas dire que nous ayons le droit de négliger les principes ; nous avons bien plus le devoir de nous considérer comme étant au service non seulement des faits, mais encore de la vérité et tout particulièrement de la vérité évangélique et du magistère chargé de rappeler cette vérité et de l'appliquer. Mais il ne s'agit pas pour le journaliste de proclamer la vérité en elle-même, dans l'absolu de son essence métaphysique, mais bien plutôt de découvrir et de faire découvrir la vérité dans son incidence, dans son éclatement sous nos yeux au milieu des passions qu'elle engage et contredit. C'est par les faits et à l'occasion des faits, de toute l'actualité, profane ou religieuse, dans tout ce qui arrive chaque jour : une guerre, une grève, un élan d'apostolat missionnaire, une rencontre de premiers ministres, une réforme de structures, un congrès politique, une compétition sportive, un convoi de réfugiés, une découverte scientifique, que le journaliste fera passer le message. C'est dans cette histoire concrète, à travers elle et par elle aussi que se réalise le salut du monde : les hommes ne se sauvent pas hors de l'histoire ; l'Eglise n'accomplit pas son œuvre en marge de l'histoire, et la grâce parvient aussi aux âmes par cet universel " sacrement " qu'est l'histoire. C'est sur le front entier de l'humanité que se joue le mystère du salut chrétien.

Un journaliste catholique ne peut donc ni négliger aucun fait ni délaisser aucune question et si, par mesure de rétorsion contre la presse neutre qui systématiquement passe sous silence le fait chrétien ou le profane en le vidant de sa substance, il négligeait l'événement ou ce que nous appelons l'actualité, et s'il n'était pas solidaire de toute justice et de toute vérité, s'il ne s'intéressait pas à tous les hommes et à tous leurs problèmes, il manquerait à sa vocation. En toute cette actualité, simple ou tragique, et en tous ces faits terriblement quotidiens, il reconnaît la trace de Dieu et le Sang du Christ.

Si donc le journaliste fait correctement son métier, il est l'informateur précieux qui, par l'exacte connaissance des faits, permettra plus facilement de situer une pastorale, un enseignements et un apostolat. Le réalisme est condition de fécondité.

P. Emile GABEL
Souhaits de bienvenue au
4e Congrès International de la Presse Catholique - 3-7 mai 1954.

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