1963

Journaliste au Concile Vatican II

Le P. Antoine Wenger, né en 1919, fut professeur de théologie, chercheur aux Etudes Byzantines, journaliste à La Croix, conseiller d'Ambassade … Il était rédacteur en chef de La Croix pendant le Concile, et put assister à tout son déroulement. Il en a écrit l'histoire (4 volumes aux Editions du Centurion). Nous citons la préface du t.2 " 2e session, un nouveau départ " … Jean XXIII est mort après la 1ère session .. Le nouveau pape, Paul VI, prendra-t-il le relais ? Certains craignaient que le concile ne fût terminé ...

L'héritage de Jean XXIII

Le 3 juin 1963, lundi de Pentecôte, à 19 h 49, Jean XXIII mourait. Sa mort fut à l'image de sa vie, l'illustration de sa devise " Obéissance et paix ", soumission à la volonté de Dieu en toutes choses. Sentant qu'il ne pouvait plus rien pour ce qui lui avait été le plus cher, l'Eglise, le Concile, la paix, il fit, pour cette cause, le sacrifice de sa vie et offrit les souffrances de sa douloureuse agonie à ces intentions.

Les uns après les autres les cardinaux défilèrent à son chevet pour recueillir de sa bouche une dernière parole, une ultime consigne. Au Cardinal Montini, accouru de Milan, le Pape dit : " Je vous confie l'Eglise, le Concile, la paix ". Les événements vinrent confirmer l'intuition prophétique de Jean XXIII.

Passée la stupeur, catholiques, chrétiens de toutes confessions, le monde entier s'interrogèrent sur l'avenir du Concile. Certains se prirent à craindre. Théoriquement, le nouveau Pape pouvait ajourner le Concile. L'article 229 du Code de droit canonique prévoit, en effet, que si, durant la célébration du Concile le Souverain Pontife vient à mourir, le Concile est interrompu de droit jusqu'à ce que le nouveau Pape en ordonne la reprise et la continuation. Nous avons dit dans notre premier volume que cet ajournement nous paraissait impossible : l'espérance suscitée dans le monde par le Concile, disions-nous, était trop grande pour qu'elle pût être frustrée de son accomplissement.

D'autres parlaient d'orientations nouvelles, d'un renversement de tendance. A cette éventualité, nous avions répondu de même, dans la prévision des événements redoutés. " L'Esprit-Saint, écrivions-nous, qui a laissé entrevoir, à l'occasion de la première session, où il entendait conduire l'Eglise, assiste cette Eglise en toutes circonstances et sous n'importe quel pontificat. L'orientation apostolique, pastorale, œcuménique qui s'est affirmée au cours de la première session ne pourra plus être contrariée. Dans une double fidélité au passé et à l'avenir, l'Eglise, grâce au Concile, prend la mesure de son temps pour donner aux hommes un message qui dépasse le temps. Messagère de l'Evangile, lumière du Christ, l'Eglise s'affirme dans le monde comme la lumière des peuples : Ecclesia Christi lumen gentium. Tel est le premier et le dernier mot du Concile.

Au lendemain de la mort de Jean XXIII, le cardinal Montini fut de tous les cardinaux celui qui osa le plus s'engager. Il prit hardiment des options pour l'avenir. Au cours d'une liturgie célébrée pour le repos de l'âme de Jean XXIII, il ne craignit pas de prendre parti : le pontificat futur devait rester fidèle à la ligne de Jean XXIII et poursuivre l'œuvre du Concile. Le tombeau ne saurait retenir son héritage.

Heureux présages

Le 21 juin, le Cardinal Montini fut élu Pape et prenait le nom de Paul VI. Comme avait été symbolique le nom de Jean, celui de Paul fut significatif et contenait tout un programme. La veille de l'ouverture du Concile, le 10 octobre 1962, le Cardinal Montini avait prononcé un grand discours au Capitole de Rome. Il plaçait le Concile sous le patronage de Pierre, principe d'unité, et de Paul, symbole d'universalité.

En prenant le nom de Paul, le nouveau Pape entendait conférer à l'unité la note d'universalité qui parfois lui a manqué ; il entendait donner une impulsion à l'élan missionnaire de l'Eglise et assurer cette présence au monde à laquelle Saint Paul, apôtre des nations, a consacré son apostolat.

Quand le choix du nouveau Pape fut connu, tous ceux qui avaient craint pour le Concile furent rassurés. Si le Cardinal Montini n'était pas intervenu souvent au cours de la première session, il l'avait fait au moment décisif où le Concile affirmait son orientation. Il avait, tout au long de la session, jugé et commenté les débats dans ses " Lettres du Concile ", où s'affirme une théologie profonde, toute en nuance, en interrogations, en perpétuelle recherche de synthèse et de progrès dans la pensée et dans l'expression. Dès son premier message au monde, le 22 juin, Paul VI déclara que le Concile serait l'œuvre de son pontificat. Dès le 27 juin, il était en mesure d'en fixer la reprise au 29 septembre. (…)

Le 29 septembre, tout était prêt pour la reprise des travaux. La mort de Jean XXIII n'avait donc retardé que de trois semaines le projet primitif. Le Concile était en bonne voie et en de bonnes mains.

P. Antoine WENGER
Vatican II, 2ème Session - Le Centurion -1964

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