P. Henri GUILLEMIN, supérieur provincial de Bordeaux (1964-1973),
puis cheville ouvrière de l'interprovince, en marche vers l'unique Province
assomptionniste de France.
Il adresse cette lettre aux religieux de la Province, à l'occasion de
l'arrestation de quatre religieux au Brésil : le 28 novembre 1968, 4
religieux de Belo Horizonte ont été arrêtés, accusés
de complicité avec un réseau clandestin. On avait trouvé
chez eux " Masses Ouvrières ", la revue des aumôniers
de JOC/ACO (mouvements d'action catholique).
Bien chers Frères,
Il est des moments où il ne reste vraiment aucun espoir que le Seigneur et comme directives que sa volonté découverte à travers les événements. J'ai la grande joie, en cette préparation de Noël, de vivre ces moments. Plus rien ne soutient sinon la parole de Dieu ! Nous sommes ainsi appelés à une purification salutaire. Je souhaite que ce soit dans cette ambiance que se déroule le prochain Chapitre, et que la présence des absents ramène aux réalités de tous ordres. Notre famille religieuse passe ici par une dure épreuve, mais c'est avec elle toute l'Eglise régionale, nationale et universelle qui souffre. Souffrance d'autant plus purificatrice que seules les valeurs évangéliques l'ont provoquée, je vous en donne la garantie, et je l'ai affirmé solennellement avec l'épiscopat responsable. Aussi ne faut-il pas s'étonner d'en découvrir déjà les fruits, dont l'unité qui s'est opérée autour des évêques me paraît le signe par excellence. Je pense un jour vous en donner le témoignage.
Si vous pouviez lire ou entendre les liturgies de ce temps vécu de l'Avent, si vous pouviez constater le soutien et la sympathie fraternelle que nous témoignent évêques, religieux, laïcs de toutes catégories, vous comprendriez pourquoi je ne peux vous paraître, à travers ce message, désolé ou abattu. Croyez-moi, ici le dimanche " Gaudete " a eu un sens, et la Parole de Dieu se manifestait bien dans toute sa force et dans tout son dynamisme.
Ne vous étonnez pas de ma discrétion sur ce qui peut vous inquiéter. A distance, il y a risque d'être mal compris et mal interprété. Rassurez nos familles, qu'elles soient sans crainte, même si les nouvelles sont rares ou contradictoires.
Je suis persuadé que nous écrivons ici un beau préambule à notre rencontre provinciale. Ceux qui l'écrivent ne participeront pas à l'élaboration des chapitres suivants, mais je souhaite qu'ils ne soient pas déçus lorsqu'ils en feront un jour la lecture.
De tout cur, fraternellement. Avec mes vux de " Joyeux Noël " à tous. Je recommande à vos prières l'Eglise au Brésil.
P.
Henri GUILLEMIN
Lettre du Brésil - Décembre 1968