1971

Epreuve de la foi

Le P. Paul CHARPENTIER, né en 1914, a succédé au P. W.DUFAULT en 1969, comme supérieur général, jusqu'en 1975. C'était au lendemain de mai 68 : il devait tenir la barre sur une mer agitée.
Sa circulaire de juin 1971 traite de l'épreuve de la Foi, dont seule une véritable adhésion au Christ permet de sortir vainqueur. On peut alors aller à Dieu et aux hommes, dans la prière et l'apostolat.Nous citons la première partie de cette lettre.

(… Religieux, nous partageons l'inquiétude des hommes … Elle provoque des réactions diverses : certains cherchent la sécurité dans le passé et résistent au changement … d'autres n'admettent que le neuf. La plupart se situent entre deux … C'est une épreuve de la Foi.).

Notre foi est mise à l'épreuve

Ces remises en question ne touchent pas seulement nos façons de vivre, elles atteignent notre foi elle-même.

Il faut le dire - mais comme un cri d'espérance - notre Foi est éprouvée. Et c'est une grâce.

La Foi pénètre-t-elle notre " cœur " : là où s'unifient la conscience, la liberté et la grâce ? Convient-il de poser la question ? Des signes manifestent l'affaiblissement de notre foi. Dieu seul scrute les consciences, mais les fruits révèlent la vigueur de la sève. Notre vie de religieux-apôtre perd son sens dans la mesure où nous échappons à la lumière de la Foi.

Quand des frères quittent ou songent à abandonner la vie religieuse et le sacerdoce, nous pouvons penser que l'un va rejoindre sa véritable voie, car il n'était pas appelé. Mais nous ne pouvons pas songer sans tristesse à la défaillance de tel autre dont l'affaiblissement de la Foi fait perdre aujourd'hui toute signification à ses libres engagements.

Sans aller à des ruptures, ne sommes-nous pas tentés de faire de notre vie une affaire personnelle, de refuser ou de mesurer parcimonieusement les liens de dépendance réciproque qui font la vie fraternelle et tout simplement la vie chrétienne ? Notre Foi est-elle enfermée dans un cadre artificiel d'habitudes et d'idées toutes faites ? Soutient-elle seulement un projet de vie qui ne supporte pas de contradictions ? Comment résistera-t-elle aux épreuves ?

La Foi ne subsiste que si elle fait corps avec ce qu'on est. Accompagne-t-elle l'aventure de notre vie : nos meilleures aspirations, nos joies, l'insécurité, les contradictions et jusqu'à notre péché ? Nous pouvons alors espérer voir notre vie comme Dieu la voit et demeurer dans un mouvement qui est le véritable dynamisme de l'existence.

La Foi est un don. Elle est la lumière qui nous dévoile et nous révèle Jésus-Christ. Le Christ est lui-même cette lumière qui s'offre à nous.

Notre engagement initial dans la vie religieuse, véritable jaillissement de la grâce baptismale, n'était-elle pas essentiellement la rencontre du Seigneur ? Mais plus encore : une adhésion tellement personnelle et totale que tout notre être et notre destinée étaient saisis par le Christ. Cet acte de foi devenait alors une vie de Foi, unifiant progressivement toute notre existence et renouvelant constamment le " sens " de notre vie

" Pour moi, la vie c'est le Christ ", dit la Règle de Vie, en écho au P. d'Alzon et à St Paul

Mais bien des obstacles se dressent sur notre route. Nous discernons très difficilement l'exacte frontière entre une juste sécularisation des valeurs humaines et une sécularisation systématiquement athée. Les modes traditionnels d'expression de la Foi sont contestés. Le Christ est lui-même entraîné dans cette contestation. C'est une chance offerte à la Foi de se purifier et de croître. Croyons-nous tout perdu ou bien saisissons-nous cette chance dans le dépouillement de l'Espérance ?

A l'intérieur même de l'Eglise et de la vie religieuse, dans l'esprit du Concile Vatican II, de profondes mutations se poursuivent. Les cadres sur lesquels notre Foi s'appuyait hier nous font défaut. Les modèles de la vie religieuse de demain ne sont pas encore fixés. Doivent-ils l'être ? C'est une situation très inconfortable, certes. Mais pourquoi notre union avec le Christ perdrait-elle de sa vitalité ? (…)

" Mais vous, qui dites-vous que je suis ? "

Et voici que nous sommes interpellés au cœur de l'épreuve. C'est le Christ qui dit à chacun de nous : " Mais pour vous, qui suis-je ? " (Mat. XVI, 15)

Si nous répondons à cette interpellation en toute vérité, non pas par des formules, bien sûr, mais en regardant notre propre expérience humaine et chrétienne, nous percevrons l'appel à de nouvelles conversions. Le renouveau de la vie religieuse est là : le vrai sens de notre vocation aussi ….

P. Paul CHARPENTIER
Lettre aux religieux - Juin 1971

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 Page réalisée par D. Remiot