Né en 1927, le P. Daniel OLIVIER a enseigné à la " Catho " de Paris. Spécialité : Luther et le protestantisme. Ses ouvrages nous montrent que Luther n'est pas infréquentable pour les catholiques Mais il n'y eut pas de dialogue. Le Concile de Trente condamna sans appel.
(Luther a attiré l'attention du monde chrétien sur l'importance primordiale de la Parole de Dieu, " dont le protestantisme est par vocation le témoin ". Mais au XVIè siècle, Rome n'était pas disposée au dialogue. C'est regrettable, car le débat " intéresse la cause de l'unité visible des chrétiens " !)
Avec la clôture du concile, en 1563, l'Eglise romaine arrive, pour ce qui la concerne, à une conclusion de la crise ouverte par l'apparition de Luther. Elle reprend fermement en main son dogme et ses fidèles, et d'abord son clergé. Le péril protestant est efficacement circonscrit, son développement enrayé en milieu catholique. Le principe d'un redressement brillant est posé et une réforme de grande ampleur est engagée., Les abus, à vrai dire, ne disparaîtront pas de si tôt et le concile ne sera " reçu " partout qu'à la longue. Mais toute l'Eglise s'alignera progressivement sur la règle de foi et la discipline tridentines.
Les deux effets notables de ce concile, auquel il revint de fixer pour longtemps la nouvelle situation religieuse en Occident, sont la rupture de l'Eglise de Rome avec tout ce qui rappelle de près ou de loin le protestantisme, et l'avènement du catholicisme " tridentin ", libéré de l'hypothèque d'une réforme hors de contrôle et marqué par sa stricte discipline et une orthodoxie rigide. Cette nouvelle orthodoxie catholique est un des fruits tangibles de la crise du XVIe siècle. Elle offre l'image d'une Eglise solidement ancrée dans sa hiérarchie, son dogme et son culte. Dans les circonstances d'une lutte qui n'offrait sur le moment d'autre issue, elle représente un optimum et il faut porter à l'actif des responsables romains d'avoir su conserver un type de christianisme que les protestants abandonnaient. Il était inévitable qu'on en vînt à obliger chacun à prendre parti : ou être catholique dans le sens nouvellement défini à Trente, ou être perdu pour la foi catholique. Trente a fait la preuve que le catholicisme restait parfaitement viable, à défaut d'être " réformé " dans le sens indiqué par Luther. Le temps n'a du reste donné raison à Luther ni sur le pape, ni sur la messe, ni sur les vux. Le principe papal, en particulier, a su s'affirmer comme l'ultime recours contre le chaos doctrinal : le concile de Trente doit tout à la volonté de quelques papes.
Le grand problème des siècles qui suivirent est en fait l'antiprotestantisme catholique. Trente en est le grand responsable, même s'il fut moins anti-protestant que soucieux d'orthodoxie. En recouvrant la claire notion de son identité contre la Réforme, le catholicisme n'a pu éviter de devenir une Contre-Réforme, et cela d'autant moins qu'à la dernière période du concile le calvinisme prenait le relais du luthéranisme et menaçait d'ôter à l'Eglise la France, comme elle avait perdu l'Allemagne. En Angleterre, l'avènement d'Elisabeth avait anéanti les espoirs suscités par la sanglante réaction catholique de Mary Tudor. Tout contribuait sur le moment à mettre la foi romaine sur la défensive. D'autre part, la conscience d'avoir rétabli la pleine vérité catholique entretenait l'illusion que le protestantisme n'était pas durable et que l'hérésie finirait par se résorber. C'est là la certitude tranquille d'un Bossuet, au XVIIè siècle. Elle explique des coups de force comme celui de Mary Tudor ou la Révocation de l'Edit de Nantes par Louis XIV. Si une telle hypothèse s'était vérifiée, si le point de vue romain l'avait emporté, tout serait certes dit aujourd'hui. Mais en réalité le protestantisme est toujours là. L'aspiration évangélique n'a rien perdu de sa fécondité mystérieuse et il est impossible de faire de la Réforme un coup pour rien. L'Evangile de la justification par la foi à la parole de Dieu, rejeté par Rome, a su " dresser " partout des Eglises et conduire à la foi des populations qui n'auraient pas été évangélisées autrement.
Daniel
OLIVIER
La foi de Luther - Paris, 1978
Né en 1913, le P. André SÈVE, après avoir été instituteur, a travaillé longuement dans la " Presse Jeunes " de BAYARD PRESSE. Ses entretiens parus dans LA CROIX sont bien connus. Comme sont fort appréciés ses nombreux livres sur la prière et la spiritualité !
(Nous croyons que Jésus est Dieu, que tout lui est possible...)
Mais il y a l'autre aspect du mystère : Gethsémani (Mc.14,32-42)
: " Il commença à ressentir frayeur et angoisse... Il
tombait à terre et il priait pour que, si possible, cette heure passât
loin de lui. ". Pourquoi Dieu ne peut-il épargner à son
Fils la douleur et la mort ? " Père, écarte de moi cette
coupe
A toi, tout est possible
Non ! Pas ce je veux, mais ce que
tu veux ! ".
Les théologiens et les prédicateurs ont dit beaucoup de choses sur cette volonté du Père. Nous punir en son Fils, nous racheter en son Fils, nous pardonner en échange de ce sang. La seule lumière, c'est que cette souffrance de Jésus est la souffrance du Fils mais aussi la souffrance du Père, la souffrance de Dieu. Il y a dans la création, uvre d'amour, d'incompréhensibles chemins d'angoisse par lesquels il faut passer. Dieu ne peut pas ne pas souffrir de nos souffrances, sinon que disons-nous quand nous disons qu'il est Amour ? Mais Dieu n'a pas pu nous épargner ces chemins : ni à son Fils, ni à nous. Je reste dans cette nuit-lumière : tu nous aimes, et il a fallu que ton Fils tombe à terre, et il faut que je tombe à terre. Augmente ma foi.
Pour que je sache bien voir que Jésus n'est pas Dieu qui joue à l'homme, il est Dieu qui va au bout de ce que doit endurer un homme, il touche le fond de la désespérance : " Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m'as-tu abandonné ? " (15,34) Vraiment, entrer dans les vues de Dieu n'est pas facile. Regardant leur Messie dans cette angoisse ses disciples " ne savaient que lui dire " (14,40).
Ils l'ont lâché. Eux ! Ils ont sûrement appris qu'au cours du procès, le grand -prêtre avait demandé : " Es-tu le Messie, le Fils du Béni ? ". Jésus avait répondu: " Je le suis ". Mais jusqu'au bout, ils resteront devant les deux murs : un Messie qui souffre et meurt ? Un homme, extraordinaire certes, qu'il faudrait regarder comme ? Ce qu'ils n'osent imaginer, parce qu'ils sont juifs et que pour un juif Dieu ne peut être qu'un bloc d'unicité, Marc va le faire proclamer par un païen. Marc est missionnaire, il pense au monde païen qui croira en Jésus, il place tous les cris de foi qui jailliront au cours des siècles, mon cri de foi en ce moment, dans la bouche du centurion qui vient de voir comment Jésus est mort : " Vraiment, cet homme était le Fils de Dieu ! " (15,39).
Marc a composé tout son livre pour arriver là : le mystère de Jésus est un ensemble d'humanité, de divinité et de mort.
P.
André SEVE
Avec Jésus, qu'est-ce que tu vis ?- Le Centurion, p.42-44