1980

Retour au Père d'Alzon

Le P. Hervé STEPHAN, né en 1925, a été supérieur général de 1975 à 1987, années certainement agitées mais tout aussi fécondes, avec la célébration du centenaire de la mort de notre fondateur, la réception de la nouvelle REGLE DE VIE, le dynamisme des communautés dans l'hémisphère Sud.

1. La mort du père

J'ai bien connu un garçon de 6 ans. A ses yeux, son père était l'homme le plus fort du monde. Jusqu'au jour où, devant sa maison, les hommes du quartier ont organisé un concours d'haltérophilie de campagne avec des essieux de charrette.

Ce jour-là, il a vu que son père n'était même pas l'homme le plus fort du quartier. Tristesse. Déception. Longue réflexion . Première mort du père. Il y en eût d'autres.

Plus tard et lentement, il s'est remis à estimer et à aimer son père comme le meilleur, tout simplement pour ce qu'il était.

C'est une expérience semblable que semblerait vivre l'Assomption à l'égard de son fondateur. Nos anciens, au noviciat en particulier, dans leur dévotion filiale, nous ont présenté le P. d'Alzon comme le grand homme, le prophète, presque l'unique de son siècle.

Puis l'étude de l'histoire du XIXe siècle, les comparaisons, et peut-être Vatican II qui a relégué très loin dans le passé les thèmes d'avant …, nous ont rendus iconoclastes et quelque peu intolérants. Le P. d'Alzon a été descendu de son, piédestal …

Alors connaîtrions-nous une période de déception ? Aurions-nous du mal à regarder l'homme que fut le P. d'Alzon avec les yeux libres du fils ? A l'estimer et à l'aimer pour ce qu'il est en lui-même et pour nous ?

Depuis trois ans je le fréquente régulièrement, en tout cas bien plus que par le passé. Et à mes yeux il est redevenu lui-même. Non pas l'homme le plus grand du 19è siècle, mais celui qui est simplement mon père et pour qui j'éprouve admiration et tendresse. J'ai expérimenté qu'à travers des mots et des phrases parfois étranges, on peut entendre la voix d'un ami et d'un maître spirituel qui garde toute sa puissance d'appel.

2. L'Assomption et son fondateur

L'Assomption n'a qu'un père, un fondateur. A le refuser, elle risque de se donner, au gré des modes, inconsciemment ou non, une suite de pères qui ne font que " passer à la maison " sans rien y laisser de durable.

Le retour au fondateur ne veut pas dire répétition ou copiage. L'Assomption ne sort pas d'un ordinateur à partir d'une carte perforée par le charisme du P. d'Alzon. Ce n'est pas du tout dans son style à lui qui a su choisir et libérer des hommes aussi divers que Picard, Pernet, V.P. Bailly. " Je respecte l'initiative de chacun en ce sens que les aptitudes sont diverses et qu'il y aurait péril à trop écraser sous le poids d'une uniformité absolue ". (E.d'Alzon). " Le P. d'Alzon donne rarement des ordres, il donne une direction ". (P. Picard)

Dans le retour vers sa source, l'Assomption trouve sa raison d'être, recrée son unité, et se donne la force de cohésion nécessaire pour vivre et servir. Une Congrégation sans mémoire se disperse et s'émiette en parcelles sans avenir.

L'homme libre sait dire oui à son passé. Recommencer à zéro, c'est se fuir soi-même. On ne recommence pas sa vie, on la continue. Ceci qui est vrai pour le destin d'un homme, l'est tout autant pour l'Assomption.

L'Assomption ne peut se renouveler en ne regardant que vers son passé. Ni non plus en ne regardant que le présent. Les deux regards sont nécessaires.

" Par ce qu'a fait l'Assomption, vous avez vu que avec la grâce de Dieu, elle peut faire plus encore. Vos frères aînés vous ont donné l'exemple, à vous de le suivre. Marchez sur leur trace et devancez-les ".(E. d'Alzon aux jeunes religieux de 1873).

P. Hervé STEPHAN
Fiche d'Alzon - 1980

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