1981

Lettre testament

Pierre FERNIER, ingénieur, était entré à l'Assomption en 1975. Il est mort d'un cancer à l'âge de 32 ans .. Voici la lettre-testament écrite peu avant sa mort.

Papa, Maman, frères, sœurs, amis et amies,

La vie me passionne. Votre vie me passionne. J'aime passionnément la vie que vous m'avez donnée, jour après jour, les uns et les autres.

Les 13 et 14 janvier j'ai découvert que j'étais plus malade que je ne l'avais su, cru ou voulu comprendre. Hier, 29 janvier, j'ai eu l'intuition que le mal pouvait encore progresser. C'est pourquoi je vous écris. En témoignage de reconnaissance. Pour vous dire merci.

Merci à vous, Papa, Maman, qui m'avez donné plus que la vie, en m'initiant à la liberté dans l'amour. Toute votre vie, vous avez manifesté que la liberté des enfants de Dieu se déploie dans l'assurance tranquille, lutteuse et inébranlable de l'amour de Dieu, de Celui qui nous a aimés le premier ; et vous avez fait à son image …

En second lieu, je voudrais évoquer ma famille d'élection : l'Assomption. Aussi loin que je remonte dans la rencontre, elle ne m'a jamais déçu. Frères et sœurs, nos fondateurs et fondatrices peuvent paraître encombrants à certains jours, nos combats peuvent sembler parfois tristes ou avoir le souffle court : ils n'ont jamais cessé de m'ouvrir des horizons. Cet inexplicable goût pour la venue du Règne de Dieu a une saveur que je ne m'explique pas mais que j'apprécie chaque mois davantage, une saveur à nous faire marcher ensemble, debout ou couchés, en dépit de tout ce qui tend à nous séparer.

Merci à Manu et à André, pour ces années de chaleureuse discrétion, d'amour attentif et secret, de vie commune librement partagée jusque dans la non-compréhension.

Merci surtout à Jean-Paul pour neuf ans de vie commune mystérieuse et rebelle. Depuis juillet, il me semble que le voile qui nous obscurcissait la vue s'est déchiré et mes yeux éblouis ont contemplé les prodigieuses richesses que tu as accumulées pour le partage. Merci à vous Jean-Paul, Jacques et Jean-Noël qui, chacun avec ce qui vous distingue, êtes les frères dont j'ai rêvé, au même titre que Bruno et Dominique.

Merci à François et François, et Maurice qui avez cru en nous, dans les intuitions dont nous étions porteurs, qui avez accompagné l'aventure tout au long, nous faisant confiance plus que nous en étions nous-mêmes capables.

Merci à vous Arthur et Claude que je réunis à dessein dans une même embrassade au nom de tous les frères. Votre irréductible loyauté et votre formidable parti-pris d'espérance ont éclairé ma route et donné le goût de la marche.

Merci à Marie-Paule, Cécile, Marie et Marie-Jeanne. La richesse-clé de l'Assomption est d'être hommes-et-femmes d'une même passion d'Eglise et du Seigneur de nos vies Père - Fils - Esprit. Nous ne sommes pas trop des unes et des autres pour apprendre à tout aimer, sans faire le tri pour le laisser au Seigneur.

" Nonobstant ma nature rétive, mon père sut me donner le goût du travail ". Ma reconnaissance va à tous ceux que j'ai eu la joie de rencontrer dans mon travail : ils tenaient une grande place dans mon goût de vivre. J'ai eu la chance peu ordinaire d'avoir successivement deux patrons hors du commun, Pierre Boqué et Pierre Frémaux ; si différents qu'ils soient, je m'honore pareillement de leur amitié. Qu'ils soient les interprètes de ma reconnaissance pour tous ceux que je n'oublie pas mais ne puis nommer ici sans vous lasser.

Il y a dix ans environ, à Lourdes, on me demandait quel était un grand désir pour moi. Je me souviens avoir répondu : " Je désire voir sa Face ". Ce désir est toujours d'actualité.

" Seigneur, fais paraître ton jour et le temps de ta grâce,
fais paraître ton jour, que l'homme soit sauvé
".

Pierre
Le 30 janvier 1981

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