Enseignant à la " Catho " de Paris, le P. Marcel NEUSCH, né en 1935, sait présenter la pensée des théologiens et des philosophes les plus difficiles, dans ses cours, ses conférences et retraites, et ses nombreux ouvrages. Saint Augustin est, sans aucun doute, son maître préféré.
Si Dieu nous a aimés le premier, " ne soyons pas paresseux à lui rendre amour pour amour ". " Qui prétend demeurer en lui, c'est-à-dire dans le Christ, doit marcher lui aussi comme celui-là a marché. Serait-ce que par là il nous invite à marcher sur la mer ? Non pas ! mais bien à marcher dans la voie de la justice. En quelle voie ? Je l'ai dit à l'instant. Il était attaché à la Croix, et il marchait dans cette voie, la voie de la charité " Augustin invite inlassablement à s'engager dans cette voie ouverte par le Christ. " Qu'elle (l'âme) se souvienne donc de son Dieu, à l'image de qui elle a été faite, qu'elle le comprenne et qu'elle l'aime. Pour le dire en bref, qu'elle honore le Dieu incréé qui l'a créée capable de lui (capax Dei) et qu'elle peut posséder par participation. " Ce Dieu incréé, on l'honore dans le respect et l'amour de ses créatures, par un amour qui se met concrètement au service des frères.
Sans la venue du Christ dans la chair, l'existence humaine serait restée déséquilibrée. Le Christ s'est fait l'un de nous pour que nous devenions l'un de la Trinité. Augustin n'oublie jamais cette dimension mystique. Il la rappelle sans cesse dans ses instructions aux catéchumènes. " Merveilleux échange ! Lui est devenu chair, eux esprit. Qu'est-ce à dire ? Lui qui était fils de Dieu s'est fait fils d'homme afin que vous qui étiez fils d'homme deveniez fils de Dieu Il a partagé avec nous nos malheurs pour nous donner son bonheur C'est pour cela qu'il est le médiateur, au milieu. " Ce mystère, signifié par le baptême, devient réalité à chaque eucharistie. " Si vous les recevez (le corps et le sang du Christ) avec de bonnes dispositions, vous êtes ce que vous avez reçu. " Mais ce qui est ainsi reçu dans le rite doit devenir source d'une éthique de l'amour. L'Esprit nous " insuffle la charité pour que, par elle, nous soyons enflammés pour Dieu et méprisions le monde, que nous fassions brûler nos scories et que notre cur soit purifié comme l'or. "
Augustin a une conception exigeante de la vie reçue du Christ. Les exigences qu'elle implique pourraient être décourageantes. Elles le seraient si elles étaient comprises, à la manière de Pélage, comme une pure affaire humaine. Or, Augustin introduit une double correction. D'une part, il sait que, pour y répondre, la grâce ne manquera pas à l'homme, à condition de la demander. C'est pourquoi la prière est une dimension essentielle de l'existence chrétienne. Nous avons rappelé sa prière préférée : " Da quod jubes, et jube quod vis " : " Donne-moi ce que tu commandes, et commande ce que tu veux ! " D'autre part, l'essentiel pour Augustin est que le désir, réorienté par le Christ sur la voie qui doit le conduire à la patrie, ne dévie pas de sa trajectoire fondamentale : " Il appartient aux chrétiens de progresser chaque jour vers Dieu (in Deum), et de tirer leur joie de Dieu (de Deo) et de ses dons " .C'est ce qu'on pourrait appeler la loi du progrès.
Marcel
NEUSCH
Initiation à Saint Augustin - Cerf - 1996, p.189-190