Huitième supérieur général de la congrégation (1987-1999), le P. Claude MARECHAL, né en 1935, en a fortement vécu et soutenu la dimension internationale : par ses visites, par ses lettres et autres écrits. Tout en rappelant, sans se lasser, l'enracinement spirituel et humain de toute vie religieuse assomptionniste !
" Homme de foi et homme de son temps ". C'est l'expression de la Règle la plus fréquemment citée, au détriment parfois de la première partie de la phrase rattachant cette attitude à l'exemple même de Jésus " témoin de l'amour du Père et solidaire des hommes ". Ce qui veut dire, commente l'album nous présentant, " inlassable chercheur de Dieu prié, étudié, accueilli et infatigable témoin de Jésus-Christ en pleine pâte humaine ". Comme Jésus nouant en lui fidélité inconditionnelle à son Père et solidarité sans faille avec les plus humbles du peuple, nous devons impérativement tenir les deux bouts de la chaîne, fût-ce au prix d'un écartèlement douloureux. C'est la condition même du témoignage évangélique. C'est une tension fructueuse, la fidélité au Père garantissant la solidarité vraie et les liens effectifs concrétisant l'amour du Père.
Cette double appartenance aux hommes et à Dieu, cette solidarité aussi forte avec l'Un qu'avec les autres me paraissent capitales à l'Assomption. Et je crains parfois qu'elles ne s'effritent du fait de notre âge, de notre genre de vie, de la spécialisation des tâches, du confort lié pour nous aussi à l'élévation du niveau de vie, du style d'habitat qui est le nôtre, de l'anonymat de la grande ville, du ministère paroissial limité parfois à un petit nombre de fidèles.
Ne risquons-nous pas de vivre entre nous, sans grand lien avec d'autres, peu affectés par les drames qui perturbent la vie de beaucoup, plus spectateurs passifs des multiples dysfonctionnements de notre monde qu'agents actifs pour y remédier ? Ne serions-nous pas en train de nous replier sur nous-mêmes à la faveur de l'âge, de privilégier notre bien-être, d'être de moins en moins mêlés à la population active et militante ?
Alors qu'une proximité de vie effective avec ceux qui peinent, luttent, souffrent me semble une condition importante d'un apostolat fructueux. Je sens moins que par le passé battre le pouls du monde dans nos communautés. Je sens une réelle conscience professionnelle, un engagement sérieux dans la mission confiée, une surcharge de travail chez certains jeunes largement sollicités ; je repère beaucoup moins l'écho des difficultés et des luttes de notre époque.
Prenons garde à ne pas vivre en marge du monde d'aujourd'hui, de sa complexité et de ses contradictions, de ses anomalies et de ses conflits, de ses prouesses et de ses souffrances. En dépit de l'âge, imaginons des formes renouvelées de présence et de proximité. Sinon, nous sacrifierons des pans entiers de notre Règle de vie. Et nous oublierons les leçons d'hier et d'aujourd'hui que confirment encore de récents stages diaconaux : la rencontre sans masque, en hôpital ou ailleurs, dans une proximité vraie avec toutes sortes de personnes, est une école d'écoute active et d'humanisation, de foi chrétienne et de sens ecclésial et eucharistique. " J'ai mieux compris combien l'eucharistie peut être une force, un viatique et un signe de communion. Elle devient progressivement le cur de ma prière et de ma vie ".
P.
Claude MARECHAL
Lettre n°12, p.21-23 - Documents Assomption 1997