Préface

Au risque d'une aventure

Voici qu'à l'aube de ce troisième millénaire, l'Assomption nous invite à jeter un regard en arrière sur ce qu'ont dit, fait ou écrit ses religieux, depuis ceux qui nous ont précédés aux premiers jours jusqu'à nous aujourd'hui qui entendons perpétuer " l'espèce ", tous regroupés ici en trois séries cinquantenaires successives 1850-1900 ; 1900-1950 et 1950-2000.

Première période : 1850-1900
Le fondateur et les pionniers

Les aïeux ou les ancêtres (1850-1900) remplissent les premières pages, celles des fondateurs ou des fondations, des ouvertures et des tâtonnements. Ils ont pour noms d'abord, d'Alzon, Picard, Galabert, Vincent de Paul Bailly, appuyés ou relayés sur les quelque 300 " fantassins de l'ombre " qu'ils représentent et animent de leur impulsion entraînante pour cette première périodisation et que ressuscite dans la prière du memento eucharistique l'évocation annuelle de leur nom, au jour de leur naissance au ciel. Tous déploient à leur manière cette page unique de nos origines, marquées au coin d'un esprit dont nous voulons vivre aujourd'hui, d'une devise (ART) qu'ils brandissent à la manière d'un drapeau pour incarner dans la société et l'Eglise de leur temps le levain évangélique d'une action apostolique, c'est-à-dire à la manière des apôtres en leur siècle.

Avec bien des tâtonnements, ces aventuriers " moines-apôtres " ont cherché à comprendre leur temps, cette société moderne issue de la Révolution et de ses idéaux dont la manifestation irrite très souvent leur sens ecclésial. Ils ont épousé l'Eglise catholique de leur siècle, souvent définie dans son ultramontanisme offensif et agressif comme " une citadelle assiégée ", dressée face aux évolutions libérales ou démocratiques des mœurs, des puissances du jour ou de changements irrépressibles. Mais leur force indéniable, quand bien même corsetée à nos yeux par le joug d'influences ou de traditions irréconciliables, c'est d'avoir ouvert un chemin d'action résolument et généreusement en phase avec de possibles évolutions tant dans la société que dans l'Eglise.

D'un dynamisme apostolique que n'entame pas l'adversité des idées ou des mentalités et qui ne s'effraie pas de la disproportion des forces en présence, à la suite du P. d'Alzon et de ses premiers fils, cette poignée d'hommes entreprenants ne recule devant aucun chantier, souvent sans grands moyens, sans forte préparation. Du monde scolaire de l'enseignement, leur premier horizon, ils sont lancés ou se lancent progressivement dans celui de l'édition, de la presse populaire, des grandes manifestations de foi (prières publiques, pèlerinages), de la prédication, de la mission lointaine en terre inconnue ou méconnue : l'Australie, l'Orient, le Nouveau Monde et des formes jamais taries de l'apostolat social (orphelinats, alumnats, pastorale des marins et des milieux défavorisés). L'action publique les hante : ils sont habités par une foi qui ne semble s'émouvoir ni de l'échec humain qui paralyse ni de l'amour-propre qui fait reculer. La passion du Royaume les rend attentifs au monde nouveau qui naît sous leurs yeux, alors même que leur formation humaine, intellectuelle ou spirituelle les rive encore aux mirages des temps anciens.

L'Assomption est née au pays de la foi, celui de l'Evangile du Christ qui peut transformer des vies humaines, historiques et contingentes, en étoiles posthumes. Prenons le chemin de leurs vies ; il ne nous protège pas de leurs ornières, mais il nous entraîne dans ce sillage sur les routes d'un présent toujours inachevé et toujours à construire.

P. Jean-Paul PERIER-MUZET, A.A.
Rome, le 17 février 1999

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