Préface

Troisième période : 1950-2000

Pour une Assomption ouverte au troisième millénaire

L'année 1950 est marquée d'une pierre blanche pour toutes les familles de l'Assomption : le 1er novembre, sur la place Saint-Pierre, le pape Pie XII proclame le dogme de l'Assomption de Marie, définition dogmatique à laquelle a travaillé un assomptionniste, le P. Martin Jugie. Mais très vite aussi, le successeur du P. Gervais, le P. Wilfrid Dufault, supérieur général américain, doit faire face aux nuages noirs qui s'accumulent sur l'Europe de l'Est. Le P. Jean Nicolas découvre, avant le mot, la réalité du goulag soviétique, trois Pères bulgares sont fusillés en 1952 et les promesses d'une première floraison en Roumanie gelées dans l'hiver oriental du " rideau de fer ". La province néerlandaise de l'Assomption, alors très vigoureuse, implante la famille sur des terres nouvelles : le Liban, la Nouvelle-Zélande (1952) tandis que les provinces françaises de Lyon et de Paris se risquent en Afrique noire : Côte d'Ivoire et Madagascar (1953). Jusque dans les années 1960, la croissance des effectifs, même fortement ralentie, maintient l'Assomption à la hauteur du millésime.

C'est avec joie que l'Assomption entre dans des perspectives dynamiques de renouvellement avec le Concile de Vatican II. Le pape Jean XXIII, l'ancien délégué apostolique Roncalli à Sofia, à Ankara ou nonce à Paris, aime se montrer l'ami reconnaissant de la famille assomptionniste. Sept religieux participent, à divers titres, au Concile. Mais la promesse des fleurs conciliaires ne donne pas tous les fruits escomptés. Les années 70-80, après l'euphorie communautaire de 68, sont sévères pour l'Eglise, au moins dans l'hémisphère Nord, comme pour la vie des Congrégations : chute des vocations, fermetures, départs, vieillissement, autant de brèches ou de lézardes qui marquent durablement la vie d'un corps social.

L'Amérique du Sud est emportée dans les excès de régimes militaires au paravent anti-communiste : l'Assomption au Brésil traverse une tourmente qui, pour être brève, n'en est pas moins destructrice (1968-1969). Dans les années 80, c'est la jeune Assomption argentine qui est décapitée, trois religieux sont portés disparus. Il faut toute l'espérance qui entoure les célébrations du Centenaire du P. d'Alzon (1980) pour redonner à la famille l'élan d'un renouveau avec une nouvelle Règle de Vie (1981), la fierté de son nom officiel reconnu (1983), le dynamisme d'un nouveau germe en Afrique de l'Est.

Au P. Paul Charpentier dont le style interrogatif exprime bien dans les écrits les inquiétudes et les incertitudes d'un avenir compromis, succède en 1975 le P. Hervé Stéphan. Avec des forces diminuées, vieillies et regroupées (unification des Provinces françaises en 1978), comment ouvrir la porte de l'espérance vers cet avenir inconnu, sinon en faisant confiance au présent qui se dessine dans l'hémisphère Sud (scolasticats d' Afrique et de Madagascar) et replongeant l'Assomption dans la force de ses origines ?

Il ne manque pas de plumes assomptionnistes pour lui faire retrouver avec Augustin des chemins de conversions sans cesse à reprendre, avec la mission " hors frontières " maintenir l'Eglise au cœur de sa raison d'être, et avec la prière de Marie regarder son pèlerinage sur la terre comme une marche vers l'inconnu. Les activités des Assomptionnistes, durant cette période, se sont sans doute diversifiées ou parfois éparpillées . Bien des religieux formés à l'ancienne, bien des " œuvres " traditionnelles de l'Assomption ont fait le passage forcé des reconversions, difficiles parfois, douloureuses souvent. Les Instituts français augustinien et byzantin sont intégrés après 1980 dans l'Institut Catholique de Paris. Les questionnements ont pu sembler prendre la place des certitudes, les préoccupations " ad intra " assourdir les appels ou obscurcir les enjeux du monde ambiant.

Et pourtant les mots et les gestes forts du pontificat de Jean-Paul II ont trouvé de l'écho dans la vie de l'Assomption. L'œcuménisme, le dialogue inter-religieux, les appels de l'hémisphère Sud mobilisent toujours des religieux migrateurs, nés bien souvent sous d'autres cieux, mais ouverts dans leur démarche aux horizons que des temps et des hommes nouveaux leur feront découvrir. En 1987, le P. Claude Maréchal prend les rênes de l'Institut : dès 1989, la chute du mur de Berlin rend possible le réinvestissement de l'Assomption en direction de l'Est. Saint-Louis des Français à Moscou retrouve un curé assomptionniste (1991), la Roumanie un noviciat à Margineni, près de Bacau en Moldavie, la même année, et Plovdiv, cœur historique de la mission d'Orient en Bulgarie, une double communauté A.A. et O.A. en 1994.

Le mouvement est courageux, volontaire, désintéressé, bien dans la ligne de l'Assomption même si ses possibilités actuelles ne sont pas à la hauteur de ses souhaits. Le filet est lancé en direction de l'Asie, sur les pas des Oblates en Corée du Sud (1991). Le vent de l'Esprit qui souffle où il veut portera peut-être l'Assomption des années 2000 des côtes du Nord vers celles du Sud ou de l'Ouest vers l'Est, selon les continents. Dans ces transferts ou remodelages, l'Assomption prend un visage plus international, décloisonnant les anciennes Provinces qui avaient pris l'habitude, au temps de leur jeunesse, de vivre en autarcie. Elle porte toujours, avec un nombre restreint de religieux, en dessous du millier, de nombreux projets en terre nouvelle. Du Chili, elle pénètre en Equateur, à Riobamba (1996) ; et elle compte sur sa jeunesse congolaise, une fois pénétrés les pays des grands lacs (Kenya 1988, Tanzanie 1995), malgré les tragédies des guerres ethniques qui ont fortement éprouvé les communautés féminines de l'Assomption au Rwanda, pour un jour passer sur l'autre rive, occidentale, du continent.

Sans doute n'est-il pas pour l'Assomption de cette aube millénaire de limite à l'espérance, comme sur ces visages mûris avec l'âge du siècle finissant, qui portent sur eux les traces et les rides de leur histoire, mais dont le regard, aiguisé par l'infatigable passion du Royaume, continue à scruter l'avenir que portent avec eux d'autres générations, d'autres cultures et d'autres continents.

P. Jean-Paul PERIER-MUZET

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 Page réalisée par D. Remiot