5. L’expansion et l’aventure missionnaires.Le cadre ecclésial des mandats du P. Gervais: Sous le pontificat de Pie XI: * Le P. Gervais Quenard exerça ses 3 mandats successifs (1923-1929; 1929-1941; indults de progation; 1946-1952) sous les pontificats de Pie XI et de Pie XII, en partie. Ces deux pontificats, liés à l’histoire du XXème siècle, ont été affrontés tous deux à de nombreux et difficiles problèmes: la montée des nationalismes dans l’entre-deux guerres, l’affrontement de la deuxième guerre mondiale, la tension de l’après-guerre. * Pie XI, élu le 6 février 1922, né Achille Ratti à Desio en Lombardie le 31 mai 1857, était un homme cultivé qui avait passé 22 ans à la Bibliothèque ambrosienne, avait été nonce à Varsovie en 1919, puis archevêque-cardinal de Milan en 1921. Erudit, homme de caractère et d’action infatigable, il imprima au pontificat une forte direction doctrinale, diplomatique, missionnaire: institution de la fête liturgique du Christ Roi (encyclique Quas primas 11 décembre 1925), éducation de la jeunesse (encyclique Divini illius magistri du 31 décembre 1929), doctrine classique du mariage (encyclique Casti connubii du 31 décembre 1930), vie sociale (Quadragesimo anno 15 mai 1931). Il se révèla comme le pape de l’Action catholique en encourageant le projet Cardijn, fondateur de la J.O.C. (1925). Son attitude, assez négative à l’égard de l’œcuménisme oriental, tranche avec son avancée dans le domaine missionnaire: encyclique Rerum Ecclesiæ (28 février 1926), mais par contre le sacre de 6 évêques chinois (28 octobre 1926) consacre les idées du P. Lebbe. En 1939, 48 territoires de mission étaient dirigés par des évêques autochtones. * Le pontificat de Pie XI fut surtout marqué par de vigoureuses
prises de position à l’égard des courants de pensée
contemporains: . Sur le plan des principes, Pie XI fut un pape inflexible: il condamna le nationalisme de l’Action française (1927), l’emprise de l’état italien-mussolinien sur la jeunesse (encyclique Non abbiamo bisogno, juin 1931), les dogmes nazis (Mit Brennenger Sorge, mars 1937), le communisme athée (encyclique Divini Redemptoris, mars 1937). Il dut affronter aussi au Mexique une tempête persécutrice contre l’Eglise (à partir de 1930), puis en Espagne la guerre des républicains très anticléricale (1931-1939, encyclique Dilectissima nobis du 3 juin 1933); la montée du Front Populaire en France ne manqua pas de l’inquiéter. Il sut mener un combat vigoureux contre toutes les idéologies de droite et de gauche. Sa mort le 10 février 1939 ne laissa pas présager des jours heureux à cette vieille Europe en proie à ses vieux démons. * Quels furent les contacts entre ce pape et l’Assomption? Ils furent excellents dans la mesure même où le P. Gervais Quenard et la nouvelle Curie de 1923, renouvelée en 1929, entrèrent parfaitement dans les vues de la Sacrée Congrégation des Religieux: sacre de l’assomptionniste Mgr Pie Neveu pour Moscou en avril 1926, 2 audiences en 1929 à l’occasion du chapitre, lettre de Pie XI pour le cinquantenaire de l’Assopmption en 1930, soutien recommandé de Gervais Quenard aux directives pontificales, audience accordée aux capitulants de 1935, sacre de Mgr Vuccino en juillet 1937, sacre de Mgr Piérard en Afrique (1938)... Sous le pontificat de Pie XII: * Sa personnalité était hors pair: d’une vive intelligence, polyglotte, à la fois prudent et réaliste, d’une capacité de travail débordante, affable et autoritaire, il chercha à jouer d’abord un rôle de médiateur lorsque la guerre se déchencha puis se borna à rappeler les principes indispensables à la fondation d’une société juste sur la base du droit naturel éclairé par la foi. On lui a passionnément reproché ses ‘silences’ à l’égard des aggressions hitlériennes, des camps de concentration et d’extermination juive. Peut-être a -t-il été plus un ‘pape politique que prophétique’. On ne peut oublier les nombreux gestes du Saint-Siège et des nonciatures pour sauver des vies innocentes. Les discours et messages de Pie XII à Noël pour la paix témoignent de sa pensée et de sa sollicitude. Il vécut aussi les heures angoissées de la guerre froide, l’installation des régimes marxistes en Europe de l’Est et en Asie. * Ses enseignements doctrinaux pour la période 1939-1952 sont importants: encyclique Mystici Corporis Christi (1943, Eglise), encyclique Divino afflante Spiritu (1943: exégèse), dogme de l’Assomption (1er novembre 1950). Fût-il plus un mainteneur qu’un initiateur? Il sut en tout cas se montrer réformateur: par l’encyclique Mediator Dei (30 nov 1947) sur la liturgie, par la constitution Provida Mater (2 février 1947) sur les Instituts séculiers. Certes à partir des années 1949, notamment après l’éloignement de Mgr Montini, il y eut raidissement dans ce pontificat: ainsi le décret du Saint-Office du 20 déc. 1949, interdisant toute collaboration pratique avec le communisme, l’encyclique Humani generis du 12 août 1950 qui met un frein aux tendances novatrices en théologie, les restrictions imposées dans les relations avec les frères séparés... Peut-être que revint alors davantage en vigueur la prudentia, putôt que l’audacia, plus de mises en garde que d’invitations aux adaptations. * Au plan politique, il convient de remarquer la perte d’influence
de l’Eglise catholique persécutée dans tout l’Est
européen communiste, illustrée par des procès célèbres:
Mgr Stépinac à Zagreb et Mgr Slipyj, tête de l’épiscopat
ukrainien (1946), Mgr Beran de Prague (1951), Mgr Wyszynski à Varsovie
(1953) et Mgr Mindszenty à Budapest (1949). C’est un quasi
anéantissement en Albanie, en Bulgarie et en Roumanie: dès
1948 l’épiscopat est décimé, éloigné,
emprisonné. En Chine communiste (1949), le mouvement de la triple
autonomie se révèle vite anti-catholique: expulsions, épuration,
formation d’une église patriotique (d’où enoctobre
1954, l’ encyclique Ad Sinarum Gentes). Le Vitenam est encore bouleversé par
la guerre en 1946, mais l’exode des chrétiens du Nord, pro-communiste
(1954), se fit massif. A mettre à l’actif de Pie XII, le
concordat avantageux avec l’Espagne de Franco en 1953. |