6. Le mouvement pré-conciliaire
et conciliaire:
1952-1969 à l’Assomption, 17 années:
Les 28 années années de 1952 à 1969 enregistrent à l'intérieur
de la Congrégation les mêmes zones de recherche, d'ombres et de
lumières qui marquent l'ensemble du corps écclésial, dans
la dernière partie du pontificat de Pie XII (1952-1958): une aspiration à de
profonds changements, motivés par de formidables transformations socio-économiques
et culturelles de toute la planète, une identité sacerdotale
et chrétienne en crise, des évolutions culturelles démultipliées à la
vitesse d’un temps historique accéléré. C'est le
temps d'un aggiornamento indispensable et difficile que va accentuer l’aventure
d’une Eglise en concile.
Le cadre ecclésial: la fin du pontificat de Pie XII (1952-1958):
. L’Eglise catholique, nous l’avons déjà remarqué dans
la partie précédente, a souffert dans ces immédiates années
d’après-guerre d’une perte d’influence dans l’opinion
publique, du fait des événements géo-politiques et des évolutions
socio-économiques (guerre froide, installation de régimes communistes,
discrédit moral dû à l’accusation des ‘silences’ de
Pie XII, vieillissement de la papauté, empreinte matérialiste
des sociétés occidentales, émergence du Tiers-Monde en
conflit avec la structure coloniale...). Il est inutile de s’appesantir
plus longuement sur de tels constats.
. Le monde ecclésial aspira lui-aussi à de profonds changements.
Les mœurs avaient changé, bien des structures avaient vieilli.
La mise en garde contre l’ouverture à gauche des chrétiens,
l’indulgence de l’Eglise à l’égard de l’Espagne
franquiste, à l’égard du Portugal de Salazar ou encore à l’égard
de certaines dictatures d’Amérique latine donnèrent un
ton assez raide à la fin du pontificat de Pie XII. Le P. Dufault et
les religieux des chapitres généraux de 1952 et 1958 obtinrent
une audience de Pie XII, l’audience spéciale de mai 1952, l’audience
générale du 28 mai 1958, mais avec un traitement de choix souligné pour
l’Assomption: cf circulaire n° 22 de juillet 1958.
Un souffle nouveau, le pontificat de Jean XXIII (1958-1963):
* Né le 25 nov. 1881 à Sotto il monte près de Bergame,
Angelo Giuseppe Roncalli, 3ème des 13 enfants d’une famille paysanne,
est entré au séminaire en 1893, fut ordonné prêtre
en 1904, devint secrétaire de l’évêque de Bergame,
Mgr Radini-Tedeschi (1905-1914), puis aumônier militaire pendant la guerre,
directeur spirituel du séminaire à Bergame où il fonda
pour la jeunesse une maison de l’étudiant. La seconde partie de
sa vie est diplomatique: délégué apostolique à Sofia
de 1925 à 1934, sacré évêque, puis délégué apostolique
de Turquie et de Grèce (1935-1944), nonce à Paris (fin 1944-début
1953), cardinal (1953), patriarche de Venise (1953-1958), il est élu, à l’étonnement
de beaucoup, pape le 28 octobre 1958 après 10 tours de scrutin et salué comme ‘pape
de transition’.
* Mais très vite le pape Jean XXIII donna un tour personnel et novateur à son
pontificat, en ouvrant un synode pour Rome, en décidant l’ouverture
d’un concile œcuménique et la mise à jour du Droit
canonique. Il créa 55 cardinaux, dépassant le chiffre symbolique
des 70, nomma un japonais, un tanganikais et un philippin pour la première
fois dans l’histoire du Sacré-Collège. Il recut au Vatican
nombre de personnalités religieuses non catholiques: Dr Fisher (1960),
Dr Jackson (1961), Dr Morris (1962), le métropolite Damaskinos de Grèce
(1962) et même donna audience à Adjoubeï, le gendre de Khrouchtchev à l’époque
maître du Kremlin. Il reçut le prix Balzan (mai 1963), créa
un ‘prix international de la paix’. Il a publié 8 encycliques
dont Mater et Magistra en 1961 (encyclique sociale) et surtout Pacem
in terris (avril 1962, sur la paix). Il canonisa 10 bienheureux. Il mourut le 3 juin
1963. Au total, un pontificat sans doute court, mais très marquant.
* Homme bon, simple et humble, Jean XXIII avait pris comme devise de vie:
Obœdientia et pax. Homme ouvert, il se montra de façon étonnante
sous un jour nouveau pendant son pontificat, faisant confiance au progrès,
accordant de l’estime pour toutes les valeurs humaines vraies, manifestant
une volonté de renouveau et de dialogue œcuménique. Le grand
tournant du pontificat, ce fut le concile ouvert par Jean XXIII en octobre
1962 avec une certaine inconscience sans doute, un concile qui va être
mené à son terme par Paul VI en 19651 . Cet événement
ecclésial a posé les jalons d’une évolution certaine,
mais constrastée et souvent douloureuse.
Jean XXIII et l’Assomption:
Giuseppe Roncalli n’était pas un inconnu pour la famille religieuse
de l’Assomption. A Sofia comme à Istanbul, il eut de nombreux
contacts très amicaux avec les religieux assomptionnistes, tant au sein
du collège de Plovdiv qu’à la tête de la délégation
apostolique. Il avait apprécié les travaux de recherche de l’Institut
byzantin, cet Institut déménagé d’Istanbul en 1937
pour Bucarest, puis transféré à Paris en 1948. Il connut
personnellement les seconds pionniers de la Mission d’orient, notamment
les Pères Flavien Sénaux, Ausone Dampérat, Maximilien
Malvy, Privat Bélard, le P. Méthode Oustichkov, son professeur
de bulgare et de français, le P. Ludovic Marseille et les têtes
de l’Institut byzantin: les PP. Petit, Salaville, Janin, Grumel,
Laurent, Pargoire, Martin Jugie ou encore Alype Barral qu’il appréciait
tout particulièrement.
. A Paris, il eut plusieurs fois l’occasion de rencontrer les religieux
de la Bonne Presse et, tous les jours, à la nonciature, le P. Vincent
Delouf, ou le P. Rémi Kokel.
. A l’occasion de certaines manifestations, Jean XXIII sut manifester
sa proximité de cœur avec l’Assomption: pensons à la
réception de Mgr Piérard le 6 janvier 1959, au choix de Mgr
Canonne comme premier évêque de Tuléar (25 avril 1959), à l’audience
accordée à la curie généralice (19 janvier 1959).
Le secrétaire d’Etat, Mgr Tardini devint le troisième et
le dernier cardinal protecteur de l’Assomption (9 nov. 1959). Il décéda
peu de temps après (1961). D’autres rencontres avec le pape se
produisirent encore: ensons à la remise du cierge le 2 février
1961 par les PP. Farne et Rémi Kokel, au choix de Mgr Arthur
Horsthuis comme évêque de Jalès au Brésil (21 février
1960), au choix de Mgr Vasile Cristea, roumain, comme évêque des
catholiques roumains d’Occident, au choix de Mgr Antoine Varthalitis comme archevêque de Corfou (20 juilliet 1962), à la nomination
du P. Dufault comme membre du Concile (3 octobre 1962), à la lettre
pour le centenaire de la Mission d’Orient (1963). La circulaire du P.
Dufault n° 35 du 6 juin 1963 rappella tous ces souvenirs vivants des liens
tissés avec le pape qui venait de décéder. L’Assomption
perdit ainsi en Jean XXIII un grand ami. Elle ne put que se réjouir
de sa béatification en l’an 2000.