7. L’Assomption post-conciliaire (1969-1975).

Le cadre ecclésial du mandat du P. Charpentier (1969-1975) sous le pontificat de Paul VI, 2ème partie (1969-1978):

* Le court mandat du P. Paul Charpentier ne correspond qu’imparfaitement au deuxième temps du pontificat de Paul VI, mais il en porte la trace: difficultés de l’après concile, tarissement des vocations, nombreux départs de personnes engagées dans l’Eglise, remise en cause du lien entre sacerdoce et vie religieuse, crise d’identité du prêtre, remise en question de points disciplinaires ou moraux (célibat sacerdotal, morale sexuelle et conjugale).

* Cependant, ce deuxième versant du pontificat de Paul VI correspond aussi à la mise en application positive et courageuse du Concile: création de conférences épiscopales, réformes liturgiques, réformes de la Curie, développement de la collégialité (1er Synode en 1967, 2ème en 1971, 3ème en 1974...), nombreux voyages pastoraux à l’étranger, gestes œcuméniques de grande portée, création de commissions et conseils pontificaux... Paul VI reste pour l’histoire le pape du Concile, de l’encyclique Humanæ Vitæ (1968) et du ‘non évangélique’ à la violence comme solution à l’injustice (discours de Bogota 1968). Cependant, dans l’opinion courante, ce 2ème versant du pontificat de Paul VI (1969-1978), à part les heures réconfortantes du Jubilé de 1975, année sainte, demeure marqué négativement par les difficultés de l’institution ecclésiale devant les nombreux problèmes auxquels elle est péniblement confrontée: “Nous aurions cru que le lendemain du concile serait un jour de soleil, mais au lieu de soleil, nous avons les nuages, la tempête, les ténèbres”.

* Les liens entre Paul VI et l’Assomption ont été soulignés avant 1969, à la fin de la partie précédente de cette présentation. Notons ensuite quelques signes donnés à l’occasion de célébrations ou événements particuliers: ainsi le télégramme de Paul VI lors du décès accidentel du P. Adriaan Gruyters, le 26 juillet 1970. De février 1971 à février 1972, sont engagées des tractations difficiles à cause de la vente de Notre-Dame de France à Jérusalem. Un accord est conclu entre l’Etat israélien et le Saint-Siège qui devient propriétaire, l’Assomption étant contrainte à céder tous ses droits. En 1973, Paul VI exprime des vœux chaleureux à l’occasion du centenaire de Notre-Dame de Salut et fait parvenir une lettre pontificale au Pèlerin. On retient surtout la cérémonie de béatification de Marie-Eugénie de Jésus en février 1975 à Rome où toutes les familles de l’Assomption ont été représentées. Cependant, il est vrai, la consultation des circulaires du P. Général, le P. Charpentier, et celle du bulletin d’information ART n’ont donné pour la période 1969-1975 aucune description ou aucun indice d’audience particulière.

Un mandat marqué par de profonds changements:

* La Curie généralice, élue pour 6 ans le 29 ami 1969, comprend autour du P. Paul Charpentier (55 ans) une liste presqu’entièrement nouvelle et internationale: P. Dioniso Solano (52 ans), P. Léander de Leuw (46 ans), P. Noël Bugnard (50 ans), P. Augustine-Patrick Dandy (51 ans), puis le 31 mai, P. Alexandre Bombieri secrétaire (47 ans) et le P. Félicien Sleutjes procureur (43 ans). La Curie désigna elle-même peu de temps après le P. Danby comme économe général. En mai 1970 le P. Touveneraud est élu postulateur et archiviste de la Congrégation, remplaçant à ce dernier travail le P. Adrien Pépin qui exerçait depuis 1959. En mai 1971, le P. Sleutjes, procureur, donne sa démission de la charge de procureur, cumulée ensuite par le P. Solano. Le P. de Leeuw, atteint d’un infarctus en juin 1971, présente également sa démission en novembre 1971. Il est remplacé sen septembre 1972 par le P. Seraphinus Tillemans (65 ans).

* Vu l’esprit de décentralisation qui a présidé à l’élaboration des nouvelles Règles, de nouvelles provinces sont formées: province d’Espagne (juin 1969), province de France, non territoriale, (ex-OCF juin 1969), province du Congo (juin 1969); le nouveau texte des Constitutions est promulgué ad experimentum (juin 1969) et une cascade de chapitres provinciaux d’application sont tenus localement (province de Bordeaux, à Noël 1969, organisant le Brésil en région; province de Lyon, à Noël 1969; province de Paris, à Noël 1969, donnant un statut de région à Madagascar; Province de France, en janvier 1970, mettant en place une organisation interprovinciale pour les trois provinces territoriales: C.I.F., C.A.F.; province de Hollande, à la fin 1969, avec une vice-province du Brésil; province d’Angleterre, en fin 1969; province d’Amérique du Nord en 2 sessions, l’une fin 1969 et l’autre en juin 1970, avec une région canadienne; province d’Amérique du Sud, en octobre 1969; province de Belgique-Nord,à la fin 1969; province de Belgique-Sud, en octobre 1969 avec une région de Colombie; province du Congo, à la fin 1969; enfin province d’Espagne, à la fin 1969 et au début 1970. Partout sont mis en place des Conseils de Province, instance d’animation, autour des conseils provinciaux, instance de gouvernement. La Province devient le cadre gouvernemental habituel de la Congrégation, l’Institut étant maintenant aussi fortement décentralisé qu’il avait été à une époque fortement centralisé.

* Autre innovation, au niveau général, est prévue annuellement la tenue d’un Conseil de Congrégation (C.C.) regroupant tous les Supérieurs Majeurs, dans une sorte de collégialité assomptionniste. Pour mémoire, rappelons les lieux et dates de tenue de ceux réalisés entre 1969 et 1975, avec quelques indications sur le contenu des échanges:

    1. 1969 Rome (3 juin 1969): mise en route de la nouvelle équipe.
    2. 1970 Madrid (7 au 12 avril): dérogations aux ROC, statut des régions, diaconat permanent, les isolés, esprit et avenir aa, rapport financier, formation.
    3. 1971 Londres (22 au 30 avril): communauté locale, vie apostolique, religieux isolés, modifications aux statuts, temporel.
    4. 1972 New York (20 au 28 avril): vie de prière, formation, temporel.
    5. 1973 Jérusalem (4 au 11 mai): : communauté aa, rôle du supérieur, préparation du chapitre général, surplus, esprit de l’Assomption, missions, aspect international, justice dans le monde, rapport financier, formation.
    6. 1974 Breda (25 avril au 3 mai): orientations apostoliques, révision du Droit canonique, pauvreté, charisme, R.O.C., préparation des chapitres
    7. (a) 1975 Les Essarts (10 avril): rapport économique sur l’année 1974.

Regard sur les chiffres:

Statistiquement, la Congrégation accuse en l’accentuant, de 1969 à 1975, un recul d’effectifs et un vieillissement de l’ensemble qui seraient inquiétants s’ils n’interrogeaient le corps tout entier sur une nouvelle politique vocationnelle en une période de reflux général et d’abandons fréquents du ministère ordonné et de l’engagement religieux. Voici d’après quelques données chiffrées relevées pour cette période 1969-1975, les Répartitions annuelles ne présentant plus la variation des effectifs et l’état annuel de la Congrégation, comme auparavant.

  • 01/01 1970: 1672 religieux.
  • 01/01 1971: ART Informations, n° 17, p. 4
  • 01/12 1971: 1625 dont 1303 prêtres et 210 frères perp. et 13 novices.
  • 12/01 1973: 1540 religieux. ART Informations, 1973, n° 37, p. 1.
  • 08/12 1973: 1503 religieux.
  • 01/01 1975: 1450 religieux dont 1206 prêtres. ART Informations, 1975, n° 54, p. 2.

Donc, en quelque 6 années, la Congrégation se trouve diminuée de plus de 200 membres, pour cause de décès, de départs et surtout de déficit d’entrées. La pyramide des âges repose sur une base de plus en plus amoindrie, phénomène qui affecte toute l’Eglise ministérielle dans son ensemble, mais plus particulièrement dans la partie occidentale du globe. Le P. Paul Charpentier ayant exprimé son désir de ne pas postuler un second mandat, le chapitre général de 1975 se réunit dans la perspective d’avoir à désigner une nouvelle tête pour l’Institut (1).


(1) Cf l’article de Penis Pelletier, Une identité inquiète, L’Assomption, 1969-2002.

 

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