2. Le temps de l’entre deux expulsions: le P. Picard.

 

Le cadre ecclésial de la vie du P. Picard,
le pontificat de Léon XIII :

* Elu après 2 jours de conclave le 20 février 1878, Vincenzo Gioacchino Pecci (1810-1903) prit le nom de Léon XIII, après être resté confiné 32 ans dans le petit évêché de Pérouse (1846-1878). Homme de tempérament humaniste, d’une intelligence pénétrante, maître de lui, il chercha, à la différence de son prédécesseur, à rejoindre le monde moderne qui s’édifiait en dehors de l’Eglise. On lui doit le renouveau des études exégétiques et historiques et surtout un encouragement très net au catholicisme social avec Rerum Novarum (1891). Il liquida tous les conflits en cours avec l’Allemagne de Bismarck, l’Espagne, la Grande Bretagne et les républiques d’Amérique latine. Mais il échoua dans sa politique de conciliation avec la France et demeura intraitable sur la question romaine avec l’Italie. Sous son pontificat, les représentations diplomatiques se sont multipliées, attestant le prestige moral du pontificat.

* De nombreuses encycliques sont à mettre à son actif: Æternæ Patris (1879 rationalisme), Immortale Dei (1885, organisation chrétienne de l’Etat), Libertas præstantissimum (1888, liberté civile et personnelle), Rerum novarum (1891 justice sociale et condition ouvrière), Providentissimus Deus (1893 enseignement de la Bible), Orientalium dignitas (1894 rapprochement avec les églises séparées), Testem benevolentiæ (1899 condamnation de l’américanisme), Graves de communi (1901, démocratie): un changement de climat est très perceptible, même s’il y eut raidissement final avec Mazella.

* Le P. Picard eut toute la confiance de Léon XIII qu’il rencontra à maintes reprises, notamment lors des pèlerinages. Léon XIII chargea Picard et Dom Wyart de se rendre auprès des évêques français pour faire cesser les divisions entre catholiques (1897). Enfin Picard fut très consulté sur les questions orientales. Audiences sous Pie IX: 2 mai 1873, 12 mai 1874, 3 mai 1875 avec M. de Damas; 9 mai 1876. Audiences de Léon XIII: 2 mai 1879; 24 avril 1880 (audience privée); 5 mai 1881; 10 mai 1881; 18 octobre 1882; 15 avril 1893; 30 avril 1895; 5 mai 1895 (commission cardinalice présidée par le pape pour l’Orient), 9 mars 1896, 16 mars 1896; début août 1897 (mission auprès des évêques); 9 août 1897; 29 déc. 1902. Il est vrai que Léon XIII fut trompé dans sa confiance envers le gouvernement français, mais ses directives furent-elles bien comprises, interprétées et diffusées par l’Assomption, en dépit d’un ultramontanisme affiché?

La congrégation entre les mains du premier disciple:

La présentation biographique de l’homme François Picard a été faite plus haut. Il s’agit ici plus de l’Institut sous son gouvernement que de la personnalité du chef. Trois grands traits marquants peuvent être dessinés:

- Le retour à l’unité de gouvernement de la congrégation, due en partie aux difficultés créées par le gouvernement français à l’encontre des religieux enseignants et, sans doute aussi, aux dispositions personnelles du P. Picard. La congrégation revient à une direction centralisée après l’essai de vie en provinces sur lequel il se trouvait en désaccord avec le P. d’Alzon. Le déplacement géographique de la résidence du général, de Nîmes à Paris, rue François Ier, n’est pas anodin.

- Le fonctionnement normal des instances régulatrices, comme la tenue de chapitres réguliers (1886, 1892, 1898), les charges des officiers mieux définies (Saugrain, Ch. Laurent jusqu’à sa mort en 1895, remplacé par Pernet en 1898, les deux frères Bailly). Le P. Picard confirme le P. André Jaujou, comme secrétaire particulier, celui-ci devenant en 1898


  1. Il est sûr que Léon XIII encouragea les A.A. à modérer leur ton dans les colonnes de La Croix, il est vrai aussi qu’il crut bon de leur demander le sacrifice de leur poste à la Bonne Presse en 1900.

 

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