Chapitre septième

 

Le RÉGIME DE VIE DES PROVINCES A L’ASSOMPTION

Une mise en place progressive.

Un Institut religieux se développant trouve pour son organisation des formes adaptées à sa croissance. Il est évident qu’au départ tout est concentré entre les mains du Fondateur ou de la Fondatrice qui partage son autorité avec un noyau de conseillers, premiers compagnons ou compagnes de vie jugés les plus aptes pour le service de l’autorité, de la décision ou des réflexions préparatoires. C’est l’expérience historique qu’a faite pour sa part la Congrégation des Augustins de l’Assomption, avec le petit noyau des commençants de 1845, puis des premiers profès de Noël 1850. Il suffit pour s’en convaincre de relire le témoignage de l’immense correspondance du P. d’Alzon, au fil des années qui ont jalonné de 1852 à 1880 son supériorat1 . C’est ainsi que peu à peu, lors des premiers chapitres généraux, ont été désignés progressivement un, puis deux et enfin quatre assistants généraux, en fonction du développement numérique de la Congrégation qui fut, on le sait, relativement lent si l’on tient compte de la stabilité des membres adhérents et non de la mouvance des seules entrées. Le P. d’Alzon voulut aussi faire l’expérience d’un Conseil, baptisé selon l’époque, des Six ou des Sept, plus particulièrement dans le cadre de l’animation et de la direction du collège de Nîmes.

Une étape significative, 1876.

En 1876, le Père d’Alzon voulut poser, lors du chapitre général de cette année-là un changement important dans l’organisation de la Congrégation. Il demanda, malgré l’opposition formelle du P. Picard, qu’elle fut constituée selon le régime de vie normal d’une hiérarchie religieuse dédoublée, un gouvernement central et des provinces établies selon les critères du nombre, des œuvres et de la géographie2 : c’est l’acte de naissance officiel du régime des Provinces à l’Assomption qui établit les trois premières du nom, Andrinople (P. Victorin Galabert), Nîmes (P. Emmanuel Bailly) et Paris (P. François Picard). Chaque province, ayant son centre dans la localité géographique désignée, se dut d’ouvrir un noviciat complété d’un programme de formation pour les études cléricales, avec possibilité de regrouper des éléments choisis dans une future communauté étudiante à Rome. Le Vigan noviciat avait été fermé en 1874, Paris ouvrit le sien à la rue François Ier, transféré un peu plus tard à Sèvres; Nîmes reprit sa tradition de noviciat dans les locaux du collège, délaissée en 1864. En Orient, après un temps de découverte de la vie religieuse dans les communautés locales, l’usage fit prévaloir l’envoi des candidats dans les noviciats constitués en Occident.

Retour au gouvernement centralisé, 1880-1923.

Les événements de 1880, avec la première expulsion, l’envoi des novices en Epagne, provoquèrent le retour à un gouvernement centralisé entre les mains du P. Picard et la mise entre parenthèses des provinces. Cet état de fait se trouva ‘pérennisé’ en quelque sorte jusqu’en 1923, alors qu’il n’avait été pensé et prévu que comme état provisoire, en raison notamment des difficultés créées par la législation française à l’encontre les Congrégations enseignantes. De même d’autres mesures de gouvernement, également transitoires, comme la cooptation de membres capitulants permanents ou le généralat à vie, établirent dans la Congrégation une situation contraire au droit régulier des religieux. Une protestation en forme de recours à Rome en 1906 porta le différend sur la voie publique. La Congrégation dut s’engager à aligner ses pratiques sur le Droit canonique alors en cours de rédaction, lequel ne devait voir le jour qu’en 1917. Tel est l’aspect interne d’une crise de croissance qui affecte le corps sans casser ceopendant son dynamisme. Après Livry, noviciat transféré d’Osma en 1886, un second noviciat a été ouvert en Orient à Phanaraki (Turquie d’Asie) après 1889, doublé d’une maison d’études en 1904. La fermeture de Livry, suite au mouvement d’expulsion en 1900-1901 conduit à l’ouverture de la grande maison de Louvain regroupant à la fois novices, étudiants en philosphie et en théologie, avant de nouvelles spécifications: noviciat à Gempe en 1906 et Limpertsberg au Luxembourg (1912). Bien avant déjà, de nouvelles filières de formation avaient vu le jour: maison d’études à Rome et à Istanbul Koum-Kapou en 1883, à Jérusalem (Notre-Dame de France) en 1887, en France au Breuil en 1888 et à Toulouse (1893), sans oublier Kadi-Keuï sur la rive asiatique d’Istanbul en 1895. C’est dire qu’à une centralisation forte de gouvernement a correspondu aussi une large décentra-lisation de fait, géographiquement parlant, de la formation à l’Assomption qui est allée de pair avec une première forme d’internationalisation.


  1. Cette correspondance a été éditée, rappelons-le, de 1923 à 2003. on peut se référer aux différents volumes: A, B, C (Vailhé), I et II (Touveneraud), III-XIII (Deraedt) et XIV-XV (Périer-Muzet). Elle est également consultable à partir de la banque de données, série B ou à partir du dernier CD.
  2. Voici l’ordre chronologique de fondation par pays pour la Congrégation, compte tenu de la carte politique des Etats selon les époques: 1845 France, 1861 Australie, 1862-1863 Bulgarie, 1867 Turquie, 1880 Espagne, 1883 Italie, 1887 Jordanie (Jérusalem alors sous occupation ottomane), 1890 Belgique, 1890 Chili, 1891 USA, 1900 Pays-Bas, 1901 Angleterre, 1903 Russie, 1910 Suisse, 1911 Argentine, 1912 Luxembourg, 1917 Canada-Québec, 1924 Roumanie, 1925 Yougoslavie, 1928 Allemagne 1929 Congo belge, 1934 Grèce, 1934 Tunisie, 1935 Brésil, 1935 Chine (Mandchourie, sous occupation japonaise), 1946 Colombie), 1947 Mexique, 1948 Israël (Notre-Dame de France, lieu assomptionniste depuis 1887, alors territoire ottoman, puis sous mandat britannique entre 1917 et 1948), 1949 Algérie, 1950 Liban, 1952 Nouvelle-Zélande, 1953 Madagascar, 1954 Uruguay, 1957 Côte d’Ivoire, 1962 Costa Rica, 1987 Kenya, 1991 Corée du Sud, 1995 Tanzanie, 1996 Equateur. L’Assomption a quitté l’Australie en 1875, le Luxembourg vers 1919, la Suisse vers 1930, la Chine en 1954, l’Uruguay en 1954, le Liban en 1958, l’Algérie en 1963, la Tunisie en 1964, le Costa Rica vers 1966, la Yougoslavie en 1982, la Côte d’Ivoire en 1991. En 1967 Israël s’emparant de la Cisjordanie et de Jérusalem-Est, Saint-Pierre en Gallicante passe aussi sous l’administration de l’Etat hébreu.

 

 

 

 

 

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