Ratio Intitutionis

II – Le noviciat (RV 139-146, 196-198)

Objectifs

66. “Le noviciat est un temps de transformation et le novice ne doit avoir qu'un désir : se transformer en Jésus-Christ” (ES 263-264) . Le but du noviciat est d'initier progressivement le candidat à la vie religieuse assomptionniste, en l'amenant à approfondir son propre projet évangélique et à le confronter avec celui de l'Assomption (RV 142). Au terme de cette étape, le novice doit pouvoir s'engager généreusement, par vœux, avec cœur et sans restriction, à vivre les exigences de la vie communautaire assomptionniste.

67. Le noviciat est donc un temps privilégié de prière, d'étude, de rencontres et d'échanges en vue de :

Mise en oeuvre

La communauté du noviciat

68. La communauté du noviciat permet l'expérience de la prière, de la vie fraternelle, des vœux et de la vie apostolique. De ce fait les novices et le Maître des novices participent pleinement à la vie et à la mission de leur communauté. La communauté, quant à elle, aidera le Maître des novices dans l'accomplissement de sa mission.

L'accompagnement par le Maître des novices

69. “Son modèle, en un mot, sera Jésus-Christ vivant au milieu des apôtres et les formant à la vie évangélique” (ES 260).

La conduite des novices est réservée au seul Maître des novices sous l'autorité des Supérieurs majeurs (DC 650, §2.).

Avec la Commission de formation de la Province, il précise le programme du noviciat, le fait approuver par le Supérieur général et en poursuit la réalisation.

Il aide les novices à discerner et à accomplir la volonté du Père. À cette fin, il les rencontre à un rythme régulier et propre à chacun. Il est le témoin de leur évolution humaine et spirituelle.

Il est l’interprète et le serviteur éclairé de l'esprit de l'Assomption, c'est-à-dire d'une tradition spirituelle et apostolique, reconnue dans l'Église, et il s'applique à la connaître et à la garder ouverte aux appels de l'Esprit, aujourd'hui. Il aide le novice à s'insérer dans cette tradition spirituelle et à se sentir responsable de l'avenir de sa famille religieuse.

Le Maître des novices aidera le novice à assumer les renoncements impliqués par les conseils évangéliques et il l'encouragera à cultiver les attitudes qui en découlent.

L'accompagnateur spirituel

70. Le Maître des novices est le premier accompagnateur spirituel du novice. Celui-ci pourra toutefois, en cas de nécessité et en accord avec le Maître des novices, choisir un autre accompagnateur spirituel.

Le novice choisira un confesseur qui n'est pas le Maître des novices.

Dimensions fondamentales

71. Le programme du noviciat sera conçu en fonction des objectifs du noviciat, des ressources de la Province, de la dimension internationale et pluriculturelle du noviciat. Il tiendra compte des dimensions fondamentales suivantes :

Homme de foi

72. « Jésus-Christ est au centre de notre vie. Nous nous engageons à le suivre dans la foi, l’espérance et la charité. Comme lui, témoin de l’amour du Père et solidaire des hommes, le religieux assomptionniste veut être homme de foi et homme de son temps » (RV 2). Le noviciat est avant tout un temps d'expérience du Dieu de Jésus-Christ. Le novice apprend à découvrir le Christ vivant dans la Parole de Dieu, dans son histoire personnelle, dans ses rapports avec ses frères et dans ses expériences apostoliques. Ainsi devient-il conscient de l’amour du Christ pour lui et pour ses frères.

73. Son expérience de Dieu sera centrée sur le Christ, étudié, contemplé, aimé et imité. De plus son apprentissage à la suite du Christ s’enracinera dans les caractères propres à l'Assomption :

74. La prière personnelle restera toujours le chemin nécessaire à cette expérience de Dieu. Elle exige une formation lente, continue, à base de doctrine, comme l'a toujours rappelé le Père d’Alzon (note 1). Elle est le premier combat du novice, un combat rude. Le Maître des novices et l'accompagnateur spirituel l'aideront à trouver une discipline et un rythme dans sa vie de prière.

Note 1: ES 241 : « L'étude de Jésus-Christ est bonne, mais susceptible d'une certaine sécheresse. La méditation sans étude précisée se perd dans un vague faux mysticisme. L'étude et la prière unies donnent des résultats féconds. Hélas ! l'expérience n'est-elle pas là que, si Jésus-Christ se forme si mal dans le coeur des enfants, c'est que le travail de formation est confié à des maîtres qui ne prient pas ou n'étudient pas, ou bien qui trop souvent n'ont ni prié ni étudié. »

75. Son écoute de la Parole de Dieu et sa méditation, le conduiront à une adoration fervente du Christ, centre de sa vie. Aimant le Christ qu’il lui est donné de connaître plus profondément, il aimera aussi celles que le Christ a le plus aimées, sa Mère et l'Église.

Religieux vivant en communauté apostolique

76. « Rien n'est bon comme une communauté où l'on s’aime, mais pour cela il faut que tous y mettent du leur » (ES 571) . Le noviciat est un temps fort d'initiation pratique et théorique à la vie communautaire. Le lieu normal et nécessaire d'une telle initiation est une communauté vivante et vraie.

77. Le postulant entre au noviciat, souvent porteur d'une grande aspiration à la vie commune, avec une part de rêve. Le noviciat doit purifier ces attentes et les approfondir au contact de la tradition communautaire de l'Assomption.

78. Cette tradition est d'inspiration augustinienne. L'éducation à la vie communautaire doit donc intégrer en un tout organique la pensée de saint Augustin et l'apport spécifique du Père d’Alzon. Le novice aura à découvrir et à s'engager :

À la suite du Christ, pauvre, chaste et obéissant

79. S'engager dans la vie religieuse, c'est vivre la foi, l'espérance et la charité évangéliques à la suite du Christ, pauvre, chaste et obéissant. La pratique des conseils évangéliques, fondement des trois vœux, donne à la Profession religieuse son enracinement humain en ce qu'elle touche à la maîtrise de l'affectivité, à l'usage de biens, à l'exercice du pouvoir, et son radicalisme spirituel en ce qu'elle veut manifester que, dès ici-bas, Dieu peut combler la vie d'un homme.

Pauvreté religieuse

80. Il importe qu'à la suite du Christ qui a choisi d'être pauvre, le novice approfondisse son sens du partage, apprenne à renoncer aux biens propres et espère en Dieu seul, son véritable bien. C'est ainsi qu'il sera heureux en communauté et disponible pour le service de ses frères. La simplicité de vie, le travail et les études sont pour l'Assomptionniste des marques propres de la pauvreté évangélique. « La pauvreté évangélique sera pour nous comme la preuve extérieure de la pratique de l'espérance » (CT, p.39).

Chasteté

81. « Avoir, les uns pour les autres, une charité pleine de tendresse, d'estime, de respect et de gravité » (CT, p.70). Il importe qu'à la suite du Christ qui a vécu chaste au milieu des siens, le novice découvre que la chasteté est chemin de libération pour la vie fraternelle et l'apostolat. Elle témoigne de la radicalité de l'appel de Dieu. Elle est à vivre dans l'amour, en référence au premier chapitre du Directoire où sont présentés les trois amours que le Père d’Alzon nous propose : l'amour de Jésus-Christ, de la Vierge et de l'Église.

Obéissance religieuse

82. L'obéissance religieuse est “fille de la foi”, “reconnaissance du droit de Dieu”, et “expression de notre amour pour lui” (CT, p.38; ES 53, 153, 543-544). Il importe qu'à la suite du Christ qui s'est fait obéissant et serviteur, le novice prenne conscience que l'envoyé est à l'écoute et au service de Celui qui l'envoie. L'obéissance religieuse se vivra concrètement pour lui dans ses relations avec le Maître des novices et ses frères de communauté. L'obéissance vécue dans la foi et l'amour permet des relations faites de franchise, de liberté, de reconnaissance loyale et humble du service propre à chacun dans la recherche de la volonté de Dieu.

Apôtre pour l’avènement du Royaume

83. « Avant tout, nous serons des apôtres » (ES, p.157). L'esprit de l'Assomption est « un esprit de zèle et d'apostolat » (ES, p.647). L’amour du Christ s’ouvre sur la mission. Le noviciat stimulera l'amour de l'Église et le zèle pour le Royaume, selon l'esprit du Père d’Alzon (ES, p.250).

84. Le Père d’Alzon, passionné pour la cause de Dieu, reste pour nous le premier maître en ce domaine. Si ses oeuvres ne sont plus les nôtres, son esprit, son zèle, son amour restent contagieux et rayonnants. Il en va de même de sa passion dans le combat pour Dieu, pour l'Église, pour l'homme qui, sans le Christ, reste mutilé et blessé (ES, p.4). D'où, pour le novice, l'importance de se laisser lentement irradier par le charisme du Père d’Alzon, de connaître les sources et les attitudes fondamentales de son âme apostolique.

85. Dès le noviciat, il importe de poser les fondements d'une âme apostolique, en sachant bien que le noviciat est essentiellement le temps d'une prise de conscience portant sur l’enjeu apostolique et la conversion nécessaire à une mission qui aura à s'exercer davantage après le noviciat.

86. Le partage de ses expériences apostoliques, apostolat hebdomadaire, stage, donnera au novice une plus grande sensibilité à la réalité, à la vie et à la mission de l'Église.

Héritier de la tradition de l'Assomption

87. « Vos frères aînés vous ont donné l'exemple […]. Marchez donc sur leurs traces et devancez-les » (ES, p.190). Le chemin normal et quotidien qui permet au novice d'entrer dans la vie et l'histoire de l'Assomption, c'est la communauté assomptionniste qui l'accueille. Là, il apprend à "vivre en Assomption", et peut acquérir une manière d'être avec Dieu, en communauté et en mission, qui nous est propre.

88. La connaissance intime du Père d’Alzon est indispensable. Lui seul est fondateur. Il sera le compagnon quotidien du novice. Sa vie, ses écrits, son oeuvre, son esprit lui deviendront familiers, pour qu'il puisse discerner s'il doit en être le fils et le frère.

89. Le Père d’Alzon sera présenté dans son cadre historique, objective­ment, pour éviter la tentation d'anachronisme, les blocages causés par une mauvaise compréhension des mots, des idées et des situations, et pour permettre de discerner ce qui est permanent et ce qui est caduc.

90. « C'est en étudiant la pensée qui a présidé à notre fondation que vous vous développerez selon la perfection à laquelle vous êtes appelés » (ES, p.17). Pour que son insertion dans une histoire assomptionniste soit personnelle, consciente, éclairée, le novice doit connaître, étudier cette histoire, depuis la première communauté de Nîmes jusqu'à nos jours.

91. On étudiera donc toute l'histoire de l'Assomption avec honnêteté et vérité, en la situant dans la tradition augustinienne qui remonte aux premiers siècles de l'Église. On aura aussi le souci d'élargir la vision du novice à l'Assomption d'aujourd'hui, dans sa complexité et variété internationales, sans se laisser enfermer dans les frontières d'une région.

92. Les novices n'ont pas à inventer l'Assomption, mais ils ont à lui donner son visage d'aujourd'hui et à lui permettre de se renouveler. Le noviciat est donc un lieu d'échange dans les deux sens, entre l'Assomption et les novices.

 


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 Webmestre: D. Remiot